Déconfinement : A Strasbourg, une vélo-école assaillie de demandes de stages pour apprendre à faire du vélo

Qu’ils soient individuels ou collectifs, les cours pour apprendre à faire du vélo sont plébiscités dans l’Eurométropole de Strasbourg. Depuis la fin du confinement, ils sont exceptionnellement gratuits. L’association Cadr’67 qui les propose a donc démultiplié l’offre.
 

Une vélo-école, avec des voies, des panneaux, des feux pour apprendre à faire du vélo
Une vélo-école, avec des voies, des panneaux, des feux pour apprendre à faire du vélo © Catherine Munsch / France télévisions
Personne ne l'ignore, le confinement lié au covid19 a modifié certains de nos comportements. En matière de déplacements notamment. En pleine crise sanitaire, les achats de vélos électriques ont explosé, les vélos standards aussi ont trouvé un regain d'intérêt auprès des Français, sans compter le succès de la prime de 50€ pour faire réparer sa vielle bicyclette. Argument avancé le plus souvent en sa faveur : éviter les transports en commun. C'est dans cette veine que s'inscrit un autre engouement, celui des stages pour apprendre à faire du vélo.

"Pour arriver à satisfaire tout le monde, on a mis en place des cours collectifs, en parallèle des cours individuels" explique Fabien Masson, le directeur de l’association Cadr’67. "Cela fait sept ans que la formation existe, mais depuis le déconfinement, la demande explose".

L'engouement se ressent sur le terrain où sont donnés les cours. Ce lundi après-midi, elles sont huit femmes sur la piste d’éducation routière de l'association Cadr'67. Elles n'ont jamais posé les fesses sur une selle de vélo, mais en une heure et demie de temps, on va assister à des miracles. Toutes ont décidé d'oser. Courageusement. Certaines veulent rester discrètes, parce qu'elles ont un peu honte de ne pas savoir faire du vélo à l'âge adulte. Mais toutes ont des raisons de ne pas maîtriser la bicyclette. Pour certaines, ce n'était pas dans l'air du temps d'apprendre à faire du vélo aux filles, pour d'autres, les parents n'avaient pas les moyens financiers d'en acheter un, lorsqu'elles étaient enfant. Peu importe, aujourd'hui, elles se lancent. D'ailleurs, c'est gratuit en cette période post-confinement, grâce au coup de pouce de l'Etat, alors que d'habitude, il faut débourser vingt euros la semaine, pour 5 heures de cours.
 
Des femmes principalement osent prendre des cours à la vélo-école
Des femmes principalement osent prendre des cours à la vélo-école © C.Munsch / France télévisions
 

Pourquoi apprendre à faire du vélo à l'âge adulte ?


D'abord parce qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre, quand on est motivé et que "c'est possible même au-delà de 70 ans" affirme le formateur, Vincent Murez. Les femmes qui sont là ont des raisons très précises (quelques hommes prennent aussi des cours, mais ils sont plus rares...une question d'orgueil à ce qu'il paraît). Aziza, elle, veut pouvoir faire du vélo avec ses enfants, éviter les transports en commun en cette période de covid et faire des économies. Fatoumata projette d'aller au travail avec son vélo et veut générer moins de pollution qu'avec une voiture. Btissam rêve de faire des balades en famille." Mes enfants et mon mari savent rouler à vélo, moi je reste un obstacle à ce type de sorties, et je veux cesser d'être un obstacle."
Malgré sa chute, Ahlem est enchantée. Tout à coup, elle s'est sentie bien sur ce vélo, alors elle roulé un peu vite et elle est tombée, "Ça ne fait rien que mon pantalon soit déchiré, je dis toujours à mes enfants, l'important quand on tombe, est de se relever, alors je me suis relevée et je continue". Elle, c'est vrai qu'elle a un sourire jusqu'aux oreilles.

