VIDEO. Une famille d'agriculteurs cultive une centaine de variétés de fruits

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré ©France Télévisions

A Blaesheim, la famille Goos produit une centaine de variétés de fruits sur d'innombrables petites parcelles éparpillées sur la colline du Gloeckelsberg. Rund Um fait le tour du propriétaire, alors que la cueillette bat son plein.

De l'autoroute A35, le Gloeckelsberg de Blaesheim (Bas-Rhin) apparaît comme un monticule arborisé, dans un environnement de champs. Cette colline de 189 mètres de haut, surmontée d'une tour médiévale, dernier vestige d'une église du XIe siècle, était longtemps considérée comme le point culminant de l'Eurométropole.

Ici, tout est vert. Le Gloeckelsberg est subdivisé en petites parcelles principalement couvertes d'arbres fruitiers "basses tiges", et parfois de quelques rangées de vignes. Ça et là subsistent aussi de grands arbres entourés de ronces, et un peu d'herbe.

Une grande partie des vergers appartient au producteur de fruits blaesheimois Jean-Philippe Goos. "On est une petite entreprise de 6 hectares, morcelés en 30 parcelles éparpillées" explique-t-il, en faisant la tournée du propriétaire avec son père Philippe, pour vérifier l'état de maturité des fruits.

"Dans cette zone, beaucoup de terres n'ont pas subi de remembrement" précise ce dernier. "C'est pourquoi il reste autant de petits lopins." Leur surface, bien trop réduite pour les grosses machines des céréaliers, permet toujours d'accueillir quelques rangées d'arbres fruitiers, et la terre limoneuse est particulièrement appropriée à ce type de cultureAu fil des ans, le père, puis le fils, en ont donc "profité pour les racheter, les louer, les échanger..."

Une centaine de variétés de fruits

Depuis certaines de leurs parcelles, le panorama est splendide. "D'ici, on a une vue sur le mont Ste-Odile, le Maennelstein, le Landsberg... et dessous, à droite, Obernai. On voit même la brasserie" détaille Philippe Goos. Jean-Philippe, lui, présente ses plantations : "A gauche, nous avons des pommes reinette du Canada, une variété ancienne, toujours très prisée. A droite, de la pomme pinova et de l'idared. Et plus loin à gauche, de la boscoop pour les tartes."

Chaque verger compte quelques rangées d'arbres, parfois seulement une ou deux, parfois une demi-douzaine. "Ici, une rangée de pêchers." Un peu plus loin, "une parcelle qu' (il) vient d'ajouter. Un cousin a cessé son activité et (lui) a laissé son terrain, ça a donné quatre rangées de plus."

Plus loin encore, une centaine de jeunes abricotiers. "Ici, la parcelle est plus grande, on a pu planter 98 arbres d'un coup. Mais on a dû clôturer, parce qu'il y a beaucoup de chevreuils, et ils cassent les branches avec leurs bois, en se frottant aux jeunes plants."

D'autres vergers sont dédiés aux poires, ou aux quetschiers et leurs homologues. A côté des traditionnelles "quetsches d'Alsace", une rangée d'arbustes arbore des fruits de même forme et de même couleur, mais quatre à cinq fois plus grands. "C'est la prune Président, une grosse prune juteuse et charnue, au goût entre la quetsche et la reine-claude" explique le producteur. "Elle est très bonne à manger, et pour faire de la confiture. Mais pour les tartes, elle dégage trop de jus."

Un jour, Antoine, le fils de Jean-Philippe Goos, a dénombré le nombre de variétés de fruits de l'entreprise paternelle. En comptant les quelques noisetiers, noyers et actinidias (arbres à kiwi) qui poussent ça et là, ainsi que les arbustes à petits fruits (framboises, groseilles, cassis), il est arrivé à une centaine. A la grande surprise de toute la famille.

Une entreprise familiale

"Je viens d'une ferme où on pratiquait l'agriculture traditionnelle d'antan. Mes aïeux ne produisaient pas de fruits, sauf pour leur usage personnel" raconte Philippe Goos. Il se souvient que sur le Gloeckelsberg, "il y avait partout de petits vergers, où les gens cultivaient des fruits pour leur propre usage, ainsi qu'un peu de vigne pour faire leur vin." Une habitude qui s'est d'ailleurs maintenue, témoins les mini-vignobles de deux ou trois rangs de ceps encore visibles ça et là.

Mais Philippe Goos connaissait "des gens qui étaient dans la branche de la production fruitière" et il s'est lancé "en 1979, avec ma femme." Intégrant peu à peu les subtilités du métier, il a rapidement abandonné le maraîchage, plus chronophage, qu'il voulait développer en parallèle.

Au départ, il a planté des vergers mélangeant divers types de fruits à noyaux, avant de créer des parcelles d'une seule variété. "On a aussi mieux compris quelles variétés étaient les plus intéressantes, et lesquelles il valait mieux abandonner, parce qu'elles étaient moins commercialisables, ou poussaient moins bien", ajoute-t-il.

Dès le départ, son fils était de la partie. "Tout petit, Jean-Philippe a immédiatement suivi" sourit-il. "Il était toujours avec nous, peu importaient les tâches à accomplir. Il était toujours enthousiaste."

Et en 2003, tout naturellement, il a pris le relai. Mais son père continue à donner de gros coups de main. Et continue à s'intéresser de près à l'évolution de l'entreprise, toujours prêt à tester "de nouvelles variétés et de nouveaux noms" qu'il découvre dans les catalogues spécialisés. Des tests d'abord en petite quantité, avant d'aménager des parcelles plus grandes, si la satisfaction est au rendez-vous.

