Dry January : quelques bonnes raisons d'envisager le défi de janvier sans alcool

Strasbourg rejoint cette année la dizaine de villes françaises à participer au Dry January alors que le gouvernement et Santé Publique France restent toujours sourds à cette initiative. Un vent de rébellion souffle dans l'hexagone mais pas dans le ballon.

Né en Grande-Bretagne en 2013, le Dry January a débarqué en France en 2020 grâce à un partenariat entre des associations françaises et Alcohol Change UK. Le principe est simple : ne pas boire d’alcool à partir de l’heure du réveil le 1er janvier, jusqu’à la fin du mois. Une pause salutaire après les libations de décembre.

Neuf pays y participent depuis et, à notre échelle, celle de l'hexagone : dix grandes villes comme Paris, Toulouse, Grenoble. Et cette année, cette nouvelle année, Strasbourg. Capitale du vin blanc sec mais pas Dry, et de la bière. Sacré défi.

Dry January au pays du vin blanc sec

Alexandre Feltz, adjoint à la santé à la mairie de Strasbourg, tient à montrer l'exemple. Depuis ce matin, pas une goutte d'alcool. "Pour l'instant." Car le principe n'est pas de créer de la privation, de se mettre la pression (en fût) ni de se sevrer mais bien d'interroger ses pratiques.

"Moi, je bois souvent un verre en rentrant du travail, surtout quand la journée a été rude. Du coup, je ne sais pas exactement combien de verres de vin je bois dans la semaine mais je pourrais me laisser aller à deux verres par jour disons." Facile comme un lever de coude.

S'interroger sur cette facilité n'est pas chose aisée justement. Surtout dans un des pays où l'on consomme le plus d'alcool et où le vin est érigé en tradition, en art et même en savoir-vivre. Les chiffres eux, font moins dans la finesse : 43 millions de Français boivent de l'alcool et plus d’un Français sur cinq dépasse les repères de consommation à moindre risque (soit 10 verres par semaine et pas plus de deux verres par jour, dont près d’1 homme sur 3) selon les données de Santé publique France.

" D'où cette nécessité de m'interroger sur ma propre consommation. Suis-je dépendant ? Pourquoi ai-je besoin d'alcool lors des moments festifs ? En fait, cette pause dans ma consommation va, je l'espère, me permettre de mieux me connaître. C'est vrai qu'en Alsace entre la bière et le vin blanc, ce défi sera particulièrement difficile mais je veux me sentir libre et non pas dépendant. Pour moi qui suis addictologue, c'est important..."

Cette pause permettra aussi à Alexandre Feltz, comme à tous ceux qui participent au Dry January, de voir leur état général s'améliorer assez rapidement.

Une question de santé publique

Lors de l'arrivée du Dry January en France et alors que le mois sans tabac connaît un réel succès, Emmanuel Macron avait balayé cette initiative d'un "faut arrêter d'emmerder les Français avec ça". Le Dry January se fera donc sans le ministère de la santé ni Santé Publique France, un comble quand on y réfléchit bien.

Selon Alcool Info Service, la consommation d'alcool est responsable directement ou indirectement de plus d'une soixantaine de maladies (cancers, maladies cardiovasculaires, digestives, mentales). Elle est la première cause d'hospitalisation et la deuxième cause de mortalité évitable en France (après le tabac) avec environ 45 000 décès par an. "Sans parler des violences générées par une consommation d'alcool excessive, les accidents de la route, les troubles du sommeil qui très prosaïquement réduisent la productivité des salariés." 

C'est incompréhensible. Bien sûr que nous regrettons le désengagement de l'Etat dans ce dossier. Le Dry January se fait sans lui.

Alexandre Feltz, adjoint à la santé Strasbourg

"C'est incompréhensible. Bien sûr que nous regrettons le désengagement de l'Etat dans ce dossier. C'est la Fédération française d'addictologie qui porte le Dry January puis maintenant les villes. À leur échelle. On doit en passer par là."

Ainsi ce sont 60 organisations et collectivités qui relaient le Dry January en France. Les collectivités, formidable terrain d'expérimentations en matière de santé publique."C'est en adéquation avec la démarche volontariste que nous avons à Strasbourg avec le sport sur ordonnance ou les ordonnances vertes pour les femmes enceintes. Nous agissons en local pour que ça fasse jurisprudence. Nous y croyons aussi avec le Dry January."

Pour rappel, la production de vins d'Alsace pèse 414 millions d'euros dans les comptes régionaux de l'agriculture." Il faut bien que les alcooliers comprennent qu'on ne va pas les mettre à terre en réduisant notre consommation d'alcool. Il s'agit de mieux consommer, plus intelligemment, différemment. Ces lobbies sont totalement dépassés." 

Des effets durables et prouvés

En plus de dix d'existence, le Dry January peut avoir des retours d'expériences sérieux. Ainsi, 71% des participants dorment mieux, 88% des participants économisent de l’argent et 80% des participants disent mieux contrôler leur consommation d’alcool.

"Le plus important de ces résultats c'est que 80% des participants au Dry January modèrent leur consommation d'alcool pendant au moins six mois." 

 À Strasbourg, le premier Dry January sera un peu timide "faute de temps. Nous allons relayer la campagne sur les réseaux sociaux et communiquer en interne aux agents, via l’intranet de la collectivité et la médecine du travail. Les vœux de la maire en janvier sont généralement sans alcool, c’est aussi une potentielle occasion pour sensibiliser les agents à réfléchir sur leur consommation." Mais l'année prochaine, la ville devrait organiser conférences et débats tout le mois de janvier autour de ces problématiques. 

Et les risques professionnels dans tout ça ?

  • Le risque d’accident du travail grave est multiplié par 2 chez les hommes consommant au moins 4 verres d’alcool par jour, et chez les femmes consommant au moins 2 verres par jour.
  • Conduire sous l’emprise de l’alcool multiplie par 17,8 le risque d’être responsable d’un accident routier mortel.

Autant de raisons pour lesquelles il peut valoir le coup de se pencher sur ce défi de début d'année.