Affaire Fourniret : on a vu la série de Netflix dans la tête de Monique Olivier, "c’est elle qui lui a donné son permis de tuer"

Assistante ou initiatrice des crimes ? Quel rôle a joué Monique Olivier, la femme du violeur et tueur en série Michel Fourniret ? C’est la question que pose la série documentaire sur Monique Olivier diffusée sur Netflix depuis le 2 mars 2023. On a vu la série et on vous en parle.

"Il y a le tueur en série et il y a sa compagne. Sans elle, il n’aurait pas réussi tout ce qu’il a fait." La série Netflix, "L'affaire Fourniret : dans la tête de Monique Olivier", réalisée par Michèle Finès et Christophe Astuc débute avec ces deux phrases, prononcées par la mère d’Isabelle Laville, première victime de Michel Fourniret.

Bien que Monique Olivier, "gardienne des secrets de Fourniret", purge actuellement sa peine à perpétuité derrière les barreaux de Fleury-Mérogis (assortie d’une période de sûreté de 28 ans), certaines questions sur son implication dans les crimes sont restées en suspens. La série vient apporter un nouvel éclairage, en donnant la parole aux avocats, experts psychologues, agents de police judiciaire ou encore co-détenus des deux criminels, sans oublier les membres de la famille des victimes.

"On ne l’a pas soupçonné ! Une femme qui était la plus ordinaire du monde et qui se livre à ce genre de faits [une série d’enlèvements, de viols et de meurtres], c’est quand-même incroyable", témoigne l’ancien commandant de la police judiciaire de Reims, Daniel Bourgard. "Au lieu d’un tueur en série, on a un couple machiavélique. L’affaire prend une dimension toute autre".

"Au lieu d’un tueur en série, on a un couple machiavélique."

Daniel Bourgard, ancien commandant de la police judiciaire de Reims

Série "L'affaire Fourniret : dans la tête de Monique Olivier"

Cette toute autre dimension, on la voit à travers le jeu de rôle muet et sans visage de l'actrice incarnant Monique Olivier, et à travers les analyses des experts du dossier. Des auditions de la police judiciaire jusqu'aux procès, dont trois sont encore en cours (affaires Marie-Angèle Domece, Joanna Parrish et  Estelle Mouzin). Au fil des cinq épisodes apparaît plus clairement l'implication de la criminelle au sein des affaires, connues sous le nom de Michel Fourniret mais dont sa femme a joué un rôle essentiel.

Mort il y a bientôt deux ans, celui-ci n’est d'ailleurs plus là pour témoigner des faits, contrairement à elle. "Tous les dossiers sur lui sont éteints juridiquement - du fait de sa mort", explique l'expert-psychologue Jean-Luc Ployé, contacté par France 3. "En amenant des gens dans des impasses, comme son mari avant elle, Monique Olivier rend hommage à Michel Fourniret."

Une actrice sans visage

L’ancien commandant de police décrit une femme "soumise, craintive, qui regarde ses chaussures en permanence" mais rapidement, elle semble bien plus dangereuse que ça. Le visage de l’actrice qui incarne son personnage dans la série est toujours cachée derrière une masse de cheveux sombres. Tête baissée, dos courbé, sa silhouette suggère sa complicité dans l’horreur. Monique Olivier est présentée en "ogresse des Ardennes", à la fois dégoutante et sidérante. "On est plus attiré par l'image que par l'intellectualisation du passage à l'acte", explique Jean-Luc Ployé. Et c'est justement l'image monstrueuse et dissimulée de Monique Olivier qui est au cœur de la série.

Jean-Luc Ployé a calculé le quotient intellectuel de la criminelle (131 - le QI moyen en France étant de 98). Au vu du résultat, il est "difficile de considérer qu'il ne s'agit là que de soumission". Il va plus loin : "C’est elle qui lui a donné son permis de tuer. Finalement, Michel Fourniret était un pédophile relativement banal. J'ai déjà examiné plusieurs tueurs en série mais jamais de couple de tueurs en série. C'est très très rare. Surtout qu'ils ont tenu au moins 20 ans.

L'expert-psychologue a vu la série. Il considère qu'il s'agit d'une analyse "à charge" contre Monique Olivier. Et à juste titre : la criminelle trouverait dans toutes ces affaires "un intérêt pervers" selon ses mots. Jean-Luc Ployé soutient depuis 25 ans la thèse du couple criminel. "Tout se centralise sur elle mais puissance mille depuis que Fourniret n'est plus là", considère Richard Delgenes, l'avocat de la détenue. "Sans elle, on ne résout pas l'affaire [Estelle Mouzin]"

La série fait écho à des affaires en cours dans lesquelles elle est impliquée. A 74 ans, Monique Olivier doit encore être jugée dans trois affaires. La police judiciaire compte aussi sur elle pour faire avancer des enquêtes qui restent inachevées.

(Avec Prunelle Menu)