Arrêt des championnats, le foot amateur alsacien s'inquiète : "sans animations dans les clubs, nous ne survivrons pas"

Plus grand monde ne croyait à la reprise des championnats amateurs, à l'arrêt depuis l'automne, et la nouvelle a été confirmée mercredi par la FFF : les matchs ne reprendront pas. Au-delà des enjeux sportifs, les clubs s'inquiètent pour leurs finances. Mais tentent de continuer à faire des projets.

Le football amateur à l'arrêt : les championnats ne reprendront pas, décision confirmée le 24 mars par la Fédération française de football.
Le football amateur à l'arrêt : les championnats ne reprendront pas, décision confirmée le 24 mars par la Fédération française de football. © Stéphanie Para/MaxPPP

Plus de matchs depuis fin octobre et des club-house désespérément vides dans les villages d'Alsace. "L'arrêt des championnats, on s'y préparait depuis plusieurs semaines, mais ce n'est clairement pas une bonne nouvelle", soupire Vincent Schmitt, président de l'AS Biesheim (Haut-Rhin). "Que ce soit sur le plan économique, social et sportif, les trois rôles du football, tout nous manque..."  Dans le club de centre Alsace, 350 licenciés cette saison, les entraînements ont repris pour les plus jeunes, et les seniors se retrouvent régulièrement pour s'entretenir. Mais désormais sans objectif sportif.

L'équipe une, qui se maintient en National 3 (le 5e échelon du football français, NDLR) depuis sept saisons, est assurée d'y jouer encore la saison prochaine, puisqu'il n'y aura pas de montée, ni de descente, a annoncé la Fédération française de football le 24 mars, confirmant l'arrêt des championnats. Biesheim était en tête de son groupe après sept matchs joués avant la suspension des compétitions. "Nos ambitions restent intactes pour l'an prochain, nous l'avons bien dit aux joueurs, assène le président. Notre projet sportif est arrêté mais reconduit." Pas question de baisser les bras, même si le moral en a pris un coup.

20 à 30.000 euros de recettes en moins à Altorf

Le son de cloche est le même à Altorf, petit village de 1.300 habitants près de Molsheim. "Pour nous, ce qui compte, c'est qu'il puisse y avoir de l'activité dans le club d'ici l'été. Des matchs amicaux, notre tournoi de beach soccer en juin, une fête du foot pour les enfants, tout ce qui est possible!" explique Richard Godié, le président des jeunes de ce club de 170 licenciés. "Tout le monde aura envie de se retrouver, il y aura de l'élan et il le faut. Nos animations, sur l'année, marchés aux puces, tournoi de jeunes, soirées, représentent 20 à 30.000 euros de recettes... Pour l'instant, on tient, mais il ne faudrait pas que ça dure!"

Les aides financières venues des instances, bien sûr, tous comptent dessus. "Le foot amateur est mis à mal, et sans foot amateur, il n'y a pas non plus de foot professionnel. C'est le moment de nous soutenir, il faut un geste conséquent des instances."estime Vincent Schmitt, le président de l'AS Biesheim, qui espère maintenir son budget de 500.000 euros pour la saison prochaine, même s'il devra composer avec une perte de 80.000 euros de rentrées d'argent liées aux animations annulées.

Une vingtaine de clubs en grande difficulté

Mais il ne compte bien sûr pas uniquement sur ces aides venues d'en-haut. "Nous en profitons pour travailler sur l'avenir, mieux nous structurer encore pour attirer des partenaires." Un club des entreprises est en cours de construction. "C'est un projet positif, nous en avons besoin!"

Depuis le début de la crise, les clubs amateurs ont reçu autour de trois millions d'euros d'aides, de la fédération, des instances locales et des colllectivités. D'autres dispositifs devraient être mis en place. Les facturations des sommes dues par les clubs à la ligue du Grand Est et au District d'Alsace seront repoussées, et peut-être allégées, notamment la part versée à titre des engagements des équipes dans les championnats. 

Mais tous les clubs ne répondent pas présents lorsqu'il s'agit de remplir des dossiers de demandes d'aides. "Les clubs déjà fragiles avant la crise ont vu leurs difficultés s'accélérer, car ils ne sont pas assez structurés, estime le directeur du District d'Alsace de football, Christophe Carbiener. On peut estimer que 20 ou 30 clubs sont aujourd'hui en grandes difficultés et risquent de ne pas se relever."

Un printemps du football

Alors les instances entendent, au-delà du soutien financier, "accompagner les clubs au plus près pour les aider à rebondir. Nous sommes près, dès que nous aurons le feu vert sanitaire, à animer la fin de saison : se reposer sur nos coupes locales, coupe d'Alsace, coupe du Crédit Mutuel, et proposer d'autres formats de compétition, territoire par territoire, en proximité pour éviter les grands déplacements... Ce n'est pas la fin de la saison!"

La ligue du Grand Est est prête elle aussi à créer de l'émulation au bord des pelouses. Et autour. "Nous devons donner les outils aux clubs pour créer le football amateur de demain", analyse Stéphane Heili, le directeur du développement de la ligue du Grand Est. "Il faut rendre le football plus attractif pour les partenaires, mieux utiliser le digital... La communication dans les clubs, le marketing, tout ça doit être développé pour simplifier la vie des clubs et la dynamiser. A nous de guider les clubs..."

Et pour attirer de nouveaux licenciés - le district d'Alsace a enregistré une baisse de 2,5 à 3% du nombre de licenciés cette saison -, rien de mieux qu'un Euro réussi pour l'équipe de France en juin prochain, à une période où tous l'espèrent, il sera à nouveau possible d'organiser des animations dans les clubs. "Nous voulons vivre un vrai printemps du football!" espère Stéphane Heili. 

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