 

Le matériel et la technique pour apprendre 

Les vélos sont prêtés et entretenus par Cadr'67. Les cours se déroulent sur une piste spécialement conçue, avec des voies cyclables, des feux tricolores, des panneaux de signalisation et des passages protégés à respecter. Le premier jour, les élèves n'ont pas besoin d'en tenir compte. Elles doivent juste se familiariser avec leur monture. Pour cela, l'enseignant a retiré les deux pédales, elles s'assoient sur la selle et posent les pieds au sol. Les stagiaires avancent comme sur une draisine, jusqu'à trouver l'équilibre. Chacune à son rythme, ce n'est pas un concours. Elles ont 5 séances d'une heure pour y arriver. Cette semaine du 14 juillet, jour férié oblige, ce sera quatre jours, avec des séances d'une heure et demie chaque fois. 

"Nous leur proposons un vélo pliant avec de petites roues, psychologiquement c'est plus facile"  -Vincent Murez, formateur salarié de Cadr'67

 -Vincent Murez, formateur salarié de Cadr'67


Difficile, surprenant, bizarre? ça fait quoi d'apprendre à faire du vélo? 

Quand elles ont trouvé l'équilibre, le formateur rajoute d'abord la première pédale, pour plusieurs tours de circuits, puis la deuxième. Une légère pente avec des virages à gauche et à droite les oblige à apprendre à freiner. Pour certaines, cela va très vite. Au bout d'une heure, Fatoumata pédale comme une cheffe sur son vélo rouge. "Je ne pensais pas que ça irait aussi vite ! Ça va me changer la vie."
 
Vincent Murez a eu l'idée de donner ces cours, quand il était éco-conseiller à l'Eurométropole de Strasbourg. "C'est lors d'un stage, il y a un peu plus de sept ans, que j'ai découvert que 10% des personnes interviewées dans les quartiers d'habitat social collectif, ne savaient pas faire de vélo." Alors il a décidé de s'engager dans cette formation. Depuis, il forme en moyenne 200 personnes chaque année. Elles sont donc 1400 environ à savoir faire du vélo aujourd'hui, grâce à lui. "Ça m'apporte beaucoup de bonheur, car ces hommes et ces femmes viennent de partout dans le monde, ça me fait voyager. Et ça m'apporte aussi du bonheur car je leur donne de l'autonomie et de la liberté. Faire du vélo leur permet de découvrir leur quartier différemment, d'avoir une autre image de leur quartier. Ils découvrent qu'en deux- trois coups de pédales, ils sont dans le quartier voisin."
 
Aux côtés de l'enseignant, des bénévoles spécialement formés ou d'autres salariés de l'association, comme Séréna Argentieri. "Ici, elles ont tout pour bien apprendre, et sur quatre ou cinq jours elles progressent vraiment bien, mais en fin de semaine nous devons les emmener dehors, en situation réelle, sur de vraies pistes cyclables, dans la circulation. Nous les emmenons en petit nombre avec un encadrant devant et un derrière".

Sakina avait essayé d'apprendre avec son mari. "Il me disait vas-y ! pédale! ça n'était pas simple, alors ici avec un vrai prof, c'est plus facile!"
En pleine discussion de technique-vélo
En pleine discussion de technique-vélo © C.Munsch / France télévisions

Le succès de la vélo-école est total, d'autant que les cours collectifs sont encore gratuits jusqu'au 31 décembre. Mieux vaut donc ne pas traîner pour s'inscrire. Les prochaines sessions auront lieu fin août à la Meinau, du 24 au 28 août de 10h à 11h30 pour un groupe et de 14h à 15h30 pour un autre groupe. Des sessions d’automne auront également lieu entre le 14 septembre et le 16 octobre à Schiltigheim, Lingolsheim, Hautepierre, à la Meinau, au Neuhof et au Port du Rhin. Même pendant les vacances de la Toussaint, entre le 17 octobre et le 1er novembre, il sera possible d'apprendre à faire du vélo, cette fois à Lingolsheim, à la Meinau et à Schiltigheim. "Si on n'a pas de contre-indication médicale, il suffit d'être motivé" rappelle le formateur à ceux qui hésiteraient encore à franchir le pas. Pour les cours individuels, la première heure et demie est gratuite, avec le coup de pouce vélo de l'Etat, les quatre derniers cours reviennent à 50 euros par stagiaire. 

 
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