Covid19 : "tirer les leçons du premier déconfinement", des médecins corses appellent à un test obligatoire des voyageurs

Pour un collectif nouvellement créé de médecins insulaires, il ne sera possible de déconfiner l'île de beauté en toute sécurité dans le contexte actuel de crise sanitaire qu'après la mise en place de nouvelles mesures. Le dépistage systématique 72h avant l'arrivée en Corse des voyageurs, notamment.

ILLUSTRATION. L'Espagne impose déjà la présentation d'un test PCR négatif réalisé dans les 72 heures précédant l’arrivée pour tout voyageur venant d'un pays "à risque".
ILLUSTRATION. L'Espagne impose déjà la présentation d'un test PCR négatif réalisé dans les 72 heures précédant l’arrivée pour tout voyageur venant d'un pays "à risque". © Alejandro Garcia / MaxPPP
Emmanuel Macron s'exprimera mardi 24 novembre, à 20h, devant les Français. Une allocution télévisée qui vise à clarifier le protocole de gestion de la crise sanitaire pour les mois et semaines à venir.

Mais pour un collectif nouvellement créé de médecins corses, le constat est clair : pour "réussir au mieux ce nouveau déconfinement insulaire", il est urgent de mettre en place de nouvelles mesures.

Dans un communiqué signé du docteur Laurent Carlini, urgentiste au centre hospitalier d'Ajaccio et co-signé par 20 autres membres du corps médical insulaire, le collectif estime que le protocole déterminé au sortir du premier confinement, le 11 mai dernier, a manqué d'efficacité.

Le tourisme estival parmi les principaux responsables de "la situation sanitaire actuelle"

Principal responsable de la "situation sanitaire actuelle", selon les médecins : "les contaminations silencieuses de cet été et un relâchement des gestes barrières durant cette période".

L'île de beauté a accueilli, durant la saison estivale, quelque 1,7 millions de passagers. "Soit une augmentation de plus de 400% de la population, induisant inévitablement un brassage de population considérable".

Une stratégie de tests en amont des flux touristiques avait bien été proposée, rappelle le collectif.

Sans succès : l'obligation de présentation d'un test RT-PCR négatif à la Covid-19 avant tout débarquement aérien ou maritime sur le sol Corse avait finalement été rejetée, au profit d'une campagne de tests de dépistage "volontaires".

La situation sanitaire actuelle est un corolaire liée à l'ensemencement provoqué par les contaminations silencieuses de cet été et à un relâchement des gestes barrières durant cette période.

La proposition de tests obligatoires, ou d'un "green pass", obéissait pourtant "à une exigence de prévention eu égard à notre insularité et à nos frontières naturelles géographiques qui doivent nous permettre de tout mettre en œuvre pour protéger la petite population que nous sommes", regrettent les médecins.

Et alors qu'un déconfinement - terme que le président de la République rechigne pour l'heure à employer, parlant plutôt dans les pages du JDD d'un "allégement progressif des contraintes" - pourrait s'engager à partir du 1er décembre, le collectif tire la sonnette d'alarme : "les chassés croisés de visiteurs mais aussi des familles et de la diaspora sont une spécificité insulaire et reprendront pour la période des vacances de Noel et de printemps".

Des hôpitaux pas adaptés pour faire face aux "crises sanitaires exceptionnelles"

La Corse, estime le collectif, ne peut aujourd'hui pas supporter une nouvelle vague importante de contamination. Preuve en est des capacités d'accueil des services de réanimation des hôpitaux publics de l'île, en deça des quotas : avec, à ce jour, seulement 5 lits pour 100.000 habitants - contre 11,6 pour la moyenne française -, "nous sommes dans la moyenne basse".

Plus encore, "cette deuxième vague nous a montré toute la difficulté des évacuations sanitaires". "Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et ce malgré une carence en ressource humaine dans tous les domaines de la santé et un personnel soignant éprouvé par ces derniers mois", souffle le collectif.

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et ce malgré une carence en ressource humaine dans tous les domaines de la santé et un personnel soignant éprouvé par ces derniers mois.

