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DECRYPTAGE - Qui est la jeune Greta Thunberg qui vient alerter sur le climat au Parlement de Strasbourg?

Greta Thunberg à Hambourg le 1er mars 2019 / © Daniel Bockwoldt/MaxPPP
Greta Thunberg à Hambourg le 1er mars 2019 / © Daniel Bockwoldt/MaxPPP

Greta Thunberg, l'adolescente devenue icône mondiale de la lutte contre le réchauffement climatique, est à Strasbourg ce mardi 16 avril. Elle doit se rendre au Parlement européen pour y rencontrer les membres de la commission de l'environnement. L'occasion de revenir sur son parcours semé de trolls.

Par Cécile Poure

Greta Thunberg est cette adolescente suédoise de 16 ans, au caractère bien trempé, qui a initié la désormais célèbre "Skolstrejk för klimatet", la grève étudiante pour le climat. En quelques mois à peine, elle est devenue l'icône mondiale du combat de la jeunesse contre le réchauffement climatique. Une célébrité qu'elle met à profit pour sensibiliser les décideurs aux problématiques environnementales. Une célébrité qui la fragilise aussi. Explications.
 

Skolstrejk för klimatet

L'histoire en août 2018. Greta Thunberg fait le piquet de grève devant le Riksdag, le Parlement suédois. Elle explique alors qu'elle ne retournera à l'école que si et seulement si le gouvernement réduit les émissions de dioxyde de carbone, comme prévu par l'accord de Paris. Elle reste ainsi assise devant le Parlement chaque vendredi. Elle appelle, sur sa pancarte, à une "Skolstrejk för klimatet", une grève étudiante pour le climat. Son histoire est rapidement relayée par les journaux locaux puis internationaux. Elle devient déjà une égérie. Celle de la jeunesse qui se rebelle pour sauver la planète.
 

Des hashtags #Klimatstrejka, #ClimateStrike et #FridaysforFuture fleursissent sur la toile. Une renommée dont elle se sert pour mobiliser à ses côtés les jeunes Européens. Elle participe ainsi à la manifestation Rise for Climate devant le Parlement européen à Bruxelles le 6 octobre 2018 puis à la déclaration de désobéissance civile à Londres le 17 novembre. D'après un calcul du Guardian, plus de 70.000 élèves dans 270 villes du monde ont emboîté le pas du "Fridays for Future". Des marches mondiales pour le climat sont organisées à l'appel des jeunes partout dans le monde. Strasbourg inclus.
 


"Nous sommes à court d'excuses et de temps"

Greta Thunberg ne s'arrête pas là. Forte de son aura, elle décide de partir à la rencontre des décideurs politiques afin de les alerter sur l'inaction des Etats en matière de réchauffement climatique. Le 14 décembre, Greta Thunberg s'adresse à la COP24, le sommet des Nations unies sur les changements climatiques. Son discours coup de poing est relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux.
 

Retweetée le même jour par Bernie Sanders, ancien candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2016, la vidéo atteint rapidement les 3 millions de vues.
 

En janvier 2019, elle se rend au Forum économique mondial à Davos en train (65 heures aller-retour de Suède en Suisse) et dort sous la tente par -15°c. Elle prend part au débat officiel sur le dérèglement climatique et milite pour le respect par les Etats de l'accord de Paris. "Je ne veux pas que vous soyez désespérés, je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur qui m’habite chaque jour et que vous agissiez, comme s’il y avait le feu, parce que c’est le cas. Il y a encore une petite chance de stopper les émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter des souffrances pour une grande partie de la population de la planète."
 

Le 22 février, Greta Thunberg est reçue à l'Elysée par Emmanuel Macron avec toujours, le même message. Un message diffusé par Brut quelques jours avant: "Cher Monsieur Macron, vous devez agir maintenant et pas simplement dire que vous allez agir. Si vous continuez à faire comme si de rien n'était, vous allez échouer. Et si vous échouez, vous allez être perçu comme l'un des pires méchants de l'histoire de l'humanité". Un message qu'elle adresse également à Donald Trump.
 


