Coup de gueule de maires alsaciens élus au premier tour : “C'est surréaliste ce que nous demande le gouvernement”

Denise Buhl, la maire de Metzeral (Haut-Rhin) refuse d'organiser le conseil municipal d'installation. / © David Marcelin/ France 3 Alsace.
Denise Buhl, la maire de Metzeral (Haut-Rhin) refuse d'organiser le conseil municipal d'installation. / © David Marcelin/ France 3 Alsace.

[Mise à jour : l'article ci-dessous a été écrit avant l'annonce du Premier ministre ce jeudi à 19 heures qui a décidé du report des réunions de conseils municipaux pour élire les maires. Les équipes sortantes dans 30.000 communes concernées voient leur mandat prolongé jusqu'à mi-mai au moins.]

Par Loic Schaeffer

[Mise à jour : l'article ci-dessous a été écrit avant l'annonce du Premier ministre Edouard Philippe ce jeudi à 19 heures qui a décidé du report des réunions de conseils municipaux pour élire les maires. Les équipes sortantes dans environ 30.000 communes concernées voient donc leur mandat prolongé jusqu'à mi-mai au moins.]


Alors que le maintien du premier tour des élections municipales a beaucoup fait parler et que le report du second a été annoncé ce lundi 16 mars par le président Emmanuel Macron, le coronavirus continue de faire tousser la machine démocratique.


806 communes concernées en Alsace

Entre ce vendredi 20 mars et ce dimanche 22 mars, 30.000 conseils municipaux en France, sortis des urnes dès le premier tour, sont appelés à choisir leur maire lors du conseil d’installation. Cela concerne 806 communes en Alsace. 

Une obligation, prévue par le code général des collectivités territoriales, qui semble déraisonnable au vu des circonstances liées au confinement et à l’épidémie de covid-19.

Veut-on vraiment plus de malades?
Denise Buhl, maire de Metzeral (Haut-Rhin)

"C'est totalement surréaliste et irresponsable ce que nous demande de faire le gouvernement, s'insurge Denise Buhl, maire de Metzeral (Haut-Rhin) dans la vallée de Munster. Dans ce village d'environ 1.000 habitants, ils sont 15 conseillers à siéger, ce qui fait potentiellement 15 familles qui peuvent être contaminées, 16 en comptant celle la secrétaire." Même fronde du côté de plusieurs élus lorrains, comme le maire de Tomblaine en Meurthe-et-Moselle, près de Nancy qui songe aussi à "être hors la loi".
 

Considérant avoir déjà été envoyée, comme tous ses homologues, au "casse-pipe" ce dimanche 15 mars avec le maintien du premier tour des élections municipales, Denise Buhl ne veut pas "faire acte de rébellion", mais elle en a assez, dit-elle, que "les maires soient pris pour des idiots".

"Tous les soirs, on parle aux infos de Mulhouse et Colmar, dont les hôpitaux sont en saturation. Dans notre vallée, nous avons des gens malades, et certains sont hospitalisés. Veut-on vraiment encore plus de malades? Dans quel pays vit-on?"

D’autres élus en France se sont exprimés en ce sens ces dernières heures sur les réseaux sociaux. C'est le cas de cette conseillère municipale de Sèvremoine, dans le Maine-et-Loire rappelant qu'aller "à un enterrement" est interdit.

J’avais demandé au secrétariat du préfet de reporter le conseil en juin
Danielle Dambach (EELV), maire de Schiltigheim

A Schiltigheim, troisième ville du Bas-Rhin, la maire sortante Danielle Dambach (EELV), qui a obtenu plus de 55% des suffrages de dimanche comprend mal la logique de ce maintien. "J’avais demandé au secrétariat du préfet de reporter ce conseil d’installation. On aurait pu imaginer qu’il se tienne dans la semaine du deuxième tour, en juin."
  


Le quorum devrait être atteint

Pour respecter les consignes sanitaires et de distance entre les personnes, on va donc réorganiser l'agencement de la salle du conseil municipal de Schiltigheim, où se tiendra l’élection du maire ce dimanche 22 mars à partir de 10h30.

"La salle sera interdite au public, et il n'y aura que deux personnes de l’administration. Ensuite, nous sommes 39 élus, sachant que quatre sont malades et ne viendront pas. D'ici dimanche, il y en aura peut-être d'autres. Nous allons donc nous répartir en trois demi-cercles et laisser un espace d’un mètre entre nous. Heureusement, l’endroit est suffisamment grand et aéré."

Louper l’entrée en fonction, c’est terrible
Danielle Dambach

Le quorum, autrement dit le nombre minimal de personnes requis pour valider la procédure (au moins la moitié de l’assemblée plus un dans ce cas), devrait donc être atteint à Schiltigheim, encore que… "Le mari de l’une de mes adjointes ne veut pas qu’elle vienne. C’est compréhensible mais c’est un vrai dilemme car on part pour six ans de travail. Louper l’entrée en fonction, c’est terrible."
 

Christian Ball lui "n'ira pas", de même que les trois autres conseillers d'opposition issus de la liste "Schilick pour tous". "C'est irresponsable. Dans mon équipe, il y a une personne de 67 ans qui a déjà eu des problèmes respiratoires. On le sait, il suffit d'un malade..."

L'ex-candidat se veut "constructif". "L'heure est à l'intérêt général et à la santé de tous. Mme Dambach a été réélue, donc elle peut gérer les affaires courantes pendant quelques temps encore. Et nous nous retrouverons quand tout sera passé. Il ne faut pas prendre de risque inutile, surtout à Schiltigheim où l'équipe municipale ne change quasiment pas."


"Aucune convivialité ni sérénité"

Danielle Dambach, qui repart pour un deuxième mandat, juge "très frustrante une telle investiture". "Il n’y aura aucune convivialité ni sérénité. Habituellement, le maire remet l’écharpe aux adjoints. Là, ils se la mettront eux-mêmes."
 
Une investiture qui s'annonce sans convivialité pour la maire de Schiltigheim, Danielle Dambach. / © ABDESSLAM MIRDASS / HANS LUCAS. AFP
Une investiture qui s'annonce sans convivialité pour la maire de Schiltigheim, Danielle Dambach. / © ABDESSLAM MIRDASS / HANS LUCAS. AFP

Un événement très austère, presque mécanique, la circulaire du gouvernement, qui rappelle les "gestes barrières" ou limite "l’ordre du jour" au "strict nécessaire soit l’élection du maire et de ses adjoints", va également dans ce sens.

J'ai dit à chacun de se munir de son stylo
Danielle Dambach

"J’ai aussi invité chacun à se munir de son propre stylo, précise Danielle Dambach, qui relève une dernière absurdité. Il va aussi falloir qu’on choisisse nos conseillers communautaires [de l’Eurométropole, nldr]. On va donc se retrouver jusqu’au deuxième tour des municipales avec un panachage de gens élus fraîchement et de gens qui vont partir. Comment travailler dans ces conditions?" conclut-elle.

Sortie des urnes en avril 2018 après des élections municipales anticipées, la maire sortante, qui va repartir pour un deuxième mandat, vit décidément des investitures plus singulières les unes que les autres.

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