Coronavirus : à l’approche des récoltes, les agriculteurs ont besoin de main-d’œuvre

Ce jeudi 19 mars, alors que les premières récoltent débuteront la semaine prochaine, les agriculteurs s’inquiètent. Ils ne disposent pas de la main-d’œuvre nécessaire, faute de travailleurs saisonniers, et lancent un appel à tous les volontaires.
 

A Bilwisheim, seuls 4 à 5 hectares d'asperges seront recueillis, au lieu de 35.
A Bilwisheim, seuls 4 à 5 hectares d'asperges seront recueillis, au lieu de 35. © Jean-Charles Jost
Jean-Charles Jost, président des producteurs d’asperges d’Alsace, est très inquiet. "C’est une situation plus que grave. Je n’ai jamais vécu cela !" déplore-t-il. Ce jeudi 19 mars, à la veille des premières récoltes d’asperges, ils ne sont que quatre à travailler dans son exploitation à Bilwisheim.
 

Beaucoup de gens ne veulent pas travailler par peur d’attraper le virus
- Jean-Charles Jost, agriculteur
 

Lors des récoltes, les années précédentes, Jean-Charles Jost employait environ 60 personnes. Cette année, "on sera une dizaine au maximum", estime-t-il. Et pour cause : parmi tous ces saisonniers, les deux tiers provenaient des pays de l’Est, soit une quarantaine de personnes. Or cette année, dans un contexte très particulier dû au coronavirus, les employés venant de la Pologne et de la Roumanie ne se déplacent pas.
 
Dans l'exploitation de Jean-Charles Jost, quatre personnes travaillent actuellement. Ces dernières années, une soixantaine de saisonniers était nécessaire pour assurer la récolte.
Dans l'exploitation de Jean-Charles Jost, quatre personnes travaillent actuellement. Ces dernières années, une soixantaine de saisonniers était nécessaire pour assurer la récolte. © Jean-Charles Jost

Quant aux saisonniers locaux, "ceux qui étaient volontaires se rétractent peu à peu. Beaucoup n'osent pas sortir, de travailler par peur d’attraper le virus", explique Jean-Charles Jost. Or l’agriculteur l’assure : toutes les mesures de sécurité sont mises en place pour éviter le risque de contamination.
 

Une épidémie aux lourdes conséquences sur le monde agricole


Le manque de main-d’œuvre conditionne le travail sur l’exploitation. Pour les asperges, qui représentent 80% du chiffre d’affaires de Jean-Charles Jost, "seuls 6 hectares ont été butés au mois de janvier. Le reste, ce n’est même pas la peine, puisqu’on n’aura pas le monde nécessaire pour récolter…" Sur les 35 hectares habituellement dédiés aux asperges, il espère pouvoir en ramasser seulement sur 4 ou 5 hectares.

Si les producteurs d’asperges sont les premiers touchés par le personnel manquant, les récoltes d’autres fruits et légumes suivront et avec elles, les mêmes problèmes. "A ce jour, on ne sait pas du tout comment on va gérer la situation. Si on ne trouve pas de solution, des productions entières pourraient être perdues", alarme Fabien Digel, directeur de l’interprofession fruits et légumes.


Il faut 1000 volontaires pour aider les agriculteurs en Alsace
- Yohann Lecoustey, directeur FDSEA 67


Les conséquences du coronavirus sur le monde agricole pourraient même aller au-delà des récoltes. "Une fois les fruits et légumes recueillis, il faudra du monde pour les emballer. Et vu la situation actuelle, on ne sait pas ce qu’il adviendra des emballages en carton et des plateaux en bois qui viennent d’Allemagne par exemple, s’ils pourront nous les fournir… " poursuit Fabien Digel.
 
"Le travail est certes physique, mais plutôt plaisant sous un beau soleil" pour Jean-Charles Jost. Il espère recruter des volontaires pour la récolte qui démarre la semaine prochaine.
"Le travail est certes physique, mais plutôt plaisant sous un beau soleil" pour Jean-Charles Jost. Il espère recruter des volontaires pour la récolte qui démarre la semaine prochaine. © Jean-Charles Jost


Aider un agriculteur pendant le confinement


En Alsace, les producteurs d’asperges sont à la recherche de 370 saisonniers pour ces prochaines semaines. Au total, "environ 1000 personnes seront nécessaires", toutes cultures confondues, estime Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. Autant de main-d’œuvre activement recherchée.

"Si certains confinés souhaitent sortir, ils peuvent se rendre utile pour l’agriculture. L’idée, c’est que chacun puisse aider localement, le producteur qui se trouve juste à côté de chez lui, en étant rémunéré", annonce Christelle Jamot, directrice de la FDSEA du Haut-Rhin. "Cela peut être un job de printemps pour les étudiants par exemple", mais également pour tous les volontaires.

L'agriculture faisant partie des activités autorisées par l'Etat car indispensable, il suffit de se munir de son attestation de déplacement ainsi que d'une attestation de l'employeur. Pour proposer votre aide dans le Haut-Rhin, vous pouvez contacter la FDSEA 68. Dans le Bas-Rhin, la bourse de l’emploi met en relation les candidats avec les agriculteurs. Vous pouvez également vous adresser à la FDSEA 67.
 
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