Coronavirus : la longue rééducation des malades du covid19 après leur sortie de l'hôpital

Les patients sortis de réanimation ne reprennent pas directement une vie normale. Beaucoup ont besoin de longues semaines de rééducation, dans des lieux comme l'institut de réadaptation Clémenceau, à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin).
 
Les patients guéris du Coronavirus réapprennent à se déplacer
Les patients guéris du Coronavirus réapprennent à se déplacer © Thierry Sitter / France Télévisions
Ce n'est pas parce qu'un malade atteint de covid19 sort de réanimation qu'il peut immédiatement rentrer chez lui. La majorité des patients a besoin de beaucoup de temps et de soins, avant un retour à une vie normale. Pour mieux comprendre ce long chemin qu'il leur reste à parcourir avant de retrouver leur autonomie, leurs proches et leur existence d'avant, France 3 Alsace propose plusieurs vendredis d'affilée des reportages en immersion dans l'un des services spécialisés qui accueille ce type de patients "post covid19". Pour le premier de ces reportages, diffusé ce vendredi 24 avril, notre équipe a été accueillie à l'institut universitaire de réadaptation Clémenceau, à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), près de Strasbourg.     

Tout le monde me dit : tu reviens de loin.
- Christiane Wurtz, patiente

Christiane Wurtz, 79 ans, est arrivée à l'institut Clémenceau le 2 avril. Elle est tombée malade le 1er mars, et son état s'était rapidement détérioré. Après douze jours dans le coma en service de réanimation, puis trois semaines en pneumologie, elle avait perdu toute autonomie, était incapable de se tourner seule dans son lit, de s'asseoir ou se lever. Une fonte musculaire totale. "Au niveau musculaire, le corps a beaucoup perdu après un passage en réanimation", explique sa kinésithérapeute, Alice Roques. "Ça, on n'y pense pas forcément, mais c'est un problème majeur avec le covid19."
 
Christiane Wurtz, en rééducation à l'institut Clémenceau depuis le 2 avril
Christiane Wurtz, en rééducation à l'institut Clémenceau depuis le 2 avril © Thierry Sitter / France Télévisions

En trois semaines, les progrès sont déjà énormes. Christiane est aujourd'hui capable de se lever et de refaire quelques pas. Comme chacun des patients accueillis ici, elle travaille quotidiennement avec sa kiné pour renforcer ses bras et ses jambes. Le pire est passé, mais c'est maintenant une course de fond. Retrouver son souffle et ses muscles demande patience et abnégation. Pourtant, Christiane garde le moral et "rigole bien avec les infirmières." A terme, elle espère pouvoir retrouver "un peu de ce qui était avant" et être à nouveau disponible pour ses proches. "Je marchais avec une canne", précise-t-elle, "mais je faisais mes courses, je faisais à manger deux fois par semaine à mes garçons."

Sa famille, bien sûr, n'est pas autorisée à lui rendre visite, mais le contact par téléphone est quotidien. Et puis, ici, elle se sent "choyée comme une reine", ce qui lui met vraiment du baume au cœur.

Le mois dernier, l'institut universitaire de réadaptation Clémenceau d'Illkirch-Graffenstaden s'est entièrement réorganisée, afin de pouvoir accueillir ces patients covid19 sortant de l'hôpital, mais encore incapables de rentrer chez eux. Un étage entier du bâtiment leur a été dédié. Certains continuent à subir des tests pour savoir s'ils sont toujours contagieux, et des mesures d'hygiène drastiques ont été mises en place pour pouvoir leur prodiguer en toute sécurité les soins de rééducation nécessaires.

Ils ont besoin de se reconstruire pour les gestes de la vie quotidienne.
Marie-Eve Isner-Horodeti, professeur et médecin chef de l'institut Clémenceau


"Ce sont des patients extrêmement fatigués (…) qui ont des séquelles physiques et psychologiques", précise Marie-Eve Isner-Horodeti, professeur et médecin chef de l'institut Clémenceau. "Ils ont besoin de se reconstruire pour les gestes de la vie quotidienne." Certains ont encore de gros problèmes respiratoires, ont besoin d'un apport en oxygène, et doivent "réapprendre le souffle". D'autres ont aussi des troubles de la déglutition, et sont obligés de réapprendre à avaler. Et parallèlement, avoir ainsi frôlé la mort peut constituer "un traumatisme psychologique important, qui fait que ces patients en stress post-traumatique ont besoin d'accompagnement", ajoute Marie-Eve Isner-Horodeti.

