Covid19 en Corse : ces "nouveaux pauvres", victimes de la crise sanitaire

Avec 20 % de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, la Corse est une des régions les plus pauvres de France. Les conséquences sociales de la crise du Covid19 sont nombreuses et font basculer des centaines de travailleurs et d'étudiants de la précarité à la pauvreté. 
Les conséquences sociales de la crise du Covid19 sont nombreuses et font basculer des centaines de travailleurs et d'étudiants de la précarité à la pauvreté.
Les conséquences sociales de la crise du Covid19 sont nombreuses et font basculer des centaines de travailleurs et d'étudiants de la précarité à la pauvreté. © Pierre Destrade / Maxppp
"Le premier confinement on se retrouve KO et au deuxième on est au fond du trou." Michael a 44 ans et travaille depuis plus de 20 ans dans la restauration. 

Jusqu'à l'hiver dernier, les bons et colis alimentaires lui étaient inconnus. Mais la crise du coronavirus l'a happé. "Aujourd'hui, je vis dans un garage", soupire-t-il. 

Il fait partie des déclassés, des travailleurs en situation de paupérisation récente. Dès le premier confinement, ils ont été nombreux à se tourner vers les associations caritatives pour survivre. 

"On ne va pas prendre à ceux qui en ont vraiment besoin"

Hyacinthe Choury, secrétaire général du Secours populaire de Corse-du-Sud, en est l'un des premiers témoins. "Au printemps, on a constaté un véritable bond avec +35 % de bénéficiaires sur l'ensemble de la Corse [+28 % à Ajaccio ; +40 % à Bastia ndlr.]. Cela s'explique par le fait que toute l'activité était à l'arrêt, après le confinement ce chiffre a dégonflé, mais on n'est toujours pas redescendu au nombre de l'année dernière", déplore-t-il. 

Ce sont des gens qui travaillent à la tâche, qui cumulaient deux emplois, qui avaient de revenus faibles ou qui étaient au RSA, mais qui arrivaient tout de même à s'en sortir.

Hyacinthe Choury, secrétaire général du Secours populaire de Corse-du-Sud.

Parmi les nouveaux profils, des personnes déjà précaires qui basculent dans la pauvreté. "Ce sont des gens qui travaillent à la tâche, qui cumulaient deux emplois, qui avaient de revenus faibles ou qui étaient au RSA, mais qui arrivaient tout de même à s'en sortir", détaille Hyacinthe Choury. 

Si habituellement ces travailleurs parviennent à joindre les deux bouts grâce à la saison estivale, cette année tout s'est compliqué. Conséquence : "Ceux qui étaient à la limite disaient toujours : 'on ne va pas prendre à ceux qui en ont vraiment besoin.' C'est une phrase que l'on n'entend plus", souligne le secrétaire général du Secours populaire de Corse-du-Sud. 

Et les prévisions ne le rassurent pas. "Nous sommes en train de vivre les conséquences des fermetures des entreprises et des commerce du printemps dernier. Et nous allons en ressentir les effets sur toute l'année 2021", complète-t-il. 

150 étudiants ont fait appel à l'aide d'urgence

Les conséquences sociales du Covid frappent partout. À Corte, les étudiants de l'Université de Corse n'en n'ont pas tous été protégés. "Lors du premier confinement, nous sommes venus en aide majoritairement aux étudiants internationaux et continentaux. Ils étaient une soixantaine. Actuellement, nous aidons 121 étudiants avec cette fois des locaux qui ont fait le choix de se confiner à Corte", précise Marc-Paul Lucciani, directeur général du Crous de Corse. 

En temps normal, l'assistante sociale de la structure distribue des bons alimentaires pour 60 repas à prendre au sein des restaurants universitaires. Actuellement, un seul est ouvert et propose des plats sous vide à emporter. 

Le Crous a donc dû s'adapter et mettre en place des aides d'urgence "comprises entre 200 et 500 euros." Au printemps dernier, 150 étudiants y ont fait appel, "l'équivalent de 55.000 euros." Si le bilan du second confinement n'a pas encore été dressé, Marc-Paul Lucciani précise que "l'assistante passe entre 10 et 20 entretiens téléphoniques par jour."Le Crous de Corse travaille en lien constant avec l'association Aiutu Studientinu qui répond aussi à la détresse alimentaire rencontrée par certains. Elle propose une épicerie solidaire. 

Même constat qu'ailleurs. "Jusqu'au début du mois, on avait 80 inscrits, actuellement nous sommes à 90", indique Saveria Pietri, sa présidente. Souvent des jeunes ayant perdu leur job étudiant et aux finances affaiblies. 

Pour répondre aux besoins, la quinzaine de bénévoles a augmenté les cadences passant de deux jours de permanence hebdomadaires à trois. "On est aussi moins restrictifs sur les paniers qui étaient jusqu'à présent limités à 10 articles par personne", complète Saveria Pietri. 

Élargissement de l'offre dans le rural

Pour faire face à la crise latente, le Secours populaire, qui compte 450 bénévoles actifs dans l'île, étend son action dans le rural. L'association a inauguré une nouvelle antenne à Porto mi-novembre. Une ouverture qui intervient deux ans après celles de Vescovato et Moriani qui aident actuellement 200 familles. D'autres points d'accueil doivent ouvrir avant la fin de l'année à Sagone et Peri. Ils seront complétés par trois nouveaux moyens mobiles, dragulinu, basés à Ajaccio, Bastia et Corte. "Cela va permettre d'emmener l'ensemble de la solidarité, objets, vêtements et nourriture dans les villages. Le dragulinu participe à la mixité et à la non-stigmatisation", reprend Hyacinthe Choury.

En septembre dernier, le gouvernement a annoncé le déblocage de 100 millions d'euros à destination du milieu associatif entre 2020 et 2022. Une enveloppe qui rassure les structures insulaires qui espèrent néanmoins l'établissement d'un plan de relance local. 

Leurs vœux : la mise en place de mesures en direction des plus précaires et le déploiement d'une vraie politique d'éradication de la pauvreté. 
 
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