Des fruits cueillis à la main

En période de cueillette, six saisonniers viennent rejoindre l'équipe familiale et les deux salariés à plein temps. Ils changent de parcelle tous les jours, en fonction de la maturité des fruits. Les arbres "basses tiges" sont aisément accessibles, et tout est fait à la main. Même pour les fruits à noyaux, il n'est pas besoin de tracteurs-vibreurs. "On n'a que des 'vergers piétons'" précise Philippe Goos. Si les arbres sont un peu trop hauts pour les bras, "on a des traîneaux pour se mettre dessus", qui réhaussent la taille du cueilleur de 40 à 80 centimètres.

Ce jour-là, ils cueillent les pommes Galafab, d'un beau rouge sombre. Ils les trient immédiatement : dans un cageot, celles sans défauts, destinées à la vente, qui sont ensuite déversées délicatement dans une remorque. Dans un seau, celles qui sont cabossées ou trop petites. Elles seront pressées pour en faire du jus.

Les saisonniers sont des habitués, qui viennent parfois en couple, comme Bernard et Elisabeth Ritt. "Je le fais depuis 10 ans" explique cette dernière. "J'étais secrétaire dans un bureau, et ça me plaît bien mieux que de rester assise à l'intérieur. Je reviens chaque année pour les cerises, les mirabelles, les quetsches et les pommes. Etre dehors tous les jours, ça ressource, ça fait vraiment du bien."

Son mari l'accompagne depuis qu'il a pris sa retraite. Avec une motivation... davantage culinaire. "Il y a une bonne ambiance, et on mange ensemble à midi, alors qu'avant, quand Madame n'était pas à la maison, je devais faire la cuisine" rigole-t-il. "Donc vous comprendrez aisément pourquoi je suis là."

Patricia Voegtling, elle, a commencé cette année, et vient aussi pour accompagner son mari. Ils travaillent l'un en face de l'autre, et il lui apprend les bons gestes. Mais après huit heures de cueillette, le labeur fourni se fait ressentir. "Ça vaut le coup" s'exclame-t-elle. "Le soir, pas besoin de somnifère. Une bonne douche, et au lit."

Avec son père, son grand-père, Antoine Goos, 14 ans, est aussi de la partie dès qu'il a un moment de libre. "Je viens ici avec plaisir" confie-t-il. "Je viens aider après l'école. C'est mieux que de rester assis en classe, ou de faire les devoirs."

Les fruits sont vendus sur des marchés

La quasi-totalité de la production est écoulée sur des marchés strasbourgeois. Jean-Philippe Goos n'a aucune envie de se plier aux exigences d'un grossiste "qui veut une tonne de telle ou telle variété, ou juste des poires vertes et rouges." Il préfère garder sa liberté dans le choix de sa production, en l'écoulant au détail. Et son plus grand plaisir est de pouvoir expliquer son travail à sa clientèle, et l'étonner par des fruits qu'elle ne trouvera jamais en grande surface.

L'entreprise Goos est présente les mardis et samedis dans la halle du marché du quartier du Neudorf "depuis 1990. Après le service militaire, j'ai commencé avec un petit stand de trois mètres, qui s'est peu à peu agrandi", raconte Jean-Philippe Goos. Parmi les clients, de nombreux fidèles viennent depuis le début. Il livre aussi une résidence sénior du quartier, et "y retrouve (ses) premiers clients, contents de (le) revoir."

Outre les nombreux fruits, et quelques légumes provenant de producteurs amis, le stand propose également des jus et des compotes, que Jean-Philippe fait produire dans un atelier du secteur, ainsi que les confitures réalisées par son épouse Marie-Christine.

Le mercredi et le vendredi, le stand se déplace au marché Sainte-Marguerite, devant le MAMCS (musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg), qu'on appelait encore "àm àlte Schlààhüss" (aux anciens abattoirs) dans les années 1980. C'est là que la mère de Jean-Philippe a fait ses débuts de commerçantes, "avec une table de camping". Et dès l'âge de ses quinze ans, lui-même s'en chargeait certains jours : "Le mercredi, quand je n'avais pas cours, ma mère m'y déposait et me recherchait l'après-midi."

Cette alternance entre bain de foule et travail dans les vergers convient parfaitement à Jean-Philippe Goos. "Si tu en as assez de la solitude, tu te dis : 'demain je vais au marché, je verrai du monde.' Et l'après-midi, quand tu as la tête trop pleine de bruit, tu peux ressortir au grand air et avoir la paix" résume-t-il.

Après la période de cueillette, qui s'étendra jusqu'à fin octobre, viennnent les travaux d'hiver. Il faut sans cesse renouveler certaines parcelles, replanter. Et surtout tailler l'ensemble des arbres, pour les maintenir à une hauteur accessible, et leur garantir une productivité optimale. "Le travail ne s'arrête jamais, toute l'année on a de l'occupation, on ne s'ennuie jamais."

Mais la fierté de voir une nouvelle parcelle se développer et produire de beaux fruits compense largement tous ces efforts. "C'est comme élever un enfant. On le voit grandir, et réussir dans l'existence. Si le résultat est là, on est content, on fait quelque chose pour la nature et pour ses concitoyens. C'est un vrai bonheur. Chaque plantation est un nouvel enfant qu'on adopte."

"C'est un métier, une passion" résume Jean-Philippe Goos. "Il faut s'y adonner pleinement. Si on regarde sa montre, ça ne marche pas. C'est ma vie."

Les fruits de la famille Goos sont vendus

  • les mardis et samedis dans la halle du marché du Neudorf à Strasbourg
  • les mercredis et vendredis au marché Sainte-Marguerite, sur le parvis du MAMCS
  • le vendredi après-midi directement à la ferme, rue pasteur à Blaesheim.

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