TEMOIGNAGE : Léa, 15 ans, victime de harcèlement scolaire, "ça y est, c'est fini, elle ne m'atteindra plus"

Lorsqu'elle était en 4e, Léa Dos Santos Oliveira a été harcelée par deux anciennes amies, à coups de fausses rumeurs dans son collège des Ardennes et sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, elle en est sortie et tente d'aider les autres victimes.

"J'aurais tellement aimé que d'autres ait pu me soutenir pendant que j'étais harcelée ! se souvient Léa Dos Santos Oliveira. Maintenant que je sais ce que cela fait, je peux à mon tour aider les autres, je les comprends". 

Aujourd'hui âgée de 15 ans, la lycéenne pose un regard serein sur son histoire et le harcèlement qu'elle a subi durant un an, lorsqu'elle était en classe de 4e. Pour elle, c'est du passé, mais elle n'oublie pas pour autant à quel point cela peut détruire. "Dans mon lycée, j'ai déjà repéré le groupe pour la lutte contre le harcèlement scolaire, je compte bien l'intégrer", poursuit celle qui est bien décidée à mettre son expérience douloureuse au service des autres victimes.

Car Léa a eu du mal à se reconstruire. Tout a commencé il y a presque deux ans, lorsqu'elle a dû manquer la classe pour des raisons de santé. "Je n'étais pas bien, et je préférais rester seule avec mon copain, explique-t-elle. Mes deux meilleures amies de l'époque ne l'ont pas bien vécu, et c'est comme ça que tout a démarré". 

Pendant son absence, Léa constate que de fausses rumeurs concernant sa réputation circulent sur les réseaux sociaux. Lorsqu'elle revient au collège, c'est dans la cour de récré que les mensonges lui parviennent. L'une de ses anciennes amies est particulièrement virulente. 

A chaque fois que je revenais au collège, je faisais des crises d'angoisse. Je me disputais avec elles. A un moment, je ne me sentais plus la force de retourner à l'école.

Léa Dos Santos Oliveira, lycéenne

En parler pour s'en sortir

Très vite, Léa cherche de l'aide. Elle en trouvera au sein de la maison des ados de Revin, une structure qui propose aux jeunes de 12 à 25 ans une écoute et un accompagnement sur des sujets aussi divers que les relations amoureuses et/ou sexuelles, l’alimentation, l’alcool, le cannabis et les autres drogues, et bien sûr, le harcèlement. 

Pour Léa, l'aide est précieuse, et elle éprouve le besoin de revenir voir les psychologues de la maison des ados plus souvent. Après Revin, elle les rencontre à Charleville-Mézières, puis au sein de la caravane de la maison des ados, qui vient la voir jusque chez elle. A l'époque, elle confiait : "Ici, on se sent comme à la maison, on se sent en sécurité".

J'ai fait un gros travail sur moi-même, sur ma mentalité. Il a fallu que je comprenne que tout cela ne devait plus m'atteindre, et que seules les personnes proches de moi savaient qui j'étais vraiment. C'est la seule chose qui devait compter.

Léa Dos Santos Oliveira, lycéenne

Du traumatisme à l'action 

Le chemin est long, mais la reconstruction se fait donc petit à petit. Et même si elle appréhende la rentrée en 3e, la jeune fille continue à se battre et surtout, à communiquer sur ce qui lui arrive. Auprès de son prof de français et de la documentaliste, elle trouvera même un moyen d'extérioriser son histoire, mais aussi de faire de la prévention.

Avec un nouveau groupe d'amis, elle monte donc une saynète dans laquelle deux jeunes filles se font harceler, par un nombre croissant de camarades, et de façon de plus en plus forte. L'ensemble des classes de son établissement assiste aux représentations. Une mise en situation qui a eu des effets positifs, même si tout le monde n'y a pas adhéré. "D'un coup, on a beaucoup plus entendu parler de harcèlement à l'école, continue la jeune fille. Quand certains d'entre nous y étaient confrontés, les autres nous les envoyaient afin que l'on puisse leur parler et les aider". Pouvoir agir lui a redonné confiance en elle et lui a fait beaucoup de bien : "A un moment, je me suis dit : ça y est, c'est fini, elle ne m'atteindra plus".

En ce 18 novembre, journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, Léa Dos Santos Oliveira a épinglé sur son t-shirt un ruban vert émeraude. En signe de solidarité avec ceux qui vivent ce qu'elle a vécu. Parce que même si cela appartient désormais au passé, elle n'aura de cesse de témoigner pour que personne ne se sente seul dans la souffrance du harcèlement.

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