Guerre en Ukraine. A Baden-Baden, ville thermale historiquement liée à la Russie, les conséquences sont visibles

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Écrit par Catherine Munsch .

Dans la ville de Baden-Baden, liée depuis plus de deux cents ans à la Russie, les conséquences de la guerre en Ukraine sont flagrantes. Elles sont touristiques, économiques, mais aussi culturelles.

Le Festspielhaus de Baden-Baden (Bade-Wurtemberg) est l'un des plus grands opéras d’Europe et son festival de Pâques, une institution. Les amoureux de musique viennent y écouter les grands compositeurs et interprètes et notamment de la musique russe. Mais la guerre en Ukraine est venue tout chambouler. "Il a fallu revoir une grande partie de la programmation", explique le directeur de communication Rüdiger Beermann.

La soprano Anna Netrebko devait tenir le haut de l’affiche, lors de l'édition organisée du 9 au 18 avril, mais ses liens avec Vladimir Poutine l’ont fait disparaitre du programme. Elle s’était déclarée contre la guerre mais pas contre Poutine. "On en a discuté directement avec elle, et nous avons conclu que ce n’était pas le bon moment pour elle de se présenter devant un public divisé par sa position."

Mais pas question pour autant de rayer les compositeurs et les musiciens russes du programme. "Nous donnerons La dame de Pique de Tchaïkovski et des œuvres d’Igor Stravinsky, comme Petrouchka. Cela reste tout de même un festival russe, avec l’orchestre philarmonique de Berlin." En revanche, le Palais des festivals de la ville thermale n’a pas hésité, tout comme l’ont fait Munich et Rotterdam, à se séparer de Valéry Gergiev, directeur musical depuis 24 ans. "Nous faisons la distinction entre les artistes et les fonctionnaires proches de Poutine."

Le concert de la soprano clivante sera remplacé par un concert pour la paix en Ukraine. "La chanteuse russe est remplacée par six artistes internationaux, dont certains sont ukrainiens, mais il y aura aussi des chanteurs venus des Etats-Unis, d’Europe, d’Italie, d’Allemagne, de France. Nous avons effectivement beaucoup modifié le programme", conclut Rüdiger Beermann.

Tourisme et économie fortement impactés

Les grands hôtels et les magasins de luxe de cette ville du sud-ouest de la Forêt-Noire ont vu passer leur clientèle russe de 10 % en 2014, au moment de l’invasion de la Crimée par la Russie, à 3% aujourd’hui. Certaines enseignes n’y ont pas survécu.

La  directrice du bureau du tourisme, Nora Waggershauser, est lucide mais veut garder l’espoir d’un retour de cette clientèle. "Dans notre ville de 55.000 habitants, qui comptait plus d’un million de nuitées avant la pandémie, l’absence des touristes russes est perceptible. Nous espérons que nous pourrons bientôt renouer de bons contacts". 

L’absence des Russes (à laquelle s’est ajoutée la pandémie) a fait fermer boutique à de nombreux commerçants spécialisés dans le luxe. L’un d’entre eux, Russe, toujours ouvert, nous dit même qu’ils ne sont pas seulement moins nombreux, mais qu’il n’en voit plus du tout dans son magasin.  

Des liens ancestraux 

Dès le 18ème siècle, princes et princesses de Baden-Baden épousent des membres de la famille des tsars russes. Après le mariage du Prince Guillaume II de Bade et la fille du Tsar Alexandre II, une église orthodoxe russe est construite à Baden-Baden. Partout dans la ville, des traces de la présence russe sont visibles : statues, palais, lieux de résidences… "Aujourd’hui, Russes et Ukrainiens, accueillis chez nous, vont ensemble dans cette église", précise Margret Mergen, la maire de la ville.

D’ailleurs la cité compte toujours de nombreux citoyens de plusieurs communautés russophones. "Environ 2% de nos habitants sont Russes ou ont un passeport germano-russe et nous avons plus de 2000 Ukrainiens et 1400 réfugiés depuis le début de la guerre. Chez nous, les Russes et les Ukrainiens manifestent ensemble contre la guerre."

Devant l’église orthodoxe, une femme hésite : "Je suis russe et j’habite ici depuis 22 ans. Mais je ne peux pas m’exprimer pour ou contre cette guerre. J’ai une grande famille qui est, je vous le dit honnêtement, pro Poutine, et vous donner mon avis… Je ne sais pas, moi je crois ce que dit Poutine, mais en fait, non...je n’ai pas d’avis."  

Pas simple non plus de se prononcer pour ce Moldave, rencontré devant un supermarché de produits importés de Russie et des pays de l’ex-URSS devenus indépendants. "On a des avis partagés parce qu’on ne regarde pas tous les mêmes chaînes d’information. Mais on est quand-même contre la guerre et on aimerait que tout redevienne comme avant."   

En attendant que les choses redeviennent « normales », l’aide à l’accueil des Ukrainiens s’organise. Des Allemands, mais aussi des Russes et des Ukrainiens installés dans la ville, font des dons et accueillent les réfugiés. Baden-Baden est l’une des villes allemandes qui accueillent le plus de réfugiés ukrainiens. Son histoire avec la Russie y est pour beaucoup.   

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