Radar de covoiturage, pourquoi vous n'avez encore rien à craindre

Six mois après l’installation sur la M35 d’un radar de covoiturage à hauteur d’Ostwald (Bas-Rhin), un deuxième détecteur a été installé dans la nuit du 18 au 19 mars au niveau de Schiltigheim, au nord de Strasbourg. Problème : la loi ne permet pas encore l'exploitation des photos prises, empêchant toute verbalisation.

Si vous roulez régulièrement sur la M35 dans le secteur de Strasbourg, il est facile de s'en rendre compte. La voie de gauche (entre Reichstett et la place de Haguenau au nord, et entre la Vigie et la porte de Schirmeck au sud) est normalement réservée aux transports en commun, aux taxis et au covoiturage en semaine entre 6h et 10h puis entre 16h et 19h. Mais elle est aussi l'apanage de beaucoup d’automobilistes seuls.

Des véhicules utilitaires ou des particuliers pressés ou ignorant carrément la règle. Le principe existe depuis début 2021, et a donc toutes les peines du monde à entrer dans les mœurs. Une nouvelle épine dans le pied de l'agglomération, après l'imbroglio autour de la zone à faible émission (ZFE).

"Il y a les conducteurs qui ne savent pas, et d’autres qui s’en fichent, tout simplement parce que pour le moment, il n’y a pas de sanction", explique Yves Carra, porte-parole du Mobilité club France (anciennement Automobile club association). Et pourtant, un radar a bien été installé en septembre 2023 à hauteur de Ostwald, à l’initiative de l’Etat qui avait choisi l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) et cinq autres métropoles pour tester le dispositif.

Un deuxième appareil a même été installé en ce mois de mars, au niveau de Schiltigheim cette fois. Mais les verbalisations annoncées dès la fin de l'année 2023 n'ont toujours pas cours, à Strasbourg, comme dans les cinq autres métropoles choisies par l’Etat pour expérimenter ces radars : Grenoble, Lille, Lyon, Nantes et Rennes. Alors d'où vient le problème ? Le retard serait en fait lié à l'attente d'un arrêté réglementaire que l'Etat doit soumettre à la CNIL, la Commission Nationale de l’Informatique et des libertés, afin de permettre l’exploitation des clichés pris par ces appareils. Car il ne s’agit plus seulement de vitesse et de plaques d’immatriculation mais de photos prises dans les voitures.

Autrement dit, ces épouvantails métalliques n’ont guère de quoi inquiéter les automobilistes pour le moment. D’après nos informations, les autorisations administratives devraient être signées juste avant l’été. Ce qui permettra aux agents de la police municipale d’envoyer les photos prises à l’Agence Nationale du traitement automatisé des infractions, à Rennes. Une campagne sera faite auprès des automobilistes à ce moment-là.

Pour ceux qui ne respecteront pas la loi, ce sera 90 euros d’amende. Et 135 euros en cas de majoration. 

Jusqu'à 159 000 véhicules par jour sur la M35

Faute de sanction, pour l'instant, "peu de gens respectent la réglementation". À la louche, "une personne sur deux ou sur trois", selon Yves Carra. Le trafic étant de 159 000 véhicules par jour autour de Cronenbourg sur la M35, ce qui laisse une idée du nombre de voitures "en trop" sur les voies de covoiturages.

En attendant que la situation évolue, l’Eurométropole a lancé une plateforme numérique, le 11 mars, Aut’hop, pour inciter les particuliers à covoiturer. Des incitations financières seront mises en œuvre pour encourager les salariés des différentes zones d’activité à franchir le pas.

Le service est géré par la société Karos, spécialisée dans le covoiturage. Autour de Strasbourg, le taux d’occupation est de 1,4 personne par véhicule.