La restauration d'un moulin historique lauréat de la Mission Bern en 2019 à l'arrêt : "les propriétaires nous ont menés en bateau"

Un emblématique moulin du XIXᵉ siècle situé à Bar-sur-Seine (Aube) est à l'abandon depuis des décennies. En 2019, ce projet avait été choisi par la Mission patrimoine portée par Stéphane Bern pour la Région Grand Est. Aujourd'hui, les propriétaires souhaitent vendre. La communauté de communes du Barséquanais en Champagne s'est déjà manifestée.

C’est une réhabilitation qui fait beaucoup parler d’elle. Car l'édifice est visible par tous ceux qui passent sur cet axe qui mène vers le Sud de l'Aube. En cette fin juin 2024, le moulin de Bar-sur-Seine (Aube) posé sur la Seine n'a toujours pas entamé sa cure de jouvence.

D’abord retardés par la crise Covid en 2020, des travaux sont officiellement lancés en septembre 2022. "Mais il ne s’est rien passé. On y a quand même cru à un moment, car on a vu s’installer une baraque de chantier, mais rien n’a été fait. Les propriétaires ont mené tout le monde en bateau dans cette affaire", souffle Claude Penot, président de la communauté de communes du Barséquanais en Champagne.

Pourtant, les devis étaient signés, les entreprises retenues et le permis de construire déposé en juin 2021. Ne manquait plus que le feu vert des propriétaires, les frères Prunier. "Ce dossier nous a mis en difficulté", avoue Mathieu Baty, architecte en charge du projet. "On a toujours des factures en attente, et c’est pareil pour les entreprises engagées. De notre côté, nous attendons le règlement des études, pour un montant total de 15 000 euros. Cela représente 5 % de notre chiffre d’affaires", ajoute-t-il.

D'autant plus qu'en 2019, une enveloppe de 500 000 euros du Loto du patrimoine pouvait être débloquée, sur présentation des factures des travaux. En plus d’une collecte de 57 000 euros via la Fondation du Patrimoine. Mais rien n'a bougé. Certains soufflent que les frères seraient en désaccord sur les objectifs du projet. Mais Valéry Prunier, l'un des propriétaires du moulin, joint par France 3 Champagne-Ardenne, balaie cette interprétation et indique qu'il était impossible d'avancer la somme : "le constat, c'est que nous avons acheté en 2009 avec pour objectif de récupérer les bénéfices de la centrale hydroélectrique pour retaper le moulin. Le souci, c'est que la centrale ne génère pas suffisamment d’apport"

Plutôt que de laisser les choses continuer en l’état, on se dit que l’heure est venue d’être responsable.

Valéry Prunier, propriétaire du moulin

"On n’a pas l’envergure suffisante à deux pour résoudre cette équation économique. Alors, plutôt que de laisser les choses continuer en l’état, on se dit que l’heure est venue d’être responsable." Avec une échéance portée par les services de l’État et les collectivités pour enfin avancer : celle du 30 juin 2024. La décision de vendre s’est ensuite révélée évidente, bien que navrante pour les deux frères.

À l’époque, le clos et le couvert devaient être la première étape d’un vaste chantier qui aurait coûté, rien que pour la partie bâtiment (hors centrale hydroélectrique) "2,6 millions d’euros" selon Dominique Baroni, maire de Bar-sur-Seine, dont 1 million d’euros pour la première phase de sécurisation.

Le moulin en vente dans son intégralité

Entre 2022 et 2024, seule la consolidation du bâtiment a été réalisée. Après que la préfecture de l’Aube a menacé de prendre un arrêté de mise en péril en début d’année 2024, une intervention d’urgence a été menée  "pour étayer et conserver le bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de risques d’éboulement", nous informe Mathieu Baty. Mais cette menace aura très certainement précipité les choses, puisque les propriétaires prennent par la suite la décision de mettre en vente le moulin dans son intégralité.

Les Bâtiments de France estiment la valeur du moulin à zéro euro.

