Aube : querelle de voisinage autour du chant d'un coq

Le couple mis en cause a emménagé dans la petite commune de Vendeuvre-sur-Barse (Aube), en février 2018. 

A Vendeuvre-sur-Barse, un coq est au coeur d'un conflit de voisinage (photo d'illustration)
A Vendeuvre-sur-Barse, un coq est au coeur d'un conflit de voisinage (photo d'illustration) © Collection Watier/Maxppp

"J'aurais préféré les voir, qu'on en discute." Au bout du fil, Manon Vançon est ennuyée. L'Auboise et son compagnon, Cédric Aubry,  ont reçu deux courriers qui ne présagent rien de bon. L'un en mai dernier et un autre au début du mois. L'un d'eux est signé d'un avocat, Christophe Sanson, basé à Clamart, en banlieue parisienne qui a fait des nuisances sonores et de la pollution acoustique ses spécialités. "Avocat de référence en nuisances sonores et pollution acoustique", peut-on lire sur son site internet.

L'affaire est simple. Depuis juillet 2020, le couple, qui vit avec leur fille de trois ans à Vendeuvre-sur-Barse, une commune tranquille de près de 2.400 habitants, est en conflit avec un couple de voisins. C'est lors de cet après-midi d'été que tout a commencé. Le jour de l'anniversaire de sa fille, quand la gendarmerie se déplace pour des nuisances sonores. "Nous avons baissé la musique et nous avons parlé moins fort", résume-t-elle.
 

"J'ai essayé de leur parler"

Mais depuis, l'affaire n'en est pas restée là. Les voisins leur reprochent également les nuisances de leur coq nain Sabelpoot, une race d'ornement, et leur demandent de s'en séparer. En janvier 2021, Manon et son compagnon reçoivent un premier courrier en recommandé de la part des voisins. "J'ai essayé de leur parler, mais ils m'ont répondu que si j'aimais les animaux, il fallait que j'habite dans une ferme", déplore Manon Vançon. "Ils m'ont dit : 'De toute façon vous n’êtes pas la première à avoir eu un coq ici et nous avons toujours eu gain de cause ! Votre coq, si c’était le mien, je lui tordrais le cou. Même les chiens nous dérangent!'" S'en suit un courrier de son bailleur social, Troyes Aube Habitat, habituel dans ce genre de procédure. Un médiateur est engagé. "Il en ressort un manque de dialogue qui a fait que la situation s'est envenimée, répond-on à l'agence du bailleur, contactée par téléphone. Nous essayons d'organiser une table ronde, pour trouver une solution calme et apaisée."
 

Manon Vançon et Denis Aubry avec leur coq nain Sabelpoot
Manon Vançon et Denis Aubry avec leur coq nain Sabelpoot © Document remis


Une potentielle expulsion ?

Mais voilà, trois mois après la venue du médiateur, le couple reçoit à nouveau un courrier. Celui de Christophe Sanson, l'avocat spécialisé dans les litiges liés aux nuisances sonores. Dans la missive, le ton est menaçant: "L'intensité des nuisances est telle, selon mes Clients, qu'elle les empêche de jouir sereinement de leur bien immobilier, dégrade leur santé, ainsi que celle de leur fils, notamment par des troubles du sommeil (...) Par ailleurs, je tenais à attirer votre attention sur le fait, qu'au regard des nuisances sonores ci-dessus mentionnées (sic), l'OPH Troyes Aube Habitat, en sa qualité de propriétaire de la maison que vous occupez, pourrait décider de rompre le bail qu'il a conclu avec vous." Un mois plus tard, nouveau courrier du bailleur social dans lequel il est question d'une mise en demeure. "Dans le courrier, nous expliquons que c'est l'étape ultime, précise le bailleur. On est loin de tout ça, on privilégie le dialogue."
 

Une nouvelle affaire de coq Maurice ?

Faut-il alors s'attendre à une nouvelle affaire comme celle du coq Maurice qui avait défrayé la chronique sur l'île d'Oleron ? Dans cette affaire, où le coq avait été érigé en symbole de la ruralité, en septembre 2019, les plaignants avaient été déboutés, faute de preuves, et condamnés à verser 1.000€ de dommages et intérêts à la propriétaire du gallinacé. Le coq Maurice avait ainsi pu continuer à chanter.

Pour mobiliser autour de son affaire, Manon Vançon a quant à elle lancé une pétition en ligne qui a recueilli plus de 4.000 signatures ce jeudi 17 juin. Elle a également rédigé un courrier et pris conseil auprès de son bailleur et d'une association de protection des animaux. "Tout ce que je veux, c'est qu'on nous laisse tranquille. Je ne suis pas dans le conflit", se défend-elle. On souhaitait juste avoir des poules pour avoir des oeufs frais et trier les déchets qu'on leur donne, épluchures etc. Et le coq permet d'avoir des petits quand les poules meurent."

"On peut avoir des coqs pas bien réglés et qui peuvent chanter à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, c'est là où le trouble devient anormal, avance pour sa part maître Christophe Sanson. Ensuite, autant on peut avoir une tolérance quand c'est le coq de la basse-cour du paysan d'à côté, autant quand c'est un coq d'ornement, pour se faire plaisir, dans une zone péri-urbaine résidentielle, le juge sera beaucoup moins tolérant. Après, nous ne sommes pas en procès, mes clients n'ont pas donné l'ordre d'assigner, on est plutôt à la recherche d'une solution raisonnable, par exemple rentrer le coq soigneusement tous les soirs. J'espère que l'on n'ira pas au procès. Après, dans l'affaire du coq Maurice, le tribunal a considéré que les plaignants n'avaient pas d'éléments déterminants, nous, nous avons des choses."

"Le coq rentre le soir dans le noir dans sa cabane, il ne chante que très peu la journée et non la nuit contrairement à ce qu’ils disent. Je dors parfois la fenêtre ouverte et je n’entends rien ! Après, ils nous ont dit que même la fumée du barbecue les dérangent alors...", conclut pour sa part Manon Vançon.

Une conciliation sera-t-elle possible ? Affaire à suivre...

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