La caméra de Raymond Depardon dans les Ardennes

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La photographe et cinéaste Raymond Depardon propose dès mercredi dans les salles un nouveau documentaire. « Les Habitants », un regard « pour se mettre à la hauteur des gens, humainement ». L’homme de cinéma a notamment tourné quelques séquences dans les Ardennes à Charleville-Mézières.

Raymond Depardon, photographe et cinéaste, vient de sortir son dernier documentaire. Dans les salles de cinéma mercredi, « Les Habitants » est un voyage en caravane à travers la France. De Nîmes à Charleville-Mézières en mai 2015, Raymond Depardon a sillonné la France, en empruntant les routes départementales, en évitant soigneusement les grandes villes. Il a voulu aller à la rencontre d’une France banale.



Regardez la bande annonce : 

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La caravane

Le film s'ouvre sur une petite route au soleil où file la caravane sur la musique guillerette d'Alexandre Desplat. Il y a presque un parfum de vacances. Depardon et sa petite équipe s'arrêtent -pas plus de trois jours - sur une place, au plus près de l'animation, et invitent deux passants déjà en train de discuter à poursuivre leur conversation dans leur studio improvisé. "La conversation, dans ces villes moyennes, elle est encore très importante, parce que les gens passent moins de temps dans les transports en commun que dans les grandes villes, ils ont un peu ce luxe", raconte-t-il. "C'est l'improvisation d'une rencontre: viens, on va boire un café".



La caméra se fait si discrète que les "couples" invités à converser dans la caravane se livrent sans restriction. L'amour, la séparation, les études, le boulot ou l'absence de boulot forment l'essentiel des conversations filmées. "Je pensais que les gens allaient davantage parler de la crise, mais non, ils sont avec la vie de tous les jours et ils prennent beaucoup sur eux. Il y a une résilience", dit-il.







"Mon film? Un Intercité, pas un TGV"



"Les Habitants" de Depardon (52 à l'écran au total, sur 180 filmés) parlent avec l'accent, dans une langue parfois choquante lorsqu'il s'agit des rapports entre garçons et filles. Deux jeunes femmes parlent du couple: "T'es sa femme de ménage, son objet sexuel", dit l'une. "C'est la guerre".

"C'est assez dur, c'est un constat assez difficile pour les femmes. Il y a un côté cru dans les relations hommes femmes", reconnaît Raymond Depardon.

"Les phénomènes de notre époque que sont les divorces et les familles recomposées touchent maintenant les villes moyennes, ce n'est pas réservé à des grandes capitales avec des professions libérales", ajoute-t-il. "C'est un peu un gâchis".

Mais l'énergie de ces femmes souvent malmenées par leur conjoint l'a impressionné: "Elles prennent le taureau par les cornes, elles retroussent les manches, elles veulent rester dans ces villes, élever leurs enfants là".



"Le film peut être un choc"

Raymond Depardon a assisté à de nombreuses projections de son film, à Paris et en province. "J'ai remarqué que des gens sortaient de mon film un peu déprimés. Si tu ne prends pas les transports en commun, si tu ne lis pas un quotidien ou deux par jour, le film peut être un choc", reconnaît-il.



"Comment tu peux oser te confronter au territoire ?"



Avec respect, sans parti pris, Depardon ausculte une "France d'en bas" que la sphère politique et médiatique semble avoir désertée depuis longtemps. "Quand j'ai présenté mon projet, on me disait la France c'est très compliqué, comment tu peux oser te confronter au territoire. Mais justement, pour ne pas abandonner à certains extrêmes ce territoire, et bien il faut y aller, c'est à nous, à des gens comme moi d'y aller".



Il compare son film à un train: "C'est pas un TGV, c'est pas un TER, c'est un Intercité. L'autre jour, j'ai pris un Intercité entre Montpellier et Toulouse, il n'était pas en très bon état. La comparaison est assez juste, parce que le TGV, c'est un peu faussé, ça va très vite, c'est un peu luxueux, mais il n'y a pas que ça. Il faut se battre pour préserver le reste."
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