Alsace : janvier sans alcool, une remise en forme pour certains, un déclic pour d'autres mais attention danger !

"Janvier sobre" est le mois sans alcool. Deux médecins addictologues d'Alsace et le président d’une association d'aide aux alcooliques du Bas-Rhin nous expliquent les avantages d’un tel défi pour la santé de beaucoup d'entre nous et les difficultés de certains pour arrêter de boire.
Image d'illustration.
Image d'illustration. © Jean-Marc Quinet / MAXPPP
Pas une goutte d'alcool du 1er au 31 janvier 2020. Soutenu par une vingtaine d’associations en France, le "Janvier sobre" reproduit le "Dry January, un challenge lancé en 2013 en Angleterre et renouvelé chaque année depuis par l'association Alcohol Change. Il consiste à cesser, ou au moins diminuer, sa consommation d'alcool pendant le premier mois de l'année. En 2019, quatre millions de Britanniques ont participé à cette opération sponsorisée par le gouvernement.

En France, le "Mois sans alcool" n'est pas soutenu par l’État et ne bénéficie pas de communication officielle. "C’est déplorable. Le ministère de la Santé subventionne le "Mois sans tabac" et là rien", s'insurge Robert Buchholz, un bénévole qui s'occupe d'alcooliques en rémission en Alsace. "Le président de la République est revenu sur sa parole. C’est le lobby des alcooliers qui a gagné et qui prétend que la consommation d’alcool modérée n’est pas problématique. Cette idée de passer janvier sans consommer d'alcool, c’est un moyen pour certains de chercher en eux comment ils peuvent s’abstenir. C’est un outil qui peut être un déclencheur, qui peut convaincre une personne dépendante de consulter en addictologie."

"Des effets bénéfiques sur le poids, le sommeil et la concentration"


Au centre hôspitalier universitaire de Strasbourg, la professeure Laurence Lalanne-Tongio, chef du service addictologie, approuve "Janvier sobre". "C'est un mouvement qui doit être soutenu politiquement car il est intéressant. Il est d'époque dans le sens de ceux qui remettent en cause toutes les consommations, c'est comme de l'écologie."  

Elle se félicite des effets du sevrage sur la santé : "Ça va être l’occasion d’aller mieux. Il y a de vrais bénéfices liés à la réduction ou à l’arrêt de la consommation d’alcool. Une publication anglaise montre clairement qu’il y a une diminution dans les six mois qui suivent pour ceux qui ont expérimenté le mois sobre, des effets bénéfiques sur le poids, le sommeil et la concentration." La professeure prévient : "Bien sûr, ça va être difficile pour certains, en tout cas ça va être l’occasion de se poser la question de comment on boit, de la régularité et de la fréquence de sa consommation." 

Le docteur Marie-Lise Forlen, médecin addictologue au centre de soins et de réadaptation en addictologie de Château Walk à Haguenau (Bas-Rhin), voit aussi en la participation à "Janvier sobre", une occasion pour les participants de tester leur rapport à l'alcool. "Cette expérience permet de se sentir acteur, le pouvoir d’agir augmente, on trouve de la liberté parce qu’on en a fait le choix. Elle est profitable à tout le monde, donc la participation à une mobilisation collective augmente la motivation et la confiance de chacun." 

"Un sevrage brutal peut être dangereux" 


Mais l’addictologue tient à prévenir que pour certaines personnes, l’expérience peut comporter un risque grave : "Attention ! Un sevrage brutal peut être dangereux et la limite de l’expérience de janvier, c’est la dépendance. Une manifestation de la dépendance physique peut se produire. Le manque peut entraîner une crise d’épilepsie, d’angoisse, des tremblements ou encore un délirium tremens."

L'addiction est un processus dans lequel est réalisé un comportement qui peut avoir pour fonction de procurer du plaisir et de soulager un malaise intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit des conséquences négatives.
- Docteur Aviel Goodman, 1990

Et la dépendance provoque des effets nocifs à tous les niveaux, sociaux, familiaux ou pour la santé. " Elle peut être aussi psychique. Les neurones s'habituent au produit, à l'alcool comme à d'autres, et crée le syndrome de sevrage. Elle se manifeste donc lorsque le patient est sobre. Souvent pour soulager une souffrance ou accorder un plaisir. C'est un mécanisme qui peut durer au-delà d'une abstinence consolidée même pendant plusieurs années", précise-t-elle.

Pour tous ceux qui pensent qu’ils sont ou qu’ils pourraient bien être dépendants, il est donc impératif de consulter un médecin ou un centre de soins en addictologie avant de commencer un sevrage.
 

"Il faut qu’ils se rendent compte qu’ils ont un problème avec l’alcool"   



Robert Buchholz, 70 ans, est le président d'Alsace alcool addiction, une petite association qui intervient entre Schirmeck, Molsheim et Mutzig (Bas-Rhin). Il suit une dizaine de personnes qui tentent d’arrêter de boire. "On les voit plus ou moins régulièrement, on ne peut pas forcer les gens, il faut qu’ils se rendent compte qu’ils ont un problème avec l’alcool. Même ivres morts, certains continuent d’être dans le déni. J’interviens aussi dans les unités d’addictologie à Saverne et à Haguenau. Ancien alcoolique, je suis un exemple vivant  pour montrer qu’on peut s’en sortir. En fait, chacun doit trouver sa propre solution. Ceux qui s’en sortent c’est grâce à une hospitalisation et un sevrage. Seulement 30 % d’anciens alcooliques restent abstinents."

Le bénévole en sait quelque chose. "J’ai commencé au service militaire, je consommais toutes sortes d’alcools, puis ça a été surtout de la bière, je suis devenu alcoolique. J’ai arrêté d’un coup à 54 ans parce que j’avais des problèmes de couple. Résultat des courses : j’ai fait un delirium tremens. Je n’étais pas du tout conscient de ce qui se passait autour de moi. Mon épouse de l’époque m’a hospitalisé d’office en psychiatrie à Brumath. Et puis ça a été long, j'ai été soigné dans ma phase de consolidation au Château Walk à Haguenau. Il m’a fallu quatre ans pour refaire surface, pour reprendre conscience et deux ans de plus pour être sobre à 100%, depuis je suis au régime sec".

L'alcool est responsable en France de 49.000 morts par an, et de 30 % des accidents de la route mortels.
 
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