Mort de Robert Hébras, dernier survivant du massacre d'Oradour-sur-Glane : il avait créé la polémique autour des Malgré-Nous

C'était le dernier témoin du massacre d'Oradour-sur-Glane. Robert Hébras s'est éteint ce samedi 11 février 2023 à l'âge de 97 ans. En 2012, il avait fait polémique, remettant en cause l'enrôlement de force des Malgré-Nous dans la division "Das Reich" qui avait décimé 643 personnes le 10 juin 1944.

Toute sa vie, il aura inlassablement perpétué la mémoire de celles et ceux qui ont succombé au massacre d'Oradour-sur-Glane. Robert Hébras, devenu l'unique survivant, s'est éteint ce samedi 11 février 2023 à l'âge de 97 ans

Le 10 juin 1944, alors que l'armée allemande est en pleine déroute, la division Das Reich met tout son village natal à feu et à sang. Bilan : 643 morts, dont 260 mineurs. Robert Hébras a 19 ans. Il est l'un des rares survivants.

Témoin incontournable de l'histoire de ce village martyr, Robert Hébras a consacré sa vie à entretenir la mémoire des lieux et des disparus. Il s'était fixé un objectif encore plus grand : celui de travailler à la réconciliation franco-allemande.

Des mots qui ne passent pas

En 2012, lors de la réédition de son ouvrage Oradour-sur-Glane, le drame heure par heure, Robert Hébras soulève une polémique en évoquant "des Alsaciens enrôlés soi-disant de force dans les unités SS". Il ajoute un peu plus loin : "je porterais à croire que ces enrôlés de force fussent tout simplement des volontaires. Aucun ne put apporter la moindre preuve de son enrôlement".

Blessées par ces allégations, l’ADEIF (Association des évadés et incorporés de force) 67 et l’ADEIF 68 attaquent en justice le rescapé d'Oradour-sur-Glane. Dans un premier temps, le TGI de Strasbourg lui donne raison estimant qu'il n'est "ni journaliste, ni historien […] mais seulement témoin direct de ce drame […], au cours duquel il n’a pas été en mesure de distinguer, parmi ses bourreaux, les Allemands nazis des Alsaciens". 

Déboutés en première instance, les deux associations obtiennent satisfaction en appel. La Cour de cassation annule finalement ce second jugement au nom de la liberté d’expression.

L'hommage des élus alsaciens

Dans un communiqué, Jeanne Barshegian, la maire de Strasbourg, salue la mémoire de Robert Hébras, "un homme engagé, passeur de mémoire". La maire de Strasbourg l'avait rencontré le 10 juin 2022 pour le 78ème anniversaire du massacre de la commune martyre. "A nous et aux jeunes générations de poursuivre ce nécessaire et réparateur travail de mémoire".

Son prédécesseur, Roland Ries, se rappelle de "l'homme avec lequel il avait réussi à dépasser des rancoeurs anciennes". En 1998, l'ancien maire de Strasbourg assurait l'intérim de Catherine Trautmann appelée à intégrer le gouvernement de Lionel Jospin. Le 10 juin 1998, avec le soutien de Robert Hébras, il parvient à amener une délégation alsacienne à la commémoration du massacre.

Pour Roland Ries, cette date marque le début d'une réconciliation entre "d'un côté, des Limougeauds qui voyaient dans les Alsaciens, des nazis, et de l'autre, des Alsaciens qui n'arrivaient pas à se faire entendre sur le drame de leur incorporation de force". 

Sorti du jeu politique, il estime que des élus strasbourgeois auraient toute leur place aux obsèques de Robert Hébras. Il n'exclut pas lui-même de s'y rendre.

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