Procès de l'accident du TGV d'Eckwersheim : pour Guillaume Pepy, ancien PDG de la SNCF, "je pense que la catastrophe relève de causes humaines"

Ce lundi 4 mars 2024, le procès de l'accident de TGV d'Eckwersheim, qui avait fait onze morts en 2015, s'est ouvert. Le premier jour a été marqué par l'audition très attendue de Guillaume Pepy, PDG de la SNCF au moment des faits.

Plus de huit ans que les familles de victimes attendaient ça. Ce lundi 4 mars 2024 s'est ouvert à Paris le très long procès de l'accident d'une rame d'essai d'un TGV, qui avait causé la mort de onze personnes le 14 novembre 2015 à Eckwersheim (Bas-Rhin). Les familles endeuillées attendent des réponses, d'abord de la SNCF.

Dans ce dossier titanesque, la parole de la SNCF est très rare. L'audition en tant que témoin de Guillaume Pepy, PDG de l'entreprise au moment des faits, est alors très attendue. Quand l'ancien haut fonctionnaire entre dans la salle d'audience, tout le monde se retourne vers l'homme, remarquable par sa grande taille.

Costume impeccable, voix quelque peu enrouée, l'ancien patron s'exprime sur la catastrophe : "La vérité judiciaire est capitale", débute-t-il avant de vanter le professionnalisme de ses équipes. "L'un des drames dans le drame, c'est que des grands professionnels sont victimes, d'autres font partie des parties civiles et d'autres sont parmi les prévenus", continue Guillaume Pepy.

Je pense que la catastrophe relève de causes humaines

Guillaume Pepy

Ancien PDG de la SNCF

L'avocat de l'entreprise ferroviaire Emmanuel Marsigny avait annoncé avant l'audience qu'il plaiderait la relaxe, estimant que le groupe n'a pas commis d'infraction pénale. "Je pense que la catastrophe relève de causes de fonctionnement, d'organisation sur le terrain et donc de causes humaines", abonde son ancien PDG.

Un "excès de confiance" dans ces essais

"Ce jour-là, il y a eu une sorte de stupéfaction, personne ne comprenait comment la catastrophe avait pu se produire. Personne ne pouvait imaginer que les essais à grande vitesse pouvaient se terminer par une catastrophe", continue-t-il, allant jusqu'à reconnaître "un excès de confiance" dans ces essais qui s'étaient toujours déroulés sans accident avant le drame.

Cette confiance allait si loin que les cheminots avaient pour habitude d'inviter certains proches à certains de ces essais, même en survitesse, comme c'était le cas pour la catastrophe d'Eckwersheim. Une pratique formellement interdite depuis.

Il y a des choses qui ont été ratées

Guillaume Pepy

Ancien PDG de la SNCF

"Cet accident était impensable", continue Guillaume Pepy, questionné pendant une heure et demie par la présidente et les avocats des parties civiles. "Mais le fait qu'il soit arrivé veut dire qu'il y a des choses qui ont été ratées", poursuit l'ancien PDG dans la foulée, estimant que "l'analyse de risque n'a pas été suffisamment poussée et qu'elle n'a pas été exhaustive" avant l'essai. "La SNCF est responsable moralement et civilement", assume son ancien PDG.

Plus tôt pendant l'audience, le conducteur de la rame d'essai accidentée Denis T. s'est exprimé pour la première fois. Le visage grave, cheveux en arrière, le conducteur s'est approché à la barre. "Cet accident m'a marqué, et il me marquera encore très longtemps. Par chance, je n'ai pas été blessé physiquement, mais moralement. Je suis toujours suivi par un psychiatre, mais ce n'est rien comparé à ce que vivent les familles des victimes. J'ai conduit pendant 40 ans, la sécurité a toujours été le plus important. Je trouve injuste de me retrouver comme prévenu", a-t-il déclaré.

Près de 90 parties civiles

Lui, le cadre traction qui lui donnait les consignes ainsi qu'un employé de la filiale Systra, en charge des essais, sont poursuivis pour homicides et blessures involontaires. C'est également le cas de la SNCF, de SNCF Réseau et de Systra. "On sait que ce sera un procès extrêmement froid et technique. On attend que les responsabilités, essentiellement des personnes morales, soient établies et que les personnes morales ne fuient pas leurs responsabilités, qu'elles assument ce qu'elles ont fait et ce qu'elles n'ont pas fait", complète Claude Lienhard, l'un des nombreux avocats des 89 parties civiles.

Il a été tué sur son lieu de travail et ça, c'est impardonnable

Jacques Landais

Père de Jérémy, mort sur l'accident

Jacques et Christine Landais ont perdu leur fils Jérémy ce samedi de novembre 2015. Huit ans après, ils sont présents à Paris pour obtenir des réponses. "On est là pour lui, il a été tué sur son lieu de travail. Et ça, c'est impardonnable", lâche son père. "J'imagine toujours qu'il est toujours là. Je me dis qu'il va sortir tout d'un coup et me dire 'Non maman, le procès n'existe pas et je suis vivant'. Mais non, il n'est plus là et c'est dur", témoigne sa femme, les larmes aux yeux. Pendant deux mois et demi, ce procès hors normes devra déterminer les responsabilités de chacun. Les familles de victimes espèrent pouvoir tourner la page.