Report de la visite de Gérald Darmanin en Corse : le camp nationaliste partagé entre attente d'une "parole présidentielle" et appel au "rapport de force"

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Le ministre de l'Intérieur devait se rendre en Corse les 6 et 7 octobre. Une visite annulée par le gouvernement au motif que "les conditions d'un débat serein n'étaient pas réunies". Un choix accueilli avec plus ou moins de virulence par le camp nationaliste.

L'annonce est tombé ce mardi 4 octobre dans la matinée : le ministre de l'Intérieur ne viendra pas en Corse comme prévu ce jeudi et vendredi, pour poursuivre les discussions sur l'avenir institutionnel de l'île.

En cause, indique le cabinet du ministre "les conditions d'un débat serein avec les maires sur des politiques publiques telles que le traitement des déchets et de l'eau" qui ne sont pas réunies. Une décision actée après une concertation, la veille, avec Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse. 

Il explique : "Je pense que cette décision de justice est incomprise (le rejet de la demande de libération conditionnelle de Pierre Alessandri ndlr.) non seulement par l'Assemblée de Corse mais aussi par la société corse. Dans ce cadre, les conditions de la poursuite d'un dialogue serein ne sont pas réunies. Il appartient aujourd'hui au gouvernement et à l'Etat de récréer les conditions de ce dialogue et donc de la poursuite du processus, et je l'espère de sa réussite."

L'attente d'une "parole publique forte de l'État"

Le président de l'exécutif de Corse annonce vouloir réunir a délégation des élus de la Corse qui participent aux réunions de Paris pour chercher à prendre une position commune. "Et puis il faut aussi que ce temps soit mis à profit pour que le ministre de l'Intérieur, le gouvernement et l'Etat aient une parole publique forte qui dise qu'aujourd'hui les conditions de l'apaisement sont réunies en Corse, et que parmi ses conditions d'apaisement, il y a aussi, bien sûr, de façon naturelle et par application du droit, la libération sans délai de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi."

Pour l'heure, hors de question pour Gilles Simeoni de rompre le dialogue. " Cela ne ferait que maintenir une situation de maintien en détention de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi. Mais il n'est pas possible de continuer les discussions comme si la décision n'était pas intervenue et faire comme si de rien n'était, il faut donc créer les conditions de la reprise du processus. Cela passe par une parole publique forte de l'Etat."

"Il faut une parole présidentielle"

Pour Jean-Christophe Angelini, conseiller territorial et président du groupe "Avanzemu" à l'Assemblée de Corse : "Si l'on veut véritablement retrouver la sérénité, et s'inscrire dans un processus politique de sortie de crise, et pas simplement dans une série de discussions techniques, il faut impérativement recréer un certain nombre de conditions."

Ces conditions reposent d'une part sur l'intégration de la question des prisonniers dits politiques aux discussions. "Le dossier a été, à tort, dissocié, au titre de l'indépendance du pouvoir judiciaire, ce qui selon nous n'est pas clairement une bonne politique." D'autre part, il plaide pour que "l'ensemble des acteurs se remettent autour de la table, sur des bases clairement politiques et conformes au processus historique que tous et toutes nous appelons de nos vœux, en même temps que l'histoire du peuple corse et du mouvement national. On ne peut pas traiter de cette manière-là un processus aussi important de manière théorique, il faut un niveau d'ambition beaucoup plus élevé et quelque chose qui tende vers la sortie de crise et la reconnaissance de nos droits nationaux."

Comme Gilles Simeoni, le maire de Porto-Vecchio attend "de Paris une parole forte, et pourquoi pas de la part du président de la République lui-même." "On sait tous que le processus depuis le début suscite une forme d'embarras et que pour fonctionner et pour réussir, il doit incontestablement gagner en densité politique. Il faut une parole présidentielle : on sait tous que la question des prisonniers politiques, de la réforme constitutionnelle, du transfert non pas simplement de compétences prérogatives, mais de pouvoir, implique un arbitrage présidentiel", conclut-il. 

"Arrêter de jouer avec le feu"

Paul-Félix Benedettti, leader du mouvement indépendantiste "Core in Fronte", minoritaire à l'Assemblée de Corse a de son côté appelé le gouvernement à faire "son examen de conscience" et à "arrêter de jouer avec le feu".

"Nous ne sommes pas dans une logique d'un report de quelques semaines. Nous voulons une revoyure de la méthode, (...) solder le problème des prisonniers, (...) que chacun vienne avec un respect absolu de l'autre sans chercher à faire des manœuvres frauduleuses et dangereuses", explique-t-il à l'AFP.

"Une seule voie est possible, celle du rapport de force"



"Une seule voie est possible, celle du rapport de force" indiquent quatre syndicats et mouvement de jeunes nationalistes dans un communiqué. Selon eux, "Femu a Corsica choisit la soumission […] force est de constater que ce pour quoi les jeunes et des milliers de personnes se sont battus dans les rues n'a pas été pris en compte par la majorité territoriale."

Ainsi, ils n’accepteront pas que le processus se déroule en l’état, sans prise en compte de la revendication de libération des détenus nationalistes. "Nous l'avons dit et nous le redisons ici, la libération des prisonniers politiques que sont Alain Ferrandi, Pierre Alessandri, Jean-Christophe Albertini, Antone Pes, Julien Muselli et Adrien Matarise doit être le préalable à toute autre discussion."

Gérald Darmanin devait rencontrer jeudi et vendredi des élus corses, dans le cadre d'une réunion intermédiaire au cycle de concertation prévu sur une année à Paris. Il devait évoquer la question des déchets et de l'énergie, en présence du ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires Christophe Béchu.

Mais ce processus s'est donc enrayé avec le rejet par la cour d'appel de Paris fin septembre d'une énième demande de semi-liberté de Pierre Alessandri, 64 ans, condamné à la perpétuité en 2003 pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac et libérable depuis 2017.

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