Bas-Rhin : 900 élèves privés de bus scolaires à la rentrée pour une durée indéterminée

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Écrit par Thomas Hermans

A cause d'une pénurie de conducteurs, de nombreuses communes du Bas-Rhin seront affectées par une suppression ou un aménagement des horaires de lignes de transports scolaires à partir de ce jeudi 2 septembre, jour de rentrée. Plus de 2 000 élèves sont concernés, sans date de résolution de la crise.

Enorme couac de la région à quelques heures de la rentrée. Alors que 32 000 élèves du secondaire reprennent le chemin des écoliers par le car ce jeudi 2 septembre dans le Bas-Rhin, la collectivité a informé par courrier les maires de plusieurs communes que "des perturbations sont prévues sur certaines dessertes scolaires du réseau Fluo 67 [...], pour une durée à ce jour indéterminée".

En tout, 1 800 élèves, tous en collèges et en lycées, "verront leur service habituel aménagé". Pour résumer : "Dans certains cas, on va être obligés de demander aux parents de déposer leurs enfants plus tôt et de les récupérer plus tard en fin de journée", explique David Valence, vice-président de la région Grand Est, chargé des Transports, des déplacements et des infrastructures. Pour 900 autres élèves, il n'y aura tout simplement aucune solution de transport public à leur disposition.

La cause de cette "situation de crise exceptionnelle" : une pénurie de conducteurs, rencontrée par l'exploitant Keolis, filiale de la SNCF. D'après David Valence, le métier de chauffeur de bus est "relativement peu attractif", et est victime d'une "accélération des départs en retraites" ces dernières années. Cerise sur le gâteau, Keolis est un nouveau venu dans de nombreuses zones du département, où il ne commence son exploitation qu'en cette rentrée après un appel d'offre. Et tous les chauffeurs du précédent service n'ont pas été transférés au nouvel exploitant... Loin de là.

Département recherche 60 chauffeurs

D'après la région, il manquerait ainsi pas moins de 60 conducteurs de bus dans le Bas-Rhin, causant la suppression de 40 services et l'aménagement des horaires de 48 autres, pour un total de 23 lignes affectées dans le secteur de Haguenau-Wissembourg. 

Une situation pour le moins gênante pour les parents d'élèves des collégiens et lycéens du nord-Alsace. "Qu'est-ce qu'on fait de nos gamins s'il n'y a pas de bus", s'interroge Virginie Jautzy, mère d'une adolescente qui entre au lycée à Haguenau. La jeune fille serait notamment obligée de "revenir à 18h37 même si elle finit à 14h", et n'a pas d'option pour être emmenée le matin depuis son village de Sessenheim. A moins d'aller dans une autre commune prendre un autre bus.

Alors les maires des communes tentent de réagir pour proposer des solutions alternatives aux parents. A Surbourg, où la ligne vers Wissembourg est totalement supprimée, le maire Olivier Roux essaie d'"informer les parents" au mieux, et envisage de contacter des chauffeurs à la retraite et d'organiser des covoiturages "en groupes de quatre, en trouvant un roulement entre parents, négocié avec leurs employeurs".

Connu depuis deux mois, annoncé depuis 24 heures

Mais dans les faits, ces solutions vont se mettre en place "au petit bonheur la chance", estime-t-il. La raison ? Le fameux courriel de la région, prévenant les maires de ces perturbations, date de... mardi 31 août, à 20h passé. Soit à 36 heures de la rentrée scolaire. "Quand j'ai lu le mail, ma réaction a été : "Pourquoi ils nous préviennent aujourd'hui", s'agace l'édile. Vu l'ampleur de la problématique, c'était connu au moins la semaine dernière."

Alors être prévenu l'avant-veille rend, selon lui, "impossible la mise en œuvre des solutions alternatives". Même colère à Mothern, où la maire Isabelle Schmaltz dit avoir "reçu tous les plannings et tous les horaires de départs pour les collèges et lycées la semaine dernière", sans aucune mention de possibles perturbations. 

D'autant que, de son côté, David Valence assure que la région "savait dès le début juillet que ce serait difficile". Contestant une quelconque erreur de communication, il estime que "si on avait appelé des maires en juillet dans des secteurs dans le sud-Alsace où finalement il n'y a pas vraiment de problèmes, ça aurait été incompris".  En effet, "des solutions ont parfois été trouvées il y a trois ou quatre jours", et d'autres ont été cherchés "pendant tout l'été". Si bien que la situation dans la Marne et dans les Vosges, que la région craignait difficile, s'avère finalement peu perturbée.

Résolution indéterminée

Toujours est-il que, dans le Bas-Rhin, parents et collectivités locales se retrouvent quelque peu démunis face à une telle annonce. "J'ai appelé le directeur du lycée de ma fille ce matin, et lui-même n'était pas au courant", s'indigne Virginie Jautzy. La mère de famille assure d'ailleurs avoir reçu, la semaine dernière, un SMS de Fluo 67 lui rappelant de bien régler le bus pour sa fille (soit 250 euros pour 9 mois). "Les gens qui n’ont pas les moyens, on leur demande de payer rapidement et, une semaine après, on leur dit de se débrouiller pour emmener leurs enfants, ce n'est pas audible."

Le vice-président de la région reconnaît le timing "malheureux", mais préfère concentrer ses efforts sur la desserte :

Ma priorité, plutôt que de discuter de remboursements de 10 ou 20 euros, c’est comment on rétablit du car le plus possible, avoir du transport là où il n’y en a pas.

David Valence, vice-président du Grand Est chargé des Transports, des déplacements et des infrastructures

Pour d'éventuelles compensations, il promet que la région y réfléchira "à la fin de la crise", qu'il s'avoue incapable de prophétiser. "L'horizon acceptable, c'est d'avoir des cars partout d'ici à la fin du mois", pour ensuite redensifier les liaisons aux horaires aménagés. 

En attendant, la région "met la pression sur Keolis", qui "a candidaté sur des gros marchés et doit être en capacité de nous trouver des moyens d'urgence". David Valence et la collectivité cherchent notamment du côté des chauffeurs jeunes retraités en Alsace, mais aussi en Lorraine, pour faire quelques trajets le temps de trouver une solution plus pérenne.

Les suppressions et horaires aménagés sont consultables sur le site de Fluo 67, avec des fichiers par ligne et une carte.