TEMOIGNAGE. "C'est pas la taille qui compte", les pompiers recrutent

Le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) des Ardennes a relayé, à la fin du mois de février, une publicité bien particulière. Issue d'une campagne nationale de recrutement de sapeurs-pompiers, elle vise à inciter quiconque à s'engager.

L'adage est plutôt bien connu : ce n'est pas la taille qui compte. Dernièrement, on le retrouve même inscrit sur la communication des sapeurs-pompiers de France, qui recrutent quels que soient "l'âge, la taille, la force". La problématique est nationale.
À l'échelle locale, l'une des publications a été relayée à la fin du mois de février 2023 sur la page Facebook des pompiers des Ardennes. Le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) a en effet besoin d'hommes et de femmes.
Son directeur, le colonel hors-classe Frédéric Delcroix, a tout expliqué à France 3 Champagne-Ardenne. "Cette campagne nationale relaie toutes les campagnes qui sont faites dans les différents Sdis depuis longtemps. On est toujours en campagne, en phase de recrutement. Cette opération nationale nous apporte un éclairage particulier."

Pas de super-héros chez les pompiers

"Ce qui est très bien avec cette campagne [qu'on doit à l'école de communication MediaSchool de Reims, ndlr], c'est qu'on y voit des gens célèbres, connus, qui peuvent inspirer le respect. Mais la campagne explique qu'il n'y a pas que des gens comme ça. Et qu'il n'y a pas de super-héros chez les pompiers."
"Les pompiers sont des gens comme vous et moi : normaux. Des grands et petits, des forts et moins forts, des hommes et des femmes, des jeunes et moins jeunes. On a de tout : des cadres, des employés, des ouvriers, des artisans." Les pompiers assument donc de "brasser la société. On y tient beaucoup : ça fait notre richesse."
Tel est donc "le message qu'il faut faire passer. On peut donc admirer des gens comme Alain Bernard, mais aussi les gens plus classiques qui sont pompiers volontaires. Tout le monde peut le devenir."

On peut donc admirer des gens comme Alain Bernard, mais aussi les gens plus classiques qui sont pompiers volontaires. Tout le monde peut le devenir.

Colonel hors-classe Frédéric Delcroix, directeur du Sdis des Ardennes

L'objectif est d'inciter la population à pousser la porte des casernes et d'oser se porter volontaire (voir les critères et la démarche en ligne). Le critère principal reste "d'être motivé. On vous acceptera tel que vous êtes. On vous formera, habillera, intègrera. Chacun doit pouvoir se retrouver dans un uniforme sans souci."
"Si vous avez envie d'aider la population, de faire quelque chose d'utile dans votre vie, de pouvoir vivre des choses extraordinaires, d'avoir le sentiment d'avoir une place dans la société, de pouvoir intervenir auprès de vos collègues ou de votre famille si nécessaire... poussez la porte d'une caserne. On vous expliquera tout, de la formation aux petites contraintes."

Oser passer les portes de la caserne

S'engager est possible entre 16 ans (c'est le cas de Romane, voir notre portrait), et jusqu'à 55 ans ("pour avoir au minimum dix ans de capacité à exercer"). Un pompier déjà engagé avant ses 55 ans peut en effet le rester au-delà, jusqu'à son 65e anniversaire.
Des pompiers, il y en a toujours besoin. "Le problème récurrent n'est pas de recrutement, mais de conservation des effectifs. Cet été 2022, il y a eu beaucoup de feux. Et beaucoup de pompiers ont été sollicités en même temps, en plus des activités normales de la période estivale. Alors que nos ressources sont limitées : on ne peut pas être partout, sur tous les fronts."
"On a aussi des difficultés en journée, tout simplement." Les Ardennes ont 95% de sapeurs-pompiers volontaires dans leurs effectifs (moyenne nationale : 80%), soit 1.500 pompiers intervenant de jour comme de nuit. Ce qui ne représente donc seulement que 5% de professionnels, quand 20.000 interventions sont réalisées chaque année.

Les employeurs démarchés

"Ces volontaires ont une activité professionnelle et interviennent sur leur temps libre. En journée, ils sont sur leur travail, et pas forcément sur le secteur où se situe leur caserne. Donc entre 08h00 et 18h00, on a de la difficulté à trouver des gens qui peuvent assurer les interventions."

Ils n'ont pas qu'un rôle dans votre entreprise ou collectivité, mais ils ont aussi un rôle dans la société.

Colonel hors-classe Frédéric Delcroix, directeur du Sdis des Ardennes

La communication s'adresse donc aussi aux employeurs, du milieu public comme privé. "Vous avez peut-être des sapeurs-pompiers volontaires chez vous. Ils n'ont pas qu'un rôle dans votre entreprise ou collectivité, mais ils ont aussi un rôle dans la société. Signez donc des conventions avec nous pour leur permettre de se former non pas sur leurs congés, mais sur des jours donnés par l'employeur. Et pour leur permettre de se libérer sur leurs heures de travail pour partir en intervention, d'arriver en retard ou de partir plus tôt."
"C'est vital pour nous. Si on n'a pas assez de disponibilités en journée, cela peut mettre des zones en difficulté. Il y a des endroits où les interventions seront reportées sur la caserne d'à côté, où il y a déjà des difficultés. On se retrouve avec des secours plus lointains et plus longs à intervenir."
Tel est surtout le cas des casernes rurales, manquant de volontaires. Par exemple celles de la pointe de Givet avec notamment Vieux, Revin et Rocroi. Ou encore l'ouest du département, dans les environs de Signy. "C'est très rural et on a du mal à y fixer des effectifs, à avoir des gens en journée." (voir sur la carte ci-dessous)

La campagne de communication s'adresse donc à un public double. Les gens en général et les entreprises et pouvoirs publics comptant des pompiers dans leurs effectifs. "Si un jour vous faites le 18, mais qu'on ne peut envoyer personne pour votre malaise cardiaque ou votre début d'incendie, il sera trop tard pour s'en soucier. Donc organisons notre efficacité en amont." Il est encore trop tôt pour évaluer si elle remplit ses objectifs. L'avenir le dira.