Coronavirus : visites dans les Ehpad, "nous avons pris la décision en pleine figure", lâche une directrice

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Écrit par Marc Schmitt avec Aurore Trespeux et Brice Bachon

Lors de leur conférence de presse ce dimanche 19 avril 2020, le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, ont annoncé autoriser les visites des proches dans les Ehpad. Les établissements tentent de s'organiser. Illustration dans deux structures auboises.

"On s'est pris l'annonce en pleine figure, hier", lâche Marie-Hélène Para, la directrice de l’Ehpad La Providence à Troyes. Malgré toutes les communications que l'on reçoit, on n'avait rien reçu qui pouvait nous mettre sur cette piste. Et puis, une décision annoncée un dimanche pour une mise en application à partir du lundi matin, c'est compliqué. Au sein de notre établissement, certains membres du personnel étaient vent debout face au risque. On parle du déconfinement le 11 mai et on prend une telle mesure dans nos établissements..."


Identifier les résidents qui en ont le plus besoin 

Cet établissements associatif privé troyen accueille 62 résidents pour une moyenne d'âge de 90 ans. Ici, quelques membres du personnel ont été dépistés suite à des suspicions de virus, ainsi qu'un résident dont les analyses sont toujours en cours. Officiellement donc, aucun cas déclaré. "Sur une cinquantaine d'Ehpad aubois, huit sont touchés", rappelle Marie-Hélène Para.

 

Ici, les visites aux familles sont suspendues depuis le 12 mars et on a appris à faire autrement. "Les résidents sont tous confinés en chambre pour les repas, il n'y a plus d’animation collective. La seule chose, c’est le grand jardin. On fournit à ceux qui peuvent sortir seuls des masques pour se promener. Pour les autres, la psychologue, l'animateur et un jeune volontaire en service civique les emmènent se promener. Nous avons eu des prêts et des dons de tablettes qui permettent aux résidents de jouer avec des applications, d'appeler et surtout de voir leurs familles. Cela ne concerne que la moitié d'entre eux mais cela fonctionne bien."

 


Si la directrice est bien consciente que les personnes âgées ne pouvaient rester sans voir leurs familles indéfiniment, ce qu'elle regrette, une nouvelle fois, c'est la brutalité de l'annonce. "D'autant que nous, les directeurs d'établissements, nous pouvions accorder des dérogations pour certaines familles. Par exemple celles de personnes en fin de vie ou qui se laissaient totalement aller. C'est évident que cela va améliorer le moral des résidents mais on a mis en place un contrôle drastique avec désinfection des locaux, il ne s'agit pas de tout mettre par terre. D'autant que l'on sait que si on a un cas, on risque d'en avoir plusieurs."

Pour appliquer la mesure gouvernementale, l'Ehpad La Providence va donc devoir trouver des solutions. "Nous allons identifier, avec la psychologue, les résidents qui ont le plus besoin de voir leurs familles. Heureusement, il fait beau. Nous pourrons donc organiser les visites dehors, avec toujours un membre du personnel qui aura la charge d'éviter les contacts, ce qui est loin d'être évident. Nous demanderons également aux familles de venir avec des masques. Les premières visites devraient pouvoir se dérouler cette semaine", conclut Marie-Hélène Para. 

 
 

"Les liens virtuels ne suffisent pas"

Du côté de l'Ehpad de Bréviandes, également dans l'Aube, la nouvelle semble avoir été mieux acceuillie et les premières visites ont pu avoir lieu dès ce lundi 20 avril. Parmi les visiteurs, Nelly, qui n’avait pas pu voir sa mère de 98 ans depuis le 3 mars : "C’est essentiel pour nous de pouvoir leur rendre visite, mais surtout pour eux parce qu’ils s’approchent de leur fin de vie et ils sont heureux de pouvoir voir leurs enfants et petits enfants."

L’établissement accueille 96 résidents dont la moyenne d’âge est de 85 ans. Pour éviter que le lien ne soit complètement couper avec les familles, l’administration a créé un compte Facebook, pour les tenir informer de la vie au sein de la structure en plus d’une dizaine de Skype par jour effectué entre les résidents et leurs proches.
 
"Il était primordial pour nous de garder le lien entre les familles, mais ces liens virtuels ne suffisent pas, explique Christiane Gomas, la directrice de la Roseraie. Le fait que les familles puissent se voir est primordial. Bien sûr, les visites ne se dérouleront plus comme avant l’épidémie. Il faut qu’elles soient cadrées, que les familles ne viennent pas d’elles-mêmes, mais que les visites se fassent sur rendez-vous et dans des lieux bien déterminés de l’établissement de manière à ce que l’on puisse bien faire respecter tous les gestes barrières que le Premier ministre nous a demandé de respecter."

 

Ici aussi, les modalités des visites restent à déterminer. Plusieurs lieux se prêtent aux visites au sein de l'établissement de Bréviandes, comme le réfectoire, la serre ou encore la salle de réunion, désertés depuis le début de l’épidémie. Des lieux vastes ou les contacts seront proscrits, pour respecter les mesures barrières, mais les bénéfices de ses rencontres, même à bonne distance, devraient se faire sentir.

Selon la psychologue de la Roseraie, Aurélie Bebja, "les rencontres sont essentielles à la vie psychique des résidents. Se voir permet à la fois aux résidents et aux familles de se rassurer. Se parler et se voir sont une chose essentielle même si les contacts physiques sont interdits."

 


La stratégie de dépistage

Concernant cette fois les dépistages dans les établissements médico-sociaux, une webconférence a eu lieu entre les directeurs, le préfet et les représentants de l'Agence régionale de santé du département, ce lundi 20 avril, pour leur présenter la stratégie mise en place.

"Ce que l'on nous a dit, c'est que les dépistages vont se concentrer dabord sur les établissements touchés et sur ceux qui déclareront leur premier cas de façon à isoler tout de suite les personnes touchées. Des dépistages dans les autres établissements seront organisés plus tard mais sans vraiment avoir d'horizon de temps, explique Marie-Hélène Para. Pour ce qui nous concerne, nous avons un médecin-référent du conseil départemental qui nous contacte régulièrement et lorsque nous avons dû faire des dépistages, l'ARS nous a envoyé une liste de laboratoires vers lesquels nous pouvions nous tourner."
 
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