Randonnées. Le Club vosgien fête ses 150 ans, retour sur l'histoire de cette association qui permet la découverte de tout le massif

Rectangle rouge, rond bleu, triangle jaune, ces symboles font la renommée du Club vosgien depuis 150 ans. Créée en 1872 par Richard Stieve dans une Alsace annexée, l'association compte aujourd'hui 13.000 bénévoles qui entretiennent 20.000 km de sentiers. Rund Um vous emmène en balade pour vous raconter toute l'histoire.

Si la mission principale du Club vosgien est de baliser et d'entretenir des sentiers alsaciens pour guider les randonneurs vers des sites naturels, l'association propose aussi de nombreuses sorties guidées, de la marche nordique et d'autres nouvelles activités de pleine nature.

"Nous ouvrons le chemin à des milliers de randonneurs" explique Jean-Claude Christen, président des sections bas-rhinoises. En 1872, "les autorités allemandes voulaient créer une association identique à celle fondée en Forêt-Noire en 1864." Richard Stieve, magistrat allemand de Saverne, a donc imaginé le Club vosgien. 

Petit à petit, les bénévoles ont commencé à baliser des chemins pour promouvoir le tourisme pédestre dans les Vosges. Le premier sentier à voir le jour était celui, bien connu aujourd'hui sous le nom de GR53, signalé par un rectangle rouge. Il traverse l'Alsace de Wissembourg au Grand Ballon. 

Cette année, l'association fête ses 150 ans. L'occasion pour l'équipe de Rund Um de vous proposer une immersion au sein de plusieurs sections (le club en compte 128) pour y suivre l'actualité des membres. Notre voyage commence dans la vallée de la Wormsa, située dans la vallée de Munster (Haut-Rhin).

Quand le Club vosgien fête son anniversaire, il le fait...en marchant!

Ce jour-là, le Club vosgien de Munster avait prévu les choses en grand. Rendez-vous était donné dans la cour d'un hôtel de Munster. Gérard Heinrich, président de la section locale, remet cérémonieusement une grande clé à la présidente de l'Office de tourisme, une clé symbole de l'ouverture des sentiers. Dans le public, tous les guides et les responsables de chantiers applaudissent. La belle saison peut commencer.

La section de la vallée de Munster est une des plus réputées. Elle compte 500 membres, 30 bénévoles actifs qui entretiennent 470 km de sentiers et près de 24 guides de randonnées. Ce sont ces derniers qui chaque saison, guident bénévolement les membres du club et le grand public sur les sentiers des Hautes-Vosges. Pour fêter les 150 ans de la fédération, 9 randonnées avaient été proposées ce jour-là sur les plus beaux sites des Hautes Vosges: le mythique sentier des Roches, le sentier de la Bloy et...en compagnie de Frédéric Lang, le sentier de la Wormsa. Une boucle de 12 km le long de la rivière, à travers un cirque glaciaire majestueux.

Les nouvelles activités

Au Club vosgien, les membres sont actifs, dévoués. Hélas, ils ne rajeunissent pas. Pour tenter d’attirer de nouveaux adhérents et faire baisser la moyenne d’âge, de nouvelles activités se développent depuis quelques années, en parallèle des sorties randonnées. 

A Guebwiller (Haut-Rhin), la section marche nordique, par exemple, remporte un franc succès. D’après l’animatrice principale, Joëlle Roehr, l’activité attire "davantage de participants, plus jeunes que d’ordinaire." Ils sont pour l’instant une centaine à s’adonner à ce sport chaque semaine, munis de bâtons. "L’avantage, c’est qu’une sortie dure deux heures. Les gens n’ont pas forcément une journée à consacrer à randonner", avance Joëlle Roehr.

Autre activité qui attire les plus jeunes : les marches d’orientation. Le principe est simple, il faut trouver rapidement des balises sur le parcours signalé sur une carte. Le 15 mai dernier, une telle marche, organisée à Bisel par le Club vosgien d’Altkirch, a attiré plus de 100 participants. L’idée étant de s’adresser à un nouveau public familial, même si l’association ne gagne pas encore de nouveaux adhérents par ce biais.

L'entretien et le balisage, exemple à Ste-Croix-aux-Mines

L'un des rôles de l'association est d'entretenir les chemins et sentiers, et de les rendre identifiables pour les randonneurs. Ce concept recouvre des travaux très divers, tous réalisés par des bénévoles. Dans la section de Ste-Croix-aux-Mine, trois jeunes retraités viennent de refaire entièrement un escalier en bois d'une quinzaine de marches, permettant d'emprunter en douceur un sentier très pentu. "On avait créé cet escalier il y a cinq ans", explique Romain Riegert, perceuse-visseuse à la main. "Mais il avait pourri, et les VTT l'avaient détérioré."