En même temps on prend conscience que la vie est très importante, et qu'on peut décéder rapidement. Ça m'est resté depuis le coma. Qu'en fait, nous sommes tous mortels, et que ça peut arriver vite, sans qu'on le prévoie.
- Georges, patient

Comme Christiane et tant d'autres, Georges, 77 ans, est un rescapé. Il est à l'institut Clémenceau depuis le 31 mars, et tout au long de ses semaines de rééducation, il doit aussi digérer la violence de ce qu'il a vécu. Détecté positif au covid19 le 8 mars, il avait été mis en coma artificiel durant huit jours. "Ces huit jours, je m'en rappellerai toute ma vie", confie-t-il. Il évoque des visions, "des oiseaux tout noirs qui passaient (…) On revoit sa vie, c'est dur. Et en plus, on a les mains attachées – heureusement, sinon j'aurais tout arraché. On vous intube, vous avez quelque chose dans la bouche, c'est vraiment pénible." Ses pensées vont régulièrement vers "tous ceux qui sont dans le coma en ce moment, car ils passent une période difficile."
 
Georges, patient en rééducation depuis le 31 mars
Georges, patient en rééducation depuis le 31 mars © Thierry Sitter / France Télévisions
   

Je pensais rentrer chez moi après l'hôpital, mais je me faisais des illusions.
- Georges, patient

Georges souffre de problèmes respiratoires, et doit "refaire travailler (s)es muscles pour bien respirer", deux fois le matin et deux fois l'après-midi. Il doit aussi réapprendre peu à peu à soutenir un certain effort. "Je ne m'en rendais pas compte, dans sa tête on est opérationnel", se souvient-il. "Mais la première fois que j'ai fait le tour du bureau, j'étais essoufflé et obligé de m'allonger. Alors que maintenant, je le fais cinq ou six fois dans la matinée, et autant l'après-midi."

"Souvent on dit à nos patients qu'il s'agit d'un marathon, et pas d'un sprint", explique sa kinésithérapeute, Inès Bertrand. Il faut faire des efforts réguliers, tous les jours, un travail à long terme, où "les moments de pause sont aussi importants que les moments d'exercices."

Chanteur engagé dans quatre chorales, Georges craignait aussi pour ses cordes vocales. Mais il est très content de constater que sa voix "commence à revenir". Jour après jour, lentement, il récupère des forces et reprend de l'assurance. Mais il lui faudra encore beaucoup de temps pour retrouver sa forme d'avant la maladie. "Les grandes randonnées, pour l'instant, c'est exclu." Le médecin lui a promis qu'il pourrait rentrer chez lui la semaine prochaine, "mais il m'a dit : vous êtes encore un convalescent. Il faudra faire doucement, pas vouloir faire comme avant."

Avant ils pensaient à la mort, et maintenant ils repensent à la vie.   
- Inès Bertrand, kinésithérapeute

Inès Bertrand comme ses collègues ont un réel plaisir à voir leurs patients progresser, petit à petit. La période la plus anxiogène est derrière eux et l'évolution positive est indéniable. "Retourner à la maison, revoir leur famille, leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs voisins… nous on les accompagne tout doucement vers ça", se réjouit Inès Bertrand.

Une dizaine de patients de l'institut Clémenceau ont déjà pu rentrer chez eux. "Je pense que c'est un formidable message d'espoir qui doit être véhiculé", souligne Marie-Eve Isner-Horodeti. "On peut effectivement guérir, et rentrer sans oxygène, sans canne et sans fauteuil roulant." Toutes les conséquences de ce coronavirus ne sont pas encore connues sur le long terme. Mais par leur prise en charge globale, les équipes médicales et paramédicales de l'institut Clémenceau mettent tout en œuvre pour que les patients "post-covid19" qui leur sont confiés retrouvent "un maximum d'autonomie (…) et une vie la plus acceptable possible."
 
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