CARTE. Inondations : pourquoi et comment elles se multiplient en Alsace

En Alsace, les régions du pays du Sundgau et de l'Eurométropole de Strasbourg sont particulièrement frappées par les inondations. À cause des effets du réchauffement climatique, elles sont amenées à se multiplier. Découvrez si votre commune est concernée.

C'est un fléau qui va faire de plus en plus de dégâts. Hantise des celliers et des caves, les inondations se multiplient ces dernières décennies. En Alsace, 2024 a commencé avec des crues dans le nord de la région. En novembre 2023, c'est le Haut-Rhin qui avait été touché par les inondations. Les coulées de boues avaient fait des ravages, endommageant routes, maisons et infrastructures sur leurs passages. 

"Depuis le début des années 2000, on a des phénomènes de ruissellement et de coulées de boues de plus en plus fréquents", note Franck Huffschmitt, en charge de la transition écologique et des bassins versants au SDEA (Syndicat des eaux et de l'assainissement Alsace-Moselle). "C'est dû à l'intensité de la pluie à un moment donné." 

Le pays du Sundgau et Strasbourg touchés

Un phénomène inquiétant, qui a différentes causes."On peut l'expliquer par des facteurs climatiques avec des orages de plus en plus tôt et de plus en plus intenses", observe-t-il. 

En Alsace, certaines zones sont particulièrement touchées par les inondations. Cette carte recense tous les arrêtés préfectoraux catastrophe naturelle pris pour inondations depuis 40 ans.  

Dans le pays du Sundgau, 234 arrêtés inondations ont été pris depuis 1982. Une fréquence des inondations directement liée à la géographie du lieu, selon Franck Huffschmitt.

"Dans cette région, les cultures de printemps, qui laissent les sol nus au moment des pluies violentes, sont très développées. Avec la force des gouttes sur le sol nu une croûte se forme, ce qui augmente le ruissellement, on appelle ça une croûte de battance. Il y a aussi le relief, c'est un secteur avec des collines, les pentes provoquent plus de ruissellements", détaille-t-il. Selon lui, les régions de l'Outre Forêt et de Kochersberg dans le Bas-Rhin sont aussi exposées.

Sur la carte, on remarque également que l'Eurométropole de Strasbourg compte plus d'arrêtés que d'autres villes (204 depuis 1982). "Ces inondations sont dues à des pluies très fortes sur une courte période de temps. En ville, les réseaux d'évacuation des eaux ne sont pas dimensionnés pour accueillir cette intensité", pointe Franck Huffschmitt. 

Avec plus de 17 000 personnes habitant en zone inondable, l’agglomération strasbourgeoise est d'ailleurs classée comme territoire à risque important d’inondation dans le plan de gestion des risques d'inondation Rhin Meuse (PGRI)

Et dans votre commune ?

Votre ville est-elle souvent frappée par les inondations ? Vous pouvez le découvrir grâce à ce moteur de recherche qui recense tous les arrêtés catastrophe naturelle inondations depuis 1982 par commune. 

Les inondations représentent plus de la moitié des événements naturels très graves en France depuis 1950 (c'est-à-dire ayant fait plus de 10 morts ou plus de 30 millions d'euros de dommages matériels). Elles sont aussi de plus en plus fréquentes. Dans les années 1950, seule une inondation grave a été recensée en France, contre 24 dans les années 2000 et 39 dans les années 2010, selon le ministère de la Transition écologique

Avec le réchauffement climatique, de plus en plus d'inondations

Et la situation ne va pas aller en s'améliorant. Les scientifiques du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat) s'accordent pour dire que les fortes précipitations et les inondations vont devenir de plus en plus fréquentes à cause du changement climatique

"La répartition de la pluie sur l'année va changer, explique Philippe Ackerer, directeur de recherche CNRS à l'institut terre et environnement de l'université de Strasbourg. Il pleuvra beaucoup plus de la fin de l'automne au début printemps, et beaucoup moins en été. La quantité de pluie va donc augmenter en hiver." De plus, les sols desséchés en été pourront favoriser les phénomènes de ruissellement. 

À cela s'ajoute une autre conséquence du réchauffement climatique. "Il y aura de moins en moins de neige dans les Vosges, et selon les modèles du GIEC, d'ici 2050 ou 2100, il n'y en aura plus du tout, relate le scientifique. La neige, c'est un stock qui reste en haut de la montagne et qui fond petit à petit. Dans le futur, il ne va plus neiger mais pleuvoir. L'eau va directement ruisseler dans les rivières, ce qui va augmenter leur débit."

Ces deux phénomènes vont donc se cumuler : il pleuvra davantage l'hiver, et l'eau, au lieu de rester stockée sous forme de neige, va dévaler dans les rivières. Les communes qui sont déjà frappées par les inondations vont donc en connaître de plus en plus, selon Philippe Ackerer, et le débit des cours d'eau va augmenter en hiver. 

Comment s'adapter ? 

Alors à quoi pourraient ressembler les rivières alsaciennes d'ici 75 ans ? Avec son équipe, Philippe Ackerer a réalisé des modélisations pour le savoir. "Par exemple, on a prévu une augmentation du débit de la Bruche de 40 à 80% d'ici 2100", illustre l'hydrologue.  

Une nouvelle situation à laquelle il va falloir s'adapter. Un certain nombre de changements de pratiques agricoles peuvent aider la région à faire face, selon Franck Huffschmitt. "Il faut éviter de rendre les sols vulnérables, en utilisant des techniques alternatives au labourage comme les cultures simplifiées. Il faut aussi mettre en place des haies et des bandes d'herbe en bordure de parcelles pour filtrer et éviter que les boues aillent souiller les villages en aval." 

Certaines infrastructures pourraient également permettre d'éviter au maximum les dégâts. "Il s'agit de fossés pour stocker l'eau, de contournements de village, d'ouvrages de rétention ou de digues qui permettraient de stocker le surplus", liste Franck Huffschmitt. 

Enfin, il reste évidemment primordial de tout faire pour atténuer le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, principalement causées par l'utilisation d'énergies fossiles