La majorité des randonneurs ne soupçonne même pas que les chemins nécessitent autant de soins. La section de Ste-Croix-aux-Mines entretient 100km de parcours, qu'il faut vérifier jusqu'à six fois par an. Gilles Tissot manie la tondeuse, pour couper l'herbe trop haute, ainsi que "des repousses de genêts, de noisetiers." Parfois, volontairement, le Club vosgien laisse un chemin se refermer, parce qu'il fait double emploi, afin qu'on ne l'utilise plus. Mais en d'autres endroits, il peut aussi "rouvrir" un chemin laissé à l'abandon, parce qu'il offre par exemple une variante plus intéressante ou plus agréable. 

Le marquage se fait à l'aide de plaquettes d'aluminium, sur lesquelles sont collés des autocollants prédécoupés "et traités anti-UV, pour la stabilité des couleurs"  précise Guy Debes, inspecteur des sentiers. Son comparse Germain Walczak affronte les champs d'orties et les échelles instables afin de clouer ces petits panneaux aux arbres. Avec "des clous en aluminium, qui ne cassent pas les scies dans les scieries." En outre, il veille à épargner "les bois dits nobles", et dans les forêts privées, utilise des poteaux en guise de supports, "pour ne pas abîmer les arbres." Et les panneaux aussi nécessitent une surveillance constante, car il faut régulièrement les nettoyer, et couper les branches qui pourraient les dissimuler aux regards des randonneurs.

La protection de l'environnement, l'autre mission-clé du Club vosgien

C’est l’autre grande mission du Club vosgien. A côté des activités de randonnée et depuis sa création, le Club vosgien s’est donné pour mission de protéger la nature et les paysages. Et ce, "depuis sa création il y a 150 ans", assure Joseph Peter, président de la commission environnement. La section de Saint-Amarin s'occupe notamment des sentiers du Grand Ballon, un exemple en matière d'actions de préservation de l'environnement et de renaturation. 

"Le site est protégé. Nous indiquons donc le bon comportement à suivre aux visiteurs à l'aide de panneaux", explique François Desaga. "Ne pas marcher hors des sentiers, ne rien jeter dans la nature...". Et pour canaliser le trafic ainsi que le fort nombre de visiteurs, le Club vosgien a redessiné le circuit en fermant certains sentiers. "Des véhicules 4x4 ainsi que des quads empruntaient ce chemin", désigne Michel Behra. "Nous avons décidé de le fermer, pour permettre aux plantes de pousser tranquillement".

En effet, le Grand Ballon, sommet le plus haut des Vosges, regorge de fleurs et plantes typiques en altitude. Ainsi, les anémones des montagnes ou bien l'Huperzia selago. "On le trouve uniquement à plus de 1.200 mètres. Quelle joie de voir des plantes rares, ici dans les Vosges", conclut Joseph Peter. Pour l'ensemble de ses mesures, le Club vosgien de Saint-Amarin a reçu, en 2012, un trophée européen.

Les refuges du Club vosgien, de réelles institutions

Le Club vosgien compte 27 refuges et chalets en Alsace. Des lieux où les randonneurs peuvent se poser un instant, manger un bout et, pour certains, passer une ou plusieurs nuits. A Oberbruck dans la vallée de la Doller, se trouve le refuge du Neuweiher, une maison quasi centenaire qui accueille de nombreux marcheurs venus découvrir les alentours du Grand Ballon. Au menu : spaetzle, tourtes et civet. Le tout cuisiné et préparé par Yves Fluhr et son équipe. Un refuge accessible à pied uniquement, comptez un peu plus d'une heure depuis Oberbruck.

"Le refuge a été construit en 1927" nous explique Roger Uhlen, membre de la section de Masevaux qui gère les lieux. "Face à l'afflux des touristes, le Club vosgien a très vite construit une salle de restaurant et cinq chambres à coucher". Depuis, les  générations successives de bénévoles entretiennent le lieu pour le rendre de plus en plus confortable.

Situé le long de différents sentiers balisés, le refuge du Neuweiher (nouvel étang en français) porte le nom des deux étangs au bord desquels il se situe. Au Moyen Âge, leur eau servait à faire fonctionner les machines des forges de la vallée quand la rivière de la Doller était à sec. Aujourd'hui, le site fait le bonheur des pêcheurs et des touristes. Le refuge est ouvert de mars à Novembre.