En 321 jours, il a réalisé son Paris-Dakar à pied, "c'est le meilleur antidépresseur qui puisse exister"

Parti de Paris en juillet 2022, le Bas-Rhinois Gaëtan Bohler a rejoint le 21 février 2023 Dakar, la capitale du Sénégal, à pied. Durant sept mois, le quinquagénaire a traversé six pays et revient en Alsace avec des étoiles plein les yeux.

"Lorsque tu marches, tu grandis dans ta tête". Gaëtan Bohler, un chef d'entreprise originaire de Haguenau et père de deux grands enfants, a achevé, le mardi 21 février, son périple à pied reliant Paris à Dakar au Sénégal. Âgé de 58 ans, il a passé plus de sept mois sur les routes européennes et africaines. Une expérience incroyable dont il peine encore à prendre conscience. 

Parti du pied de la Tour Eiffel le 6 juillet 2022, il entreprend une randonnée pour le moins sportive en parcourant d'abord la France et les Pyrénées pour rejoindre l'Espagne. Alors que la canicule sévit en Europe, Gaëtan préfère passer par Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord de la péninsule ibérique, pour rejoindre le Portugal où il y dort sur la plage. Une première traversée qui aura duré près de trois mois. 

Il rejoint ensuite le Maroc qu'il explore, toujours à pied, en trois mois aussi. Il prend enfin la direction de la Mauritanie pour rejoindre sa destination : le Sénégal et sa capitale Dakar. L'Alsacien sera accueilli comme un chef par les locaux. "C'est l'un des plus beaux souvenirs de ma vie", sourit-il. Il aura parcouru en tout 7.000 kilomètres à pied, sans que cela n'use ses souliers. 

De l'argent dans le cœur 

Autant de distance à pied et en solitaire pourrait en effrayer plus d'un. Ce n'est pas le cas de cet Alsacien, aussi grand-père de deux petits-enfants. Il recommande à tout le monde de prendre la même initiative qu'il a prise en juillet. "C'est le meilleur antidépresseur qui puisse exister, croyez-moi", assure-t-il. Gaëtan ne s'était pourtant pas préparé intensivement à ce périple. Il a pris sa décision sur un coup de tête après que sa fille lui a lâché cette phrase, qui restera gravée dans sa mémoire : "Le monde est grand et la vie est courte". 

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Malgré son manque d'expérience, il comprend vite que les rencontres qu'il fait vont le marquer à tout jamais. "Dans chaque pays, même dans les petits villages, on m'a accueilli avec le sourire", explique-t-il. "Ils n'ont pas d'argent dans les poches, mais ils l'ont dans le cœur, et ça c'est inégalable".

J'ai échangé plus d'un million de sourires durant ce Paris-Dakar, c'est ce qui m'a donné l'énergie.

Gaëtan Bohle

Gaëtan découvre les cultures et communique comme il le peut avec les locaux. "Je ne parle pas anglais, ni espagnol, ni portugais, déplore-t-il, mais nous communiquions autrement. J'ai échangé plus d'un million de sourires durant ce Paris-Dakar, c'est ce qui m'a donné l'énergie". Au Sénégal, Gaëtan rencontre un marabout qui va lui offrir une nuit chez lui : "On a été visité les villages alentours et il m'a présenté tout le monde. Je n'ai jamais passé autant de temps à dire bonjour, mais c'était incroyable". Le pays est en effet connu pour être celui de la "teranga", qui se traduit par "hospitalité" en wolof.

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Durant cette randonnée, qui s'apparente un peu plus à l'émission Pékin Express, le chef d'entreprise dort même en plein désert. "Pour rejoindre la Mauritanie, je suis parti de Tan-Tan au Maroc", se rappelle-t-il. "Mais il y avait 1.500 km à parcourir avant la prochaine grande ville". Le randonneur va alors devoir dormir en plein désert, dans le sable sous sa tente. "Il fallait que je me protège des scorpions et des serpents, mais c'était une belle expérience". Même si plusieurs camionneurs lui donnent à manger et de l'eau, il refuse toujours de monter à bord d'un véhicule pour continuer à pied. 

Un périple partagé sur les réseaux sociaux

Depuis son départ, Gaëtan partage son quotidien sur Instagram et Facebook. "Ça m'a permis de rencontrer et d'aider plein de gens", explique-t-il. "Beaucoup me disent que ça les a motivé à faire des périples similaires". Les locaux, eux aussi, proposent même de le rencontrer et de l'héberger. "Un Sénégalais m'avait écrit sur LinkedIn, lorsque je suis parti de Paris, en me disant de passer dans son magasin à Dakar. Six mois plus tard, j'y suis allé et il n'en revenait pas". 

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Il y rencontre aussi Julien, un randonneur originaire de Lausanne, avec qui il sympathise. "Je l’ai rencontré à Dakhla, dans le Sahara Occidental, il effectuait un périple à vélo et me suivait sur les réseaux sociaux", affirme-t-il. "Cela a été l'une de mes meilleures rencontres. Il a même décalé son départ en direction de Johannesbourg pour venir m'accueillir lors de mon arrivée à Dakar".

Grâce à ses nombreuses photos postées, il fait découvrir un quotidien africain que peu d'Européens connaissent. "J'ai donné envie au gens d'aller au Maroc alors qu'ils en avaient peur. Même des Marocains m'ont dit que je leur avais fait découvrir leur pays via les réseaux sociaux", s'étonne Gaëtan. 

Un changement de mentalité 

Après tant de rencontres, de sourires et de villages atypiques parcourus, l'Alsacien n'a parfois pas envie de rentrer. "On me demande ce que va être mon prochain défi à relever. Je leur réponds : mon retour à Paris". Gaëtan affirme que sa mentalité a totalement changé : "Lorsqu'on est déconnecté du monde comme ça, on change beaucoup. Je veux me recentrer sur l'humain désormais et avoir une vie plus sociable". 

Malgré son peu d'enthousiasme à l'idée de retrouver le métro parisien (et on peut le comprendre...), puis la grisaille alsacienne, Gaëtan retrouvera avec joie les siens dès son arrivée à la gare de Haguenau le 8 mars à 18h. Avant ça, il passera par le parvis du Trocadéro le 4 mars à 15h, puis la cathédrale de Strasbourg le 8 mars à 12h15. Il invite chacun à venir le rencontrer, pour qu'il puisse raconter son expérience et échanger, à nouveau, quelques sourires.