Langue corse : pour François Alfonsi, la Corse doit s'inspirer du Pays Basque pour enseigner sa langue régionale

Une délégation corse menée par le député européen est en déplacement au pays Basque français du 12 au 14 septembre. Les insulaires doivent rencontrer des acteurs associatifs, politiques et économiques de la région. Avec l'objectif d'organiser une nouvelle rencontre en décembre à Bastia.

La délégation corse est en déplacement au pays Basque nord du 12 au 14 septembre.
La délégation corse est en déplacement au pays Basque nord du 12 au 14 septembre. © DR
Le député européen François Alfonsi en est convaincu : en ce qui concerne l’apprentissage de la langue régionale, le Pays Basque doit être pour la Corse une source d’inspiration.

En Iparralde, ou Pays Basque nord-français, une filière d’enseignement associatif par immersion a ainsi été développée : la fédération Seaska.

Un réseau qui regroupe les ikastola [écoles immersives en langue basque, ndrl], qui vont de la maternelle au lycée, toutes gérées par des associations de parents d’élèves dans un but non-lucratif. Ces écoles sont laïques, ne sont affiliées à aucun parti politique, et sont reconnues par le ministère de l’Éducation nationale.

La première ikastola a été créée en 1969, à Arcangues. Elles sont aujourd'hui trente-et-une et accueillaient en septembre 2019 plus de 4.000 enfants.

Des écoles immersives en langue régionale

Et à en croire François Alfonsi, les résultats de ces structures sont probants.

"Il suffit de voir les statistiques des dernières années. Le Pays Basque est l’un des pays en Europe où l’on observe que les jeunes générations, de 15 à 25 ans, sont celles qui parlent le plus la langue basque [ou traditionnellement euskara, ndlr], plus encore que les personnes de plus de 80 ans."

Un système qui, selon François Alfonsi, fait aujourd’hui cruellement défaut en Corse. À ses yeux, les filières bilingues disponibles sur le territoire ne suffisent plus. "Aujourd’hui, on assiste à une érosion de langue corse au fur et à mesure des générations. Les gens sont de moins en moins corsophones."

Aujourd’hui, on assiste à une érosion de langue corse au fur et à mesure des générations. Les gens sont de moins en moins corsophones.

François Alfonsi


Alors pour observer au plus près ce qui fait la réussite de l’apprentissage de la Corse en Ipparalde, une délégation corse menée par François Alfonsi est en visite à Bayonne, ces 12, 13 et 14 septembre.

Dans les rangs de cette dernière : Jean-Félix Acquaviva, député à l’Assemblée nationale ; Lisandru de Zerbi, adjoint au maire de Bastia en charge de la langue corse ; Noël Tomasi, premier adjoint au maire de Biguglia, Ghjiseppu Turchini, porte-parole de l'AILCC, association des enseignants de langue et culture corses ; Jean-Pierre Luciani, responsable du Syndicat enseignant STC Educazioni ; Denis Luciani, président de l'Association des parents d'élèves Associ di i Parenti Corsi ; Antonia Luciani, secrétaire générale de la fondation Coppieters ; Mathieu Ceccaldi, maire de Marignana, assistant du député européen ; et enfin Fabienne Giovannini, conseillère territoriale et assistante du député européen.
 

Objectif : mettre en place un système similaire en Corse dès la rentrée prochaine

Avec un objectif : formaliser une "initiative corse pour l’enseignement immersif de type Seaska dont le contenu sera défini sur la base de l’expérience basque".

"Nous pensons que ce qui a été mis en place est remarquable, d’autant plus considérant que le Pays Basque nord n’a pas les institutions ou des députés comme c’est le cas en Corse. En s’inspirant de ce modèle, et avec nos moyens d’actions qui sont plus importants, je pense que l’on pourrait faire tout aussi bien."

En s’inspirant du modèle basque, et avec nos moyens d’actions qui sont plus importants, je pense que l’on pourrait faire tout aussi bien.

François Alfonsi


Et pas question de traîner : le députée européen espère la mise en place de système associatif dès la prochaine rentrée scolaire.

"On commencerait avec des classes de maternelles, parce que c’est pas quelque chose que l’on peut mettre en place en milieu de cursus scolaire, puis on suivrait les enfants jusqu’au bac. C’est à mon sens, l’un des projet phares pour les prochaines années pour la préservation de la langue corse."

Un prochain rendez-vous entre acteurs associatifs, politiques et économiques basques et corses en décembre

Ce déplacement pour la délégation corsophone est aussi et surtout un moyen de préparer un prochain événement, cette fois en Corse, en décembre prochain. Un rendez-vous entre acteurs corses et basques qui abordera la question de l’apprentissage immersif de la langue régionale, mais pas seulement.

"Les Basques disposent de tout un réseau associatif sur le domaine de l’environnement et de l’alternatif, notamment une monnaie alternative, dont nous pensons bon de nous inspirer. L’idée serait d’échanger autour d’exposants dans un espace ouvert et abrité, en fonction des possibilités au vu de la crise sanitaire", explique François Alfonsi.

Et qui pourra mettre en lien, enfin, des acteurs politiques "progressistes en accord avec la marche vers l’autonomie pleine et entière de nos territoires".

Nous aurions tort, aujourd’hui, de ne pas nous inspirer des initiatives basques pour avancer.

François Alfonsi


Un échange soutenu notamment par Gilles Simeoni, président du conseil exécutif corse, et auquel serait invité, entre autre, Jean André Etchegaray, maire de Bayonne et président de la communauté des communes du Pays Basque, et d’autres élus abertzale [patriote ou militant basque, ndrl].

Le rendez-vous est pour l’heure fixé à Bastia, les 4 et 5 décembre prochains, avec un public en présentiel ou éventuellement une diffusion en streaming en fonction des conditions sanitaires.

"J’ai pu observer en tant que député européen la qualité et la durabilité des initiatives engagées dans le Pays Basque. Nous aurions tort, aujourd’hui, de ne pas nous inspirer pour avancer", conclut François Alfonsi.
 
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