Ghjurnata Internaziunale : de la création d’un CHU au retour à la lutte de masse

Ce samedi 18 septembre, Corsica Libera a organisé sa Ghjurnata Internaziunale à Corte. Si le Covid a contraint le parti indépendantiste à revoir la configuration de son rendez-vous phare, il n’a pas empêché la tenue des débats. Notamment celui sur la création d’un centre hospitalier universitaire.

À voir les rangs clairsemés de l'amphithéâtre Ribellu, on est certes loin des "Ghjurnate" de l’époque, où les réunions publiques se tenaient sous des chapiteaux bondés, écrasés par la chaleur du mois d’août.

Néanmoins, à l'inverse de l'année dernière, Corsica Libera a pu organiser sa Ghjurnata Internaziunale, ce samedi à Corte. Une manifestation qui n’avait pu avoir lieu l’an passé en raison de la pandémie.

Planifiée sur un seul jour sur le Campus Mariani de l'Université de Corse, cette "Ghjurnata" fait office de rentrée politique pour le parti indépendantiste sorti quelque peu groggy de l’élection territoriale de juin dernier. Un scrutin qui n’avait pas permis à la liste "Fà nazione" conduite par Jean-Guy Talamoni de figurer au second tour. Après une fusion avec la démarche "Avanzemu" de Jean-Christophe Angelini, seule Josepha Giacometti Piredda avait été élue pour représenter Corsica Libera à l’Assemblée de Corse pour la - longue - mandature qui commence.

Ce samedi matin, en marge de cette "Ghjurnata", l'ex-conseillère exécutive en charge de la culture, du patrimoine, de l’éducation et de la recherche était présente pour assister à la conférence sur la création d’un centre hospitalier universitaire dans l’île.

Discret depuis les Territoriales, à l'issue desquelles il avait évoqué "un passage de relais", Jean-Guy Talamoni était également là pour soutenir l'initiative portée par un collectif fondé en juillet 2020 par le docteur François Benedetti, conseiller territorial sortant du parti indépendantiste.

"L'État doit prendre ses responsabilités"

Covid oblige, la création d’un CHU n’a cessé de susciter le débat dans l’île pendant la crise sanitaire. "Effectivement, cette crise a révélé les faiblesses du système de santé en Corse, confie à notre micro François Benedetti. Il ne s’agit pas de dévaluer ce qui existe ici. Au contraire, il faut éviter que les gens partent car on a des gens de qualité qui soignent actuellement en Corse. Par contre, au niveau de l’ensemble des services de médecine de spécialités, de chirurgie, on n’a pas la totalité, on est obligé d’avoir des consultations avancées avec un parcours du combattant pour avoir des rendez-vous.  Ça reste encore des solutions transitoires."

Au côté du professeur Laurent Papazian, François Benedetti a appelé l’État "à prendre ses responsabilités et à apporter à la Corse la possibilité d’une offre de soins de qualité équivalente à ce qui se passe dans les autres régions".

Posée sous la mandature sortante, la question autour du CHU, qui semble faire consensus, continue de faire son chemin sous l’impulsion du collectif. "Ça avance, poursuit François Benedetti. Par ses contributions au niveau du Ségur de la santé, le président de l’Assemblée de Corse avait porté le débat au niveau national. Ensuite, l’exécutif avait mis en place la commission médicale et lancé un certain nombre de réunions avec différentes catégories de socio-professionnels pour relancer le débat politique au niveau de l’Assemblée de Corse."

La population doit amener à faire pression pour qu’à un moment donné l’Etat change sa politique de santé  pour la Corse

François Benedetti, ex-conseiller territorial à l'origine du collectif pour la création d'un CHU en Corse

Un débat sociétal que le collectif souhaite désormais davantage porter au-delà des frontières de l’île, avec l’État, seul et unique décideur. "On discute uniquement avec l’ARS (Agence régionale de santé) mais elle n’a aucune compétence pour ça, souligne François Benedetti. Nous non plus. C’est l’État qui doit décider. Il y a un rapport de force politique et public à faire. Il faut que la population comprenne qu’on est là pour les soutenir. Et c’est elle qui doit amener à faire pression pour qu’à un moment donné l’Etat change sa politique de santé  pour la Corse."

Ghjuventù Libera prône "un retour à la lutte de masse" 

Dans l'après-midi, les conférences ont pris une tournure davantage politique. À la tribune, les représentants de Ghjuventù Libera ont pointé du doigt "l'échec de la lutte institutionnelle".  Pour eux, "il faut réactiver la lutte de masse avec des actions permanentes". Ce retour aux fondamentaux s'inscrit dans la phase de restructuration que traverse en ce moment le parti indépendantiste. Celle-ci devrait connaître son épilogue lors d'une assemblée générale prévue dans les semaines à venir.

"Dans un premier temps, les syndicats étudiants nationalistes doivent davantage travailler ensemble", ont indiqué les membres de Ghjuventù Libera par la voix de leur président Ghjuvan Battista Pieri. Ces derniers reprochent aussi à cette jeunesse de "s'être quelque peu endormie sur les lauriers de la victoire à l'élection territoriale de décembre 2015" qui avait porté la coalition nationaliste au pouvoir. "Certains jeunes pensent que ce n'est plus la peine d'être dans la rue car les élus peuvent faire le travail. Or, la lutte de masse reste la base. C'est à nous d'impulser et de recréer un rapport de force avec l'État."

Dans la foulée, l'associu Sulidarità a abordé la question des prisonniers politiques. Un sujet qui s'inscrit dans un contexte là aussi particulier après le communiqué publié conjointement par le FLNC "Union des combattants" et du "22 octobre" au début du mois.

Dans leur texte, les clandestins menaçaient de reprendre la lutte armée, ce qui pourrait réactiver les services de répression. "De facto, nous ne pouvons que soutenir ce dernier communiqué, indique Thierry Casolasco, président de Sulidarità. Si toutefois et malheurusement, il y aurait encore des arrestations, nous serons - comme nous avons l'habitude de le faire - au côté des personnes interpellées.  À ce jour, nous comptons cinq prisonniers et tant qu'il y en aura un ce sera toujours un de trop. Nous espérons qu'il n'y en ait pas de nouveaux. Aujourd'hui, le problème de la Corse peut se régler d'une façon politique et la balle peut être toujours dans le camp de l'État français." 

Vers 16h15, le débat international a commencé. Josepha-Giacometti-Piredda et Petr'Antone Tomasi se sont entretenus avec les représentants sardes, catalans, kabyles, basques et kanaks. Le référendum prévu le 12 décembre prochain sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie a notamment été évoqué au cours de cette conférence. Mickael Forrest, membre du bureau politique du FLNKS, s'est exprimé dans une vidéo diffusée sur l'écran de l'amphithéâtre.

 

Ce qu'on a fait aujourd'hui n'est pas anodin.

Thierry Casolasco, président de l'associu Sulidarità

Autant de discussions et de débats qui devraient également apporter du grain à moudre à la refonte de Corsica Libera. "Ce qu'on a fait aujourd'hui n'est pas anodin, précise Thierry Casolasco. Il y a une restructuration de cette lutte de masse et nous participons activement à ce que tout cela rentre très vite dans l'ordre." 

Un message qui prend davantage d'ampleur en cette période de rentrée politique où il faut occuper le terrain. L'organisation de cette "Ghjurnata" avait sans doute - aussi - pour objectif de le rappeler.

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