Coronavirus : à Schleithal, pas de confinement pour les paysans

Un champs de blé à l'entrée de Schleithal (Bas-Rhin) / © R.Willhelm/France Télévisions
Un champs de blé à l'entrée de Schleithal (Bas-Rhin) / © R.Willhelm/France Télévisions

Chronique villageoise 5 - Avec le durcissement du confinement, il n'y a quasiment plus de voitures dans la rue principale. On voit des camions de livraison, des voitures de gendarmes et...des tracteurs. Les agriculteurs du village continuent à travailler normalement. Ils n'ont pas d'autre choix.
 

Par R.Willhelm / J.Jung

Avec le durcissement du confinement, il n'y a quasiment plus de voitures qui circulent dans la rue principale de Schleithal (Bas-Rhin). On voit des camions de livraison, des voitures de gendarmes et...des tracteurs. Les agriculteurs du village continuent à travailler normalement. Ils n'ont pas d'autre choix. Il faut préparer les sols pour les prochaines cultures, nourrir les bêtes et fournir la matière première à toute la chaîne agroalimentaire régionale.
 

Les agriculteurs appellent cela le "Nederwind", le vent bas, du Nord, un vent froid qui peut geler les bourgeons des arbres au plus fort du printemps et réduire la récolte de fruits à néant. Il souffle depuis deux jours sur le village. Mais ce vent glacé est aussi accompagné d'un magnifique soleil. 
 
Les arboriculteurs de Steinseltz, tout près de Schleithal, ont installé des chaufferettes sous les arbres fruitiers en fleur. La chaleur ainsi dégagée permet d'éviter que les fleurs et donc futurs fruits, soient brûlées par le gel. / © Document remis/Gilles Teilmann
Les arboriculteurs de Steinseltz, tout près de Schleithal, ont installé des chaufferettes sous les arbres fruitiers en fleur. La chaleur ainsi dégagée permet d'éviter que les fleurs et donc futurs fruits, soient brûlées par le gel. / © Document remis/Gilles Teilmann
Laurent Lengert est dans les champs. Il répand des engrais sur le blé semé avant l'hiver. "Après les mauvaises années que nous avons connues, il faut produire du blé. Les stocks sont au plus bas". Après, il préparera les sols qui doivent accueillir les semis de maïs d'ici trois semaines. Laurent travaille seul donc il n'a de contact avec personne. Pas de risque de contamination.

La vie continue. Il faut que nous donnions à manger aux gens
- Laurent Lengert, agriculteur

Il est aussi à la tête d'un troupeau de 200 bovins, une race à viande, destinés à approvisionner le marché local. "J'amène une bête par semaine à l'abattoir de Haguenau. Là encore, je n'ai de contact avec personne. Le bouvier qui récupère la bête se tient à deux mètres de moi". La bête tuée et découpée est ensuite livrée à un supermarché de la banlieue strasbourgeoise où sa viande sera mise en vente. " La vie continue. Il faut que nous donnions à manger aux gens."La routine quotidienne n'a pas changé non plus pour Clément Schweitzer. Ce producteur de porcs bio rejoint son exploitation tous les matins à 8h, idem le soir à 18h pour nourrir ses bêtes. 250 truies évoluent sur une couche de paille épaisse dans un grand bâtiment ouvert. "Nous n'avons pas de problème d'acheminement de l'aliment pour les truies. Le camion de livraison de l'aliment complet vient toutes les trois semaines. Les conducteurs connaissent la ferme. Ils savent comment faire, ils se débrouillent. Nous n'avons aucun contact." 
 
Les truies se reposent sur un tapis de paille / © Document remis - Ferme Schweitzer
Les truies se reposent sur un tapis de paille / © Document remis - Ferme Schweitzer
 

On est tout seul sur le tracteur et on ne dérange personne
- Clément Schweitzer, producteur de porcs bio

Clément a deux salariés sur l'exploitation, mais là encore, chacun fonctionne en autonomie et sait ce qu'il a à faire. "Dans les champs, nous avons répandu le compost la semaine dernière. Cette semaine, nous allons semer le lin et l'orge. On est tout seul sur le tracteur et on ne dérange personne. On évite de rajouter des choses qui nous demanderaient de travailler ensemble." Tous ces travaux des champs répondent à un calendrier précis. Ils ne peuvent être repoussés ou abandonnés sous peine de mettre en danger la future récolte. 
 

Lundi et mardi de la semaine dernière, au début du confinement, c'était de la folie dans nos magasins
- Thierry Schweitzer (frère de Clément), producteur de cochons bio

Il en va de même pour l'élevage. "Chaque semaine, quoi qu'il arrive, vingt cochons partent à l'abattoir de Holtzheim qui fonctionne normalement", précise Clément Schweitzer. Ces cochons permettront d'alimenter le réseau de magasins de vente directe créé avec son frère sous la marque Thierry Schweitzer. Cette dernière dispose aujourd'hui de quatre enseignes indépendantes à Cernay, Mittelhausbergen, Haguenau et Wissembourg auxquelles s'ajoutent également deux points de vente, deux boucheries-charcuteries à Traenheim et à Barr. "Lundi et mardi de la semaine dernière, au début du confinement, c'était de la folie dans nos magasins. Maintenant, la fréquentation se tasse. Mais nos horaires n'ont pas bougé. Du personnel manque mais on a pu faire appel à quelques intérimaires."

"Dès le début de la crise, nous avons installé du gel hydroalcoolique à l'entrée des magasins, distribué les masques que nous avons en stock dans les ateliers de transformation et des gants aux personnels qui font la vente. Ça a permis de les rassurer. Au moment du rush la semaine dernière, je suis resté dans le magasin pour aider à déballer et alimenter les rayons, ça aussi ça sécurise le personnel". Thierry Schweitzer est confiant. Pour le moment, toute cette chaîne, de la ferme au magasin, fonctionne. Il a simplement changé le programme de la production pour se concentrer sur les choses les plus demandées par le consommateur: des knacks et de la saucisse de viande. "On recommencera à faire du pâté en croûte aux pistaches plus tard !".

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