"Nos hôpitaux, martèlent les médecins, ne sont pas dimensionnés lors de crises sanitaires exceptionnelles comme celle de la Covid-19 pour pouvoir garantir l’accès aux soins à tous lorsque la population croit de façon importante."

La crainte d'une troisième vague épidémique

Le calendrier de la vaccination contre la Covid-19 s'est brusquement accéléré dans les dernières semaines. 

Le laboratoire américain Moderna table ainsi sur une autorisation de mise sur le marché de sa formule aux Etats-Unis et en Europe dès la mi-décembre, et son homologue Pfizer assure posséder un vaccin "efficace à 90%".

Mais avant l'organisation de campagne de vaccination, ou même la mise en route d'un traitement contre le coronavirus, "d'autres vacances auront lieu", tout comme la crainte d'une troisième vague épidémique en début d'année 2021, période qui plus est d'épidémie de grippe en Corse. 

Des tests de dépistage obligatoires et systématiques

En conséquent, le collectif demande "collectivement et solidairement qu’une stratégie de tests RT-PCR en amont de chaque déplacement en avion et/ou bateau au moins 72 heures avant soit actée afin d'établir un filtre minimal et protéger notre système hospitalier fragilisé ainsi que nos populations âgées, vulnérables et précaires".

Tout doit être mis en œuvre pour améliorer la prévention et les recommandations de « tester/tracer/isoler »

Un dépistage qui doit être réalisé avant le départ plutôt qu'une fois sur place, faute de quoi la réalisation systématique de tests à l'arrivée peserait trop "lourd" sur le sytème de santé et exigerait "une logistique d'isolement contraignante".

"Tout doit être mis en œuvre pour améliorer la prévention et les recommandations de « tester/tracer/isoler », en tirant les leçons du premier déconfinement avec toutes les conséquences que nous connaissons", conclut enfin le communiqué. 

Pour rappel, depuis le début de la pandémie, 130 décès liés à la Covid-19 sont à déplorer en Corse, dont 47 enregistrés depuis le mois de septembre. 
 

Lire le communiqué du collectif dans son intégralité

Qui sont les signataires du communiqué ?
Le communiqué est signé par le docteur Laurent Carlini, médecin généraliste et urgentiste, chef de la Maison médicale de garde du CH Ajaccio.

Sont également co-signataires :
  • Dr Bernard Leconte, médecin anesthésiste et réanimateur directeur cellule de crise CH Ajaccio, 
  • Dr Laurent Serpin, chef de service réanimation CH Ajaccio et le service de réanimation
  • Dr Paul Mercury, chef de service réanimation CH Bastia et le service de réanimation
  • Dr Michel Mozziconacci, médecin et président Conseil régional de Corse de l’ordre du médecin
  • Dr Jean Canarelli, médecin et président Conseil départemental de l’ordre du médecin
  • Dr Antoine Grisoni, médecin et président URPS-ML de Corse
  • Dr François Agostini, président de la FCCIS et CSMF de Corse
  • Dr Antoine Ottavi, médecin et président SOS médecin Ajaccio 
  • Dr Yves Fanton, médecin coordinateur HAD et praticien hospitalier
  • Dr Francis Sauch, trésorier URPS de Corse et Gastro-entérologue
  • Dr Marc Bonavita, médecin et chef de service du court séjour gériatrique, coordonnateur CH-EHPAD
  • Dr Bruno Manzi, président du conseil de l’ordre 2B
  • Dr Jean Michel Vialle, médecin biologiste, Laboratoires Vialle
  • Dr Moubarak Karim, neurochirurgien CH Bastia
  • Dr Denis Moretti et Dr Marie-Christine Ciabrini Maison de santé Gravona
  • Dr Dominique Poggi, médecin Pôle santé de Cargèse
  • Dr Christian Filippi, président URPS interprofessionnelle pharmacie de Corse
  • Dr Philippe Schraub, médecin cardiologue, angiologue et spécialiste des maladies vasculaires
  • Mme Marie-Claude Milhau, présidente de URPS IDEL de Corse
  • Conseil de l’ordre des sages femmes de Corse du Sud et URPS Corse sage femme
  • URPS kinésithérapie Corse
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