Des kermesses à l'école sans déchets ni gaspillage, le défi de cette association strasbourgeoise motive les établissements

L'association Zéro déchet Strasbourg lance le défi des kermesses zéro déchet pour les écoles de l'Eurométropole. Plus d'une trentaine d'établissements a déjà répondu présent.

Pour l'association Zéro déchet Strasbourg, l'idée était dans les limbes depuis plusieurs années : proposer aux écoles primaires et maternelles de l'Eurométropole un "défi kermesse", permettant d'organiser des fêtes de fin d'année plus vertueuses. Pour éviter désormais de les clôturer par le traditionnel alignement de gros sacs-poubelles aux ventres rebondis.

Mais attention au sens du terme "défi". Il ne contient ici aucune idée de compétition, ni de bons points distribués aux meilleurs élèves : "Ce n'est pas l'esprit d'un concours entre les écoles. Plutôt un défi qu'on se lance à soi-même : un défi collectif", précise Carole Bridault, coordinatrice générale de l'association ZDS (Zéro déchets Strasbourg).

L'objectif est avant tout de fédérer, d'échanger, et de réfléchir ensemble à comment faire tout aussi bien, en matière de contenu festif, mais largement mieux en terme environnemental.

L'association avait lancé une première ébauche de ce "défi kermesse" dès la rentrée 2021, "avec une petite équipe d'écoles pilotes". Mais à cette période où "tout le monde portait encore le masque en début d'année", les préoccupations n'étaient pas les mêmes.

Une kermesse, ce sont des montagnes de déchets en quelques heures

Pourtant, certains établissements, portés par les parents, ont joué le jeu. Alice Le Jean, maman de deux petites filles scolarisées en maternelle et primaire à Schiltigheim, décide de tenter l'aventure pour la kermesse de l'an dernier. "Il nous restait deux mois, alors c'était tendu, nous explique Alice, déjà très investie dans le zéro déchet, mais on a fait dans la mesure de nos moyens !"

Résultat, les parents se sont vus remettre le jour de la kermesse des ecocups en lieu et place des traditionnels gobelets en plastique. Les mister freeze (ces glaces à l'eau emballées et hautement chimiques) ont été remplacées par des glaces artisanales et locales. La plupart des décorations ont été réalisées à partir de récupérations et les enseignants ont proposé un atelier Tawashi, ou comment fabriquer des éponges à partir de vieux tissus.

Pas si mal pour une première et en si peu de temps. "Cette année, on aimerait vraiment supprimer complètement les bouteilles en plastique et les remplacer par des consignes. On va faire des tartes flambées, donc pas de couverts et on va demander aux parents qui le peuvent de venir avec leur serviette en tissu". Atteindre le zéro déchet quoi.

"Quand on pense au nombre de kermesses qui sont organisées chaque année, ce sont des montagnes de déchets en seulement quelques heures, lance horrifiée Alice. Alors ce défi, c'est réellement une belle idée. Parce qu'en plus ça touche un public pas forcément concerné au départ, contrairement aux gens qui s'inscrivent dans des associations et qui sont déjà investis. Mais attention, pas question de braquer les gens ! On y va pas à pas", tient à ajouter la jeune maman.

Un réseau d'entr'aide entre établissements pour mutualiser les idées

Et cette année, l'école Mermoz de Schiltigheim aura de la concurrence. En janvier 2023, l'association zéro déchet Strasbourg a envoyé des mails aux 33 communes de l'Eurométropole et aux écoles. Et beaucoup se sont immédiatement déclarées intéressées. "C'est un gros succès" se réjouit Carole Bridault. "On visait 20 écoles, on en a déjà 32, et d'autres vont encore s'inscrire."

Parmi les motivations des directions d'écoles et des parents : ils "remarquent la masse de déchets qu'une kermesse peut générer, et ne sont pas très à l'aise avec cette idée. Il y a une réelle volonté de réduire les déchets." En outre, certaines kermesses "sont vraiment des fêtes de quartier. Et si c'est un quartier avec une grosse problématique de gestion des déchets, cela permet de sensibiliser les parents et les familles."

Début mars, l'association a lancé des réunions avec les premiers établissements inscrits. Parfois avec les directrices et directeurs d'école, parfois avec les parents d'élèves, ou les deux. Des réunions en présentiel ou en visio, selon les disponibilités, pour ne pas alourdir les plannings des uns et des autres.

Mais "on cherche à les rassembler autour d'une table" précise Carole Bridault. "L'idée n'est pas de leur donner un guide, et 'débrouillez-vous'. On souhaite créer un réseau d'entraide, pour que le résultat puisse coller au terrain. Et devienne un projet collectif, local et progressif."

L'objectif de l'association est d'éviter les déchets et le gaspillage, mais également favoriser les circuits courts. Supprimer les gobelets et couverts jetables, même en bois ou en carton, n'est donc qu'une petite partie des propositions.

L'une des écoles participantes à la phase-test de l'an dernier avait listé ses nombreuses idées : "déco réalisée avec des matériaux de récup', les supports utilisés sont en grande partie réutilisables, le recyclage a été instauré pour la première fois, prestataires et fournisseurs locaux, système de consigne pour les gobelets, pas de nappes = moins de gaspillage, brigade verte en action pour vous guider dans le tri, Mister Freeze remplacés par un bon glacier artisanal, miam; etc."

Changer les habitudes petit à petit

En guise d'alternative à la "coutume d'offrir des petits goodies récupérés à droite et à gauche", Zéro déchets Strasbourg propose de "remplacer ces petits cadeaux par des bons pour aller chercher un petit pain à la boulangerie, ce genre de choses, qui fait fonctionner le commerce local."

"On insiste aussi beaucoup sur l'aspect communication, c'est vraiment important" ajoute Carole Bidault. "Il faut communiquer le plus tôt possible aux familles que l'école entre dans une démarche de kermesse zéro déchets." Ceci afin d'éviter, par exemple, que des familles "à qui il est demandé d'apporter leur propre vaisselle le jour J" arrivent avec des couverts en plastique. "Il est important que tout le monde adhère, et que la communication soit simple et compréhensible" résume la coordinatrice de l'association.

Et, surtout, sans perdre de vue la finalité, qui est de lancer un processus durable, permettant de changer les habitudes. Et tant pis si ça doit être progressif. Carole Bidault insiste : "Il ne faut pas trop se mettre la pression. Il y a des écoles où le tri de déchets reste compliqué dans le quartier." Et d'autres où il est difficile de mobiliser beaucoup de parents.

Donc pas question d'imposer des changements trop radicaux, ou trop rapides. "On peut juste se concentrer sur les boissons, cette année. L'an prochain, ça pourra être la vaisselle (…) Ne vous sentez pas obligés de faire du 100%. On voit ce que ça donne, et si ça marche bien, on élargit."

Autre conseil de l'association : bien noter ce qui a fonctionné, ou pas, à l'intention des parents d'élèves qui prendront le relai l'année suivante. "Écrivez bien ce que vous avez fait cette année, où se trouve le matériel, où vous avez acheté tel produit", liste Carole Bidault.

À la fin de chaque réunion avec les représentants de quelques écoles, elle envoie "le résumé de tous les échanges à tous." Et constate que, par la suite, les discussions se poursuivent par mails interposés, et que le partage des bonnes idées continue. Preuve que tous se sentent motivés par ce défi au long cours. Et comprennent intuitivement qu'ils n'y arriveront qu'avec le soutien des autres.