Insolite : l'incroyable renaissance des coucous de Forêt-Noire, grâce à un relooking complet

Publié le Mis à jour le

Quand on vous dit "coucous de Forêt-Noire", vous pensez pendule murale, hyper kitch, en bois archi-sculpté, que les Allemands adorent ? Et bien sachez que ça, c'était surtout avant. Avant que Conny et Ingold Haas de Schonach s'occupent de leur total relooking.


 

Les coucous de Forêt-Noire en Allemagne, vous connaissez ? « Bien sûr » ! me direz-vous, éventuellement les yeux levés au ciel ou en faisant une moue : « C’est cette célèbre pendule murale, hyper kitch, en bois sculpté, que les Allemands adorent »
 

Ok d'accord, c'est un peu ça, mais c’était surtout ça, avant. Avant quoi ? Avant que Conny et Ingolf Haas de Schonach ne se chargent de leur offrir un relooking. Car si les goûts et les couleurs ne se discutent pas, et que chacun a le droit d'avoir les siens, il se trouve que même les fans de ces pendules traditionnelles avaient commencé à s'en désintéresser, il y a une dizaine d'années. Alors, le couple de créateurs a lancé de nouveaux modèles, et beaucoup de monde a commencé à lorgner sérieusement sur leurs nouveautés. Et le public s'est mis à en racheter. Car oui, c'est bien de cela qu'il s'agit, la pendule à coucou de Forêt-Noire connaît une renaissance.
 

L'idée de créer de nouveaux modèles est née il y a quelques années, dans l'esprit de deux fabricants de coucous classiques, qui ont senti le vent tourner et ont alors décidé de laisser libre-court à leur imagination. "Même en Forêt-Noire, le coucou traditionnel était devenu un peu ringard et il s'en vendait de moins en moins" explique Ingolf Haas, propriétaire et gérant de la société Rombach et Hass à Schonach. "Mon épouse et moi avions déjà pensé rajeunir le look de la pendule, puis est arrivé le drame du 11 septembre qui a précipité notre décision de nous lancer. Car suite aux attentats, nous avons perdu le marché américain. Or les Américains représentaient 60% de notre clientèle."
 

Avec une perte brutale de 60% du chiffre d'affaire, il fallait trouver une solution de toute urgence. Le couple s'est donc lancé à la conquête d'une nouvelle clientèle. Conny et Ingolf ont pensé aux jeunes générations, qui voulaient elles aussi des pendules, mais plus les mêmes que pépé et mémé. Les artisans ont donc lâché la bride à leur imaginaire.
 

De bois sculptés et naturels, éventuellement teintés, ils sont passés aux surfaces lisses du métal, de la résine, à la douceur des plumes, aux couleurs flashy, aux décors rappelant la tradition, mais en s'en éloignant suffisamment. Pari gagné. Un nouveau public est séduit. 
 


"Nous vendons trois fois plus de pendules, depuis que nous faisons des modèles contemporaines et plus de 80 % de nos ventes sont des design modernes."  -Ingolf Haas, propriétaire et gérant de la société Rombach et Haas à Schonach


Dans leur atelier de Schonach, Conny et Ingolf Haas emploient des artisans capables de fabriquer et de réparer les célèbres horloges à remonter. Le principe de base est toujours le même : deux soufflets envoient de l’air dans des tuyaux, pour créer le chant du coucou, qui continue inlassablement à sortir de sa maisonnette. 

Désormais, il existe des coucous pour tous les goûts et toutes les bourses. La preuve, dans l'immense boutique des 1000 coucous, sur la place principale de Triberg. Les prix de ces pendules varient de 25 euros à... 23 000 euros, pour les pendules incrustées de pierres précieuses. 
 
 
 
​​​​​​Les Chinois quant à eux commencent seulement à découvrir ces pendules et, coup de chance pour les affaires, aiment les modèles traditionnels délaissés par les Allemands et Européens. 

L'engouement pour le coucou est tel chez nos voisins allemands, que deux villages de Forêt-Noire se battent même pour avoir le plus grand coucou du monde. Ce sont des maisons, à l'intérieur desquelles on peut admirer le mécanisme qui actionne la pendule et le coucou. "En réalité, je crois qu'il y a bien cinq ou six villages qui prétendent avoir le plus grand coucou de Forêt-Noire ! " nous dit en souriant un touriste. "Il faut comprendre que c'est un business... chaque village tente d'attirer un maximum de public. Il faut payer deux euros pour voir le mécanisme, ce qui est normal car c'est beaucoup de travail, mais à Schonach, il faut même payer pour le voir de l'extérieur. Evidemment, je ne vais pas tous les voir, ça me reviendrait cher..."

Au début des années 2000, le ralentissement du marché des pendules à coucous inquiétait la profession, mais cette période est bien révolue. Vingt ans plus tard, grâce à son relooking, la pendule traditionnelle de Forêt-Noire connaît un réel regain d'intérêt. Et cela mondialement. En 2019, quatre-vingt pays sur la planète plébiscitent les coucous de Forêt-Noire. Autant dire que le coucou de Forêt-Noire, version relooké, prend un nouvel envol.