Claude Penot

président de la communauté de communes du Barséquanais en Champagne

"Les Bâtiments de France estiment la valeur du moulin à zéro euro. Mais ce n’est même pas la peine de leur proposer de le récupérer gratuitement" s’en amuse presque Claude Penot. "Les Bâtiments de France ne sont pas en mesure de chiffrer la valeur d’un bien. Sur cette opération, l’idée n’est pas de gagner de l’argent, mais de retrouver le coût d’achat que mon frère et moi avons mis au départ", répond Valéry Prunier. On parle alors de 300 000 euros.

La communauté de communes entre en jeu, les 500 000 euros conservés

"À l’heure actuelle, la communauté de communes n’a pas pris la décision d’acheter ou d’entamer quoi que ce soit", lance son président. Cela a le mérite d’être clair. Mais l’élu se dit prêt à avancer sur le dossier, et souhaite récupérer les fonds de la mission Bern. 500 000 euros qui permettraient de financer les "93 portes et fenêtres du moulin", d’après l’architecte Mathieu Baty.

Pas d’inquiétude à avoir, selon la Fondation du Patrimoine : "Nous re-signerons une convention avec le nouveau propriétaire sans problème, les fonds sont attribués au moulin et non aux propriétaires actuels. Ce qui est important, c’est que le moulin soit sauvé", rassure Pierre Possémé, délégué régional Champagne-Ardenne. De même que les 57 000 euros récoltés sur le site internet de la Fondation. Une bonne nouvelle pour celui ou celle qui voudra bien racheter le moulin. Peut-être la communauté de communes du Barséquanais en Champagne ?

Un groupe de travail constitué

Pour aller de l’avant et tenter de donner (enfin) un avenir plus radieux à ce moulin du milieu du XIXᵉ siècle et abandonné depuis des décennies, un groupe de travail a été mis en place lors du conseil communautaire du 12 juin 2024. Une quinzaine de conseillers communautaires a été désignée pour avancer sur le dossier, dont Didier Thiébaut, maire de Landreville et vice-président de la CCBC en charge du développement économique. "Les choses sérieuses commenceront à la rentrée, c’est un dossier qui sera traité en priorité"dit-il.

Pour développer une stratégie, il faudra alors être bien accompagné. Car le moulin de Bar-sur-Seine est un site complexe, entre foncier et production d’électricité. "Nous avons pu contacter différents opérateurs, comme les services de l’État, le syndicat départemental d’énergie (SDEA), le syndicat départemental des eaux (SDDEA) sur la partie exploitation hydroélectrique, ou encore l’Établissement public du foncier de Grand Est qui peut nous aider à investir. Mais il faut qu’il y ait une décision politique", confie Claude Penot. Il le reconnaît, "la communauté de communes n’a pas la possibilité d’investir ou d’attaquer quelconques travaux. Sauf aides, subventions et partenariats." Didier Thiébaut l’assure déjà, la Région Grand Est est intéressée par le projet. Ne reste plus qu’à tout reprendre, pour qu’enfin, le moulin retrouve de sa superbe.

Quel était le projet ?

Les travaux devaient se dérouler en deux phases : la première se consacrait à la restauration de la façade, de la toiture et du plancher. Et la deuxième à l’aménagement intérieur. La communauté de communes du Barséquanais en Champagne (CCBC) souhaitait y installer son siège social. "Nous sommes actuellement dans l’ancien hôpital de Bar-sur-Seine, mais nous y sommes à l’étroit, et c’est un vieux bâtiment", indique Claude Penot. "Je n’ai même pas de bureau, je dois utiliser ceux de mes agents ! Ici, chacun ramène son chauffage électrique l’hiver et son ventilateur l’été", s’exaspère le président de la CCBC.

Sur les cinq étages du moulin, un premier aurait été consacré aux énergies vertes liées à la centrale hydroélectrique. Un autre au pôle animation, jeunesse et social, deux auraient accueilli la dizaine d’agents de la communauté de communes, et le dernier aurait servi de salle de réunion.

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