Ardennes : désert médical à Nouzonville, “on se démène pour faire venir des médecins et le conseil de l’Ordre nous met des bâtons dans les roues”

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Écrit par Isabelle Griffon
Nouzonville souffre d'une faible démographie médicale (photo d'illustration).
Nouzonville souffre d'une faible démographie médicale (photo d'illustration). © SALESSE FLORIAN / MAXPPP

Les élus de Nouzonville sont en colère. Le médecin qui avait accepté de venir travailler chaque lundi dans le centre de soins de la commune ne viendra plus. Le conseil départemental de l’Ordre des médecins lui reproche de ne pas réaliser de gardes, ce qu’il fait déjà à Reims où il exerce le reste de la semaine. Le maire dénonce un “véritable scandale”.

En ce début d’année 2022, Nouzonville (Ardennes) ne compte plus que deux médecins généralistes, contre cinq il y a six ans. “Mais les deux sont très proches de la retraite”, précise Florian Lecoultre, le maire de cette commune de 5800 habitants, située au nord de Charleville-Mézières. Pour soigner les Nouzonnais et les habitants des communes alentours, ce qui représente un bassin de vie de 9.000 personnes, la municipalité tente d’attirer de nouveaux médecins.

“On a travaillé avec la Mutualité française de Champagne-Ardenne et l’ARS (Agence régionale de Santé) pour trouver des solutions et ouvrir, en octobre 2020, un centre de soins au sein de l'hôpital local”, explique Florian Lecoultre. Un médecin a accepté de venir de Reims pour y travailler une fois par semaine. “Il soignait une trentaine de patients chaque lundi. Cela nous permettait de démarrer l’activité du centre et de trouver une solution urgente pour les habitants. Un deuxième médecin devait aussi venir à temps partiel. L’idée, c’était de remplir la semaine.”

Se soumettre à des gardes

Mais le généraliste rémois a cessé son activité à Nouzonville au 31 décembre. Le conseil départemental de l’Ordre des médecins lui impose d'effectuer des gardes dans les Ardennes alors qu’il n’y exerce qu’un seul jour par semaine. Des gardes qu’il effectue déjà à Reims, où il travaille le reste de la semaine, et qu'il ne peut effectuer en plus dans les Ardennes.

"Cette obligation pour les médecins de participer à la permanence des soins est inscrit dans le statut des centres de santé, observe Guillaume Mauffré, délégué territorial de l'ARS dans les Ardennes. Mais humainement, on peut comprendre qu'il ne soit pas possible pour le praticien de participer à deux tableaux de garde dans deux départements différents. Ce sont deux positions qui peuvent s'entendre". Pour le délégué de l'ARS, "il est très probable que la position du conseil de l'Ordre, si elle n'évolue pas, bloque la venue de médecins rémois". 

Le conseil de l'Ordre dans une position de fermeté

Pour le conseil municipal, "cette position est un véritable scandale. Elle nous fait perdre un médecin et va irrémédiablement nous empêcher d’attirer des médecins généralistes exerçant déjà ailleurs mais qui étaient prêts à donner un peu de leur temps pour les patients nouzonnais", écrivent les élus dans un texte rédigé la semaine dernière. "Le conseil de l’Ordre participe aujourd’hui à la dégradation de notre démographie médicale.”

Le maire a tenté de joindre l'institution, en vain. “Le conseil de l’Ordre est dans une position de fermeté. Il ne répond même pas à nos sollicitations, c’est de l’impolitesse totale.” Contacté ce lundi matin par notre rédaction, nous n’avons pas eu de retour non plus à notre demande d’explications.

C’est de la folie de mettre la pression sur des médecins qui donnent déjà un peu de leur temps alors qu’on est sur un territoire où la démographie médicale est atroce. Les gens renoncent de plus en plus aux soins.

Florian Lecoultre, maire de Nouzonville

"C'est l'injustice la plus totale"

Florian Lecoultre ne mâche pas ses mots : “On se démène pour faire venir des médecins et le conseil de l’Ordre des Ardennes nous met des bâtons dans les roues. C'est impardonnable d’entraver des gens qui trouvent des débuts de solution. C’est l’injustice la plus totale, cela nous fait perdre un médecin et décourage un deuxième docteur de venir.”

“Le modèle du médecin généraliste qui reste 30 ans dans la même commune et qui soigne toute la famille du petit enfant aux grands-parents, c’est fini, constate le maire de Nouzonville. On est condamné à faire venir des médecins qui viennent travailler au coup par coup.”

Les élus de la commune en appellent au ministre de la Santé, Olivier Véran, et à la ministre de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault. En attendant, le maire assure que les échanges se poursuivent avec le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, la Mutualité et l'ARS pour trouver des solutions.

Diverses pistes

Trois pistes sont envisagées : la recherche de nouveaux médecins à temps plein ou partiel, la téléconsultation avec un médecin à distance, épaulé par un infirmier à côté du patient, et la consultation effectuée par des infirmiers en pratique avancée. "Il s'agit d'infirmiers qui ont au moins trois ans d'expérience et qui ont suivi une formation supplémentaire de deux ans à la fac de médecine pour leur permettre de suivre des patients qui souffrent de maladies chroniques, comme le diabète. Mais ils peuvent aussi intervenir sur des domaines comme l'oncologie ou la santé mentale, toujours en coordination avec un médecin", explique Guillaume Mauffré.

Cette offre, qui existe déjà depuis septembre 2020 dans les Ardennes, devrait être déployée sur Nouzonville. "Cela ne remplace pas un médecin mais cela permet de libérer du temps médical pour d'autres consultations."

Seule bonne nouvelle sur le front sanitaire nouzonnais, un chirurgien-dentiste arrive début février dans la commune pour exercer deux jours et demi par semaine dans le nouveau centre de santé. Un dentiste, mais plus de généraliste. ”Mais on ne se résigne pas, assure le maire, on va continuer à se battre.” 

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