"C'est une pression énorme" : dans les coulisses de la délicate restauration des manuscrits d'Arthur Rimbaud

Pourquoi les manuscrits d'Arthur Rimbaud donnés au musée de Charleville-Mézières en février ne sont-ils toujours pas exposés ? C'est un travail d'orfèvre qui doit être effectué sur les quatre lettres acquises pour les restaurer. Immersion auprès de la restauratrice qui donne une seconde vie à ces précieux objets.

Un travail de minutie et de patience. Caroline Legois, conservatrice et restauratrice en arts et documents graphiques, tient entre ses mains l'un des objets les plus précieux de la collection du musée Rimbaud. Une lettre, écrite de la main du poète lui-même, qui relate à sa famille ses déboires avec sa jambe droite, qui sera amputée plus tard. Le manuscrit a été acheté dans une vente aux enchères par un entrepreneur ardennais. Il en a fait don au musée, avec deux autres lettres. Il faut à présent les restaurer.

Ce sont des papiers légers et fragiles. Le vieillissement va se traduire par le jaunissement ou des altérations physiques, comme des déchirures.

Caroline Legois, conservatrice-restauratrice d'arts graphiques

Pour redonner à ces lettres leur splendeur d'antan et assurer leur conservation, Caroline Legois est très bien équipée : pinceaux, poids, buvards ou encore plioir en téflon, pour appuyer et lisser, mais sans lustrer, afin de ne pas apporter au papier une brillance qu'il ne possédait pas à l'origine.

Un papier presque magique

Pour combler les déchirures du papier, Caroline Legois a une arme secrète : un papier japonais aux propriétés extraordinaires. "C'est un papier avec des fibres longues, explique-t-elle, c'est ce qui va permettre de donner de la résistance. Ce papier japonais est fin, presque transparent, donc une fois qu'on va le coller à l'arrière des déchirures, il va se fondre."

La consolidation est discrète et elle permet de manipuler les œuvres sans danger, pour les conserver sur le long terme. "L'objectif, c'est aussi que notre regard ne soit plus attiré par ces altérations", conclut Caroline Legois.

Le papier est fixé grâce à une colle à base d'eau. "L'eau et le papier, ça fait des déformations, continue d'expliquer la conservatrice-restauratrice, mais elles sont temporaires. On va les résorber avec des buvards ou des feutres pour absorber l'humidité".

Une pression énorme

Caroline Legois semble sereine. Pourtant, les manuscrits qu'elle manipule sont rares et très précieux. Les trois lettres acquises par l'entrepreneur ardennais puis données au musée valent près de 280.000 euros.

La directrice du musée Rimbaud de Charleville-Mézières le concède : manipuler ces documents n'a rien de banal. "C'est une pression énorme, affirme même Carole Marquet-Morelle. On se doit de préserver toute l'intégrité de ces manuscrits, donc il y a toujours une petite boule au ventre quand on manipule des documents aussi précieux que ceux-là".

D'autres œuvres attendent d'être restaurées, mais le don de ces manuscrits était inattendu et il a bouleversé le calendrier du musée.

C'est un don magnifique, donc on se devait de le présenter le plus rapidement possible au public, mais il fallait tout d'abord offrir de bonnes conditions de conservation.

Carole Marquet-Morelle, directrice du musée Rimbaud

Il faudra encore être un peu patients pour découvrir ces manuscrits. Ils devraient être présentés aux visiteurs du musée début juin.

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