Alsace : "Certaines parcelles ne pourront plus être vendangées" : le vignoble alsacien touché par le mildiou

Cela n'aura échappé à personne, il pleut depuis des semaines en Alsace. Une pluie qui favorise le développement du mildiou, champignon qui apparait sous forme de taches sur les feuilles des vignes avant d'infecter les grappes. Le vignoble alsacien est fortement touché.
Par temps humide, le mildiou vient nécroser les grappes après avoir attaqué les feuilles.
Par temps humide, le mildiou vient nécroser les grappes après avoir attaqué les feuilles. © Christian Watier/MaxPPP

"Je vous rappelle tardivement, j'étais dans les vignes toute la journée pour traiter" lance Gilles Ehrhart, président de l'AVA, association des viticulteurs d'Alsace. Ce week-end, les viticulteurs ont enfin eu quelques heures d'accalmie pour tenter de sauver leurs parcelles. Si les dégâts ne sont pas identiques d'un domaine à l'autre, tous les viticulteurs alsaciens sont bel et bien touchés. Le mildiou est présent dans tout le vignoble. "Jusqu'à 70% de pertes pour certains".

Toutes les parcelles présentent au moins une tache de ce champignon. Il se propage jour après jour, pluie après pluie, jusqu'à atteindre les grappes qui sèchent et tombent. "Cela fait trois semaines que le mildiou est totalement installé dans toutes les parcelles (...) J'en ai discuté avec les autres membres de la famille, personne n'a connu ça" raconte Gilles Ehrhart qui est aussi viticulteur à Wettolsheim (Haut-Rhin). "Les taches sur les jeunes feuilles sont impressionnates et 4 à 5 jours plus tard, le mildiou s'installe sur les grappes".

Redoutable sur les tomates et les pommes de terre, le mildiou l'est aussi dans les vignes. Maladie due à un champignon pathogène qui vit au sol, elle se développe principalement d'avril à juin puis à l'automne par temps humide lorsque la température oscille entre 17 et 24°C. Dans les vignes, elle attaque surtout les pinots, l'auxerrois et le muscat dont les tissus des raisins sont moins épais que le gewurztraminer qui résiste mieux. Avec chaque pluie, le mildiou se développe "et parfois le souffre et le cuivre utilisés dans les traitements ne suffisent plus" avoue Gilles Ehrhart.

Augmentation des pulvérisations 

Le Bulletin de santé du végétal parle d'une "ascension fulgurante" en Alsace avec des pluies régulières et une forte hygrométrie qui impliquent une  contamination en continu. "Tout n’est pas encore visible. Des cycles sont en cours sur feuilles et grappes, ce qui rend la situation particulièrement préoccupante. De nouvelles attaques sur grappes sont attendues. Pour certaines communes, la situation est pire qu'en 2016, d’autant qu’il n’y a pas encore de perspective de calme au niveau météorologie, comme ce fut le cas en juillet 2016" poursuivent les observateurs.

Même si 2016 a été une année difficile, 2021 le sera davantage encore avec un mildiou galopant. Souffre, cuivre, zestes d'oranges, eau salé... Souvent cela ne suffit plus. La maladie se propage en quelques heures forçant les viticulteurs à trouver la bonne fenêtre de tir pour traiter les parcelles, entre deux pluies. Ils utilisent donc des fongicides (assez rares sur le marché, la vente en ayant été réduite) et en en sont souvent à la 6e ou 7e pulvérisation. L'agriculture raisonnée en prend un coup.

Reste à savoir si ces traitements suffiront à sauver les récoltes ? A ce stade, les dégâts semblent plus important dans le Haut-Rhin où "certaines parcelles ne seront pas vendangées" selon Gilles Ehrhart. Ses collègues viticulteurs ont le moral au plus bas. "Ce qu'il faut savoir c'est que cette attaque de mildiou a des répercussions sur l'année prochaine aussi. Les bois ne vont pas repousser aussi vite, ils ne seront pas taillés".

Pour lutter contre le mildiou on a besoin d'aide

Christian Binner, viticulteur bio

Personne n'est épargné. Même combat chez les viticulteurs qui produisent du vin bio ou nature. Ils doivent redoubler d'attention pour sauver les raisins. Certains traitent deux fois par semaine pour tenter de stopper la contamination et font appel à toutes les bonnes âmes, prêtes à rendre service.

Florian Beck-Hartweg, vigneron bio, est installé à Dambach-la-Ville où il dispose de huit hectares de vignes. Pour le moment, il ne saurait dire si les pertes sont importantes ou non. C'est trop tôt pour le dire, mais il parle néanmoins d'une année compliquée. 

Nos vignes doivent gagner en résilience

Florian Beck-Hartweg, viticulteur bio

Engagé dans un gros travail de prévention de ses parcelles, la solution réside pour lui dans les interventions réalisées en amont. Il en profite  pour rappeller qu'un bon équilibre du sol et de la vigne peut limiter les dégâts. "Nos sols sont couverts donc ils drainent l'eau et comme ils sont bien vivants notre vigne s'enracine profondément et se nourrit mieux, ce qui lui permet de mieux se défendre face aux maladies" explique-t-il avant de poursuivre sur l'importance d'une vigne "aérée" qui ne doit pas être "surdopée". Trop d'intrants fragilisent les tissus du raisin. Il sera moins résistant. 

Prêle, saule et osier en traitements naturels 

Pour autant, cette année, le domaine ne pourra pas faire sans traitements. Alors Florian Beck-Hartweg a opté pour des préparations à base de prêle qui assèche la vigne ou d'achilée qui stimule les défenses naturelles. Des plantes naturelles à forte teneur d'acide salicylique (de l'aspirine en fait) qui apaisent les cultures.

Et même si le cuivre est autorisé en agriculture bio et que beaucoup de viticulteurs s'en servent pour limiter la casse, lui voudrait pouvoir s'en passer. Une bonne partie de ses parcelles n'en contient pas pour le moment. Florian attend maintenant de voir ce que la pluie peut apporter de bénéfique à certaines de ses vignes plantées sur des sols granitiques. Souvent trop sèches qui, elles, pourraient tirer profit de toute cette eau. 

Une situation inquiétante en Alsace qui l'est aussi dans les autres régions viticoles françaises. En Auvergne Rhône-Alpes, elle serait même "hors de contrôle" selon le bulletin de santé du végétal de la région. 

En Alsace, les différentes instances compétentes vont effectuer un comptage dans les prochaines semaines pour dresser un bilan. Gilles Ehrhart voit rouge pour certains domaines qui n'avaient pas besoin de cette calamité supplémentaire pour être en difficulté. 

Du côté de la météo, les choses ne vont pas s'arranger tout de suite. Les météorologistes annoncent un gros épisode pluvieux pour lundi 12 juillet.

 

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