Une ancienne juge d'instruction à Ajaccio placée en garde à vue pour des soupçons de liens avec le grand banditisme corse

Hélène Gerhards, magistrate à la cour d'appel d'Agen, est en garde à vue dans le cadre d'un dossier financier lié au banditisme corse, révèle Médiapart et confirme le procureur de Nice. Les enquêteurs s'intéressent notamment aux liens de l'ex-juge d'instruction ajaccienne avec un proche supposé de la bande dite du "Petit Bar".

Au centre de l'affaire, des soupçons d'infiltration du grand banditisme corse, et des possibles détournements de fonds publics. Une magistrate à la cour d'appel d'Agen a été placée en garde à vue dans le cadre d'une enquête préliminaire pilotée par le parquet de Nice, ce mercredi 3 avril.

Une information révélée en début d'après-midi par Médiapart, et qui a été confirmée auprès de France 3 Corse ViaStella par le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, qui précise que les investigations sont ouvertes des chefs de "recours en bande organisée au service de personnes exerçant un travail dissimulé, blanchiment, trafic d'influence actif et passif", ainsi que "faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique et usage, ainsi que détournement de fonds publics".

Hélène Gerhards - c'est son nom - a été interpellée dans la matinée par les hommes de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff), placés sous l'autorité du procureur de la République de Nice. Avant de rejoindre en 2021 la cour d'appel d'Agen, la magistrate avait évolué à la cour d'appel de Toulouse, et encore avant en tant que juge d'instruction au sein du tribunal de grande instance d'Ajaccio entre janvier 2011 et août 2016. Propriétaire d'une villa en Corse, la magistrate s'y est régulièrement rendue au cours des dernières années.

Des liens supposés avec le banditisme insulaire

Dans cette affaire, les enquêteurs s'intéressent tout particulièrement aux liens entretenus entre Hélène Gerhards et Johann Carta, ancien président du GFCA, et considéré par la justice comme un proche de la bande criminelle dite du "Petit Bar".

L'homme est mis en examen et en détention provisoire dans le cadre de deux affaires distinctes, mais toutes deux pilotées par la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Depuis novembre 2022, pour "extorsion en bande organisée, escroquerie en bande organisée, blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs", dans le cadre d'une enquête financière visant le club de football. Et dans un second dossier révélé en décembre 2023, cette fois portant sur des infractions financières, notamment des placements réalisés dans le secteur de l'immobilier.

Johann Carta est également au cœur d'une enquête préliminaire ouverte en septembre 2022 pour "pressions ou menaces envers les membres d'une juridiction" par la justice ajaccienne. Une procédure engagée dans le cadre du procès en assises pour l'assassinat de Jean-Michel German, qui s'était tenu en mars 2021 à Ajaccio. Des "éléments concernant la liste du jury qui avait alors été tirée au sort" avaient par la suite été découverts dans le téléphone de Johann Carta, laissant la justice soupçonner une possible "intervention pernicieuse qui aurait pu amener les jurés à prendre une décision d'acquittement", expliquait alors Jean-Jacques Fagni, procureur général près la cour d'appel de Bastia.

Écoutes téléphoniques

C'est dans le cadre d'une des affaires dirigées par la Jirs que les investigations autour d'Hélène Gerhards auraient commencées, indique Médiapart. Des écoutes téléphoniques de Johann Carta et de ses complices présumés réalisées par la justice marseillaise auraient fait état d'une "amie juge" pour laquelle l'homme s'occuperait notamment des travaux et de la rénovation de sa villa à Pietrosella.

Une enquête est ouverte en 2021 pour "blanchiment de fraude fiscale", "travail dissimulé en bande organisé" et "trafic d'influence" par le parquet de Nice. Ce même dossier dans lequel la juge d'instruction a été placée ce mercredi en garde à vue.

Le domicile de la magistrate à Agen ainsi que sa villa corse avaient été perquisitionnés en fin d'année 2022, indique l'AFP. Perquisitions à la suite desquelles Hélène Gerhards avait été "déchargée de la présidence de la cour d'assises du Lot-et-Garonne jusqu'à nouvel ordre, d'un commun accord avec le président de la cour d'appel", poursuit l'AFP, informée par des "sources proches du dossier". Une mesure toujours en cours.

La juge d'instruction nie avoir su qui était Johann Carta

Interrogée le 31 mars, soit quelques jours avant sa convocation par les enquêteurs, par Médiapart, Hélène Gerhards a confirmé avoir rencontré Johann Carta dans le cadre du chantier de sa villa, au cours des dernières années, mais nie avoir su de qui il s'agissait. Ceci alors même qu'elle l'avait elle-même placé sur écoute quelques années plus tôt, précise le pure-player.

La magistrate est également suspectée par la justice d'avoir détourné plusieurs dizaines de milliers d'euros en sollicitant des fausses expertises auprès de son ex-conjoint, gendarme. Des faits en partie confirmés par ce dernier au cours de son audition.