A Strasbourg

Ce mardi 15 avril, c'est aux députés européens, à Strasbourg, qu'elle s'adressera. Elle se rendra au Parlement pour assister à diverses réunions. A huis clos le matin, où elle s'entretiendra avec les différents chefs de groupes politiques. Puis de 14 à 15 heures, avec les membres de la commission parlementaire de l'Environnement (ENVI).


Des trolls et pas seulement en Suède

Sa renommée grandissant, Greta Thunberg essuie de plus en plus de critiques. Plus ou moins sérieuses. Il y a d'abord ceux qui la disent manipulée par ses parents. Diagnostiquée autiste Asperger, elle serait un objet de pub idéal pour ses parents déjà célèbres en Suède et assoifés de notoriété. Bref, les attaques sont basses et déchaînées.

A tel point que sa mère, la chanteuse d’opéra Malena Ernman publie un long message sur Facebook, le 7 janvier, où elle démonte une à une les théories conspirationnistes visant sa fille.
 

Autre attaque: Greta ne serait qu'un pion à la solde de communicants sans vergogne dont Ingmar Rentzhog co-fondateur de la star-up We don't have time, futur réseau social dédié à la lutte contre le réchauffement climatique, et président du think tank Global Utmaning. Un groupe ayant des liens assumés avec un programme du Forum de Davos, qui développe un réseau de jeunes engagés.
 

Théorie reprise par Isabelle Attard, députée écologiste du Calvados et chroniqueuse pour Reporterre. Dans un article intitulé "Le capitalisme vert utilise Greta Thunberg", cette dernière raconte "L'envers du décor de ce joli conte de fées. Moins joli et plus intéressant où tout a été finement programmé pour transformer la jeune Suédoise en héroïne internationale." Greta Thunberg ne serait qu'un produit marketing au service du capitalisme, une égérie superbe du greenwashing. 
 
D'autres lui reprochent encore son âge, son manque de maturité. Comme Pascal Bruckner, romancier et essayiste, qui dans une tribune du Figaro voit dans la jeune fille l'incarnation "d'une propagande de l'infantilisme climatique" au "visage terriblement angoissant" et qui porte son autisme "comme un titre de noblesse."  A ce sujet lire l'excellent article de Slate ou la revue de presse de Claude Askolovitch sur France Inter qui démontent, dans les règles de l'art, l'intellectuel français.
 

Critiques relayées différemment mais avec autant de finesse par Marc Reisinger dans Causeur qui a, dit-il, tenté d'interviewer la jeune fille: "Contrairement aux jeunes manifestantes de Bruxelles, Greta n’a répondu à aucune question. Je me suis trouvé face à une petite fille éteinte, sans passion, manipulée par des gens inquiétants, enfant sous terreur. Elle est programmée pour des speechs apocalyptiques et provocants de quelques minutes devant les grands de ce monde. Peut-être évoquera-t-on son «mutisme sélectif» lié à l’autisme, mais on remarque qu’elle a répondu complaisamment aux questions (anecdotiques) posées par des jeunes avant moi. Étrange leader climatique qui n’accepte pas qu’on lui pose une question sur le climat."
 

A ce sujet, je vous renvoie vers le très bon essai de Roberto Savio publié dans Pressenza et qui analyse cette campagne de dénigrement à la lumière de notre perte collective de sens, de notre incapacité à rêver et à aller de l'avant. Symptomatiques, selon lui, de la perte des valeurs de notre société.
 

Sans compter ceux qui lui reprochent de... manger des bananes importées par avion et des salades emballées sous plastique. Que dire ? 

Si quand même. Il faut dire, qu'en attendant, Greta Thunberg continue son sacré bout de chemin. En train et en mangeant des bananes si ça lui chante. Demain, à Strasbourg, puis après-demain à Rome où le pape devrait lui accorder une audience. Et puis surtout en route vers le prix Nobel de la Paix pour lequel elle a été proposée le 14 mars 2019. En scandinavie, aux pays des Trolls et autres êtres vils, il y aussi le Nobel. Qu'on se le dise. 
 

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