80 ans de l'évacuation d'Alsace : “C'était formidable du haut de mes six ans!”

Marguerite Roth nous ouvre son album souvenirs quatre vingt ans après l'évacuation d'Alsace
Marguerite Roth nous ouvre son album souvenirs quatre vingt ans après l'évacuation d'Alsace

Il y a 80 ans, le 1er septembre 1939, l'ordre d'évacuer l'Alsace est donné. Ils sont 380.000 à tout quitte. Parmi eux, Marguerite Roth, six ans et demi, elle quitte Schiltigheim pour la Haute-Vienne. Témoignage avant notre édition spéciale à 19H.
 

Par Marie Pouchin

Elle nous raconte ses souvenirs d'enfant. Marguerite Roth avait six ans et demi, lors de l'évacuation de l'Alsace, en septembre 1939. Elle habitait Schiligheim, dans la banlieue de Strasbourg.

"Je me souviens très bien de cette nuit-là du 2 septembre parce que c’était l’anniversaire de mon frère qui faisait alors son service militaire. On est parties avec maman et les 4 filles. Elle était très énervée, elle disait : "quel faut-il emmener ?".


C'était lourd pour ma mère
 

C’est vrai, on ne savait pas pour combien de temps on partait. Mon père devait rester, c’était lourd pour ma mère. Il était adjoint au maire, il fallait s’occuper des bêtes dans la commune. Il est venu trois semaines plus tard.
 


Trois jours de voyage. C’était une telle aventure pour moi ! D’abord de prendre le train, j’étais enfant. La moitié de Schiltigheim était là, j’avais mes copines.

Je pense que c’était très dur pour mes parents mais pour moi, à ce moment-là, c’était formidable, du haut de mes 6 ans et demi ! C’est un souvenir magnifique.
 


Nous avons été accueillis d'abord à Saint-Junien (Haute-Vienne). Chez un gantier, une famille très riche. Là j’ai vu pour la première fois de ma vie un catalogue, j’étais émerveillée, du haut de mes 6 ans et demi.

Avec mes copines de Schiltigheim

Puis mon père est arrivé. En tant qu’adjoint au maire, on lui a dit il faut aller à Rochechouart (Haute-Vienne) pour vous occuper des réfugiés. La vie là-bas, encore une fois, pour moi, était joyeuse. J’étais avec mes copines de Schiltigheim.
 


Je pouvais parler français


Et puis je me suis fait surtout un copain parisien. Au mois de mai, de nouveaux réfugiés sont arrivés de Paris. En face de nous, une belle maison. Avec ce garçon de 7 ans, je pouvais parler français (…) et je savais que c’était important car nous tous parlions alsacien évidemment.

Ma sœur a fait sa Confirmation là-bas… Il y avait un pasteur de Schiltigheim sur place aussi,  elle l’a préparée avec lui. A Rochechoir, il n’y avait qu’une seule église catholique. Et le village l’a mise à la disposition du pasteur pour que ce soit bien.
 

"Bienvenue en alsace allemande !".

On est resté onze mois jusqu’au mois d’août 1940 (après l’Armistice). Nous sommes alors rentrés à Strasbourg. C’est mon seul et unique mauvais souvenir. Un très mauvais souvenir…

Trois jours de train dans l’autre sens. Quand nous sommes arrivés à la gare, sur le quai, il y avait une grosse pancarte en allemand qui disait "bienvenue en alsace allemande !".

Français dans l’âme


Mon père a pleuré, ma mère s’est mise à pleurer aussi, ma sœur… Et moi je ne comprenais pas… J’ai compris bien après. Mon père était né en 1885, maman en 1895, ils étaient tous les deux Français dans l’âme

J’y suis retournée cette année, la commune (de Schiltigheim) a organisé un voyage. J’ai revu la maison où j’ai vécu. Nous sommes allés au cimetière. Et j’ai vu la tombe de la famille qui nous a accueillis. C’était très émouvant."
 

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