Emmanuel Macron à Strasbourg : Europe, inauguration et hommage à deux héros de l'attentat

Emmanuel Macron arrive au Conseil de l'Europe et signe le livre d'or ce mardi 1er octobre. / © P. DEZEMPTE FRANCE 3 ALSACE
Emmanuel Macron arrive au Conseil de l'Europe et signe le livre d'or ce mardi 1er octobre. / © P. DEZEMPTE FRANCE 3 ALSACE

Emmanuel Macron a passé cette journée du 1er octobre dans la capitale alsacienne. Le président de la République a célèbré les 70 ans du Conseil de l'Europe, a inauguré le nouveau théâtre du Maillon avant de saluer le courage de deux héros de l'attentat de Strasbourg.

Par Claude Lepiouff

Le programme est chargé pour Emmanuel Macron en visite à Strasbourg. Ce mardi 1er octobre, le président de la République monte à la tribune du Conseil de l’Europe qui célèbre en cette année 2019 ses 70 ans. Il se rend ensuite à l’opéra écouter l'hymne européen interprété par l'orchestre philharmonique de Strasbourg. Puis, dans le quartier du Wacken il inaugure le nouveau site du théâtre du Maillon
Pour finir, le chef de l’Etat décore de la Légion d'honneur deux héros de l'attentat de Strasbourg, Damian Myna, un citoyen qui avait tenté d'arrêter Chérif Chekatt et avait reçu 11 coups de couteau et un gardien de la paix ayant participé à la neutralisation du terroriste le 13 décembre 2018.


Emmanuel Macron décore de la Légion d’Honneur deux héros de l’attentat de Strasbourg

C’est le temps fort de cette journée qui s’achève à Strasbourg. A 19h à l’hôtel de la préfecture, devant une centaine de personnes, le président de la République remet l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur à Damian Myna. Ce citoyen et musicien de 28 ans avait tenté de neutraliser Chérif Chekatt, l’auteur de l’attentat de Strasbourg. Il avait reçu 11 coups de couteau. Hospitalisé plusieurs mois, le jeune homme de 28 ans a pu rentrer chez lui au printemps.
 


Egalement honoré, un gardien de la paix de 35 ans qui a participé à la neutralisation du terroriste avec deux de ses collègues, le 13 décembre après deux jours de traque dans les rues de la capitale européenne. Tous deux ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur le 14 juillet dernier.

Emmanuel Macron évoque : "Cette nuit de fête étincelante déchirée par obscurantisme... Mais au milieu de l'effroi général, des héros se sont révélés. Car vos actes furent héroïques, je ne connais pas d'autres mots pour dire ce que vous avez fait." 

Puis le chef de l'Etat s'adresse à Damian Myna : "Vous avez eu le réflexe viscéral et sublime de résister... Au péril de votre vie vous avez lutté au corps à corps avec un apôtre du néant que je ne veux pas nommerPour les valeurs de fraternité que vous opposez à la tentation de la haine et du repli, il est juste que la République vous fasse chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur".

Je n'oublierai jamais ce jour d'après où vous m'avez accueilli dans votre ville pour nous expliquer ces 48 heures de lutte. Je n'oublierai jamais ce silence à Strasbourg.
Emmanuel Macron

Le président de la République a loué ensuite le second héros : "Le sens du service de la France semble couler dans vos veines". Il rappelé la bravoure du fonctionnaire de police :  "Ce 13 décembre 2018 vos 2 collègues et vous aviez en tête photographie du suspect. Depuis votre véhicule vous avez aperçu silhouette de dos et avez été alerté par des similitudes vestimentaires. Vous l'avez sommé de se retourner et il a tiré. Une balle est passée à 10 cm de votre tête. Vous et un collègue avez répliqué, neutralisant le terroriste. Votre réactivité à épargné une dizaine de vies. Vous avez fait honneur à la belle devise de la police nationale. Vous avez monté la garde autour de nos valeurs républicaines... Vous incarnez le visage d'une France qui sait garder le cap dans les orages."

L'attentat s'est déroulé le 11 décembre 2018 à Strasbourg vers 19h50. Cherif Chekatt, un Strasbourgeois de 29 ans, a tué cinq personnes et en a blessé dix autres dans le centre de la ville. L'auteur des coups de feu a été abattu par la police le 13 décembre, dans le quartier du Neudorf à Strasbourg.


Le président de la République inaugure le nouveau théâtre du Maillon– scène européenne 

Vers 17h, l’architecte italien Umberto Napolitano (LAN Architecture) concepteur du nouveau Maillon invite Emmanuel Macron à visiter le théâtre.
 
Umberto Napolitano (LAN Architecture) concepteur du nouveau Maillon et Emmanuel Macron. / © MARC SCHMITT FRANCE 3 ALSACE
Umberto Napolitano (LAN Architecture) concepteur du nouveau Maillon et Emmanuel Macron. / © MARC SCHMITT FRANCE 3 ALSACE

"Strasbourg est une ville de théâtre, elle a enfanté de grands comédiens, Claude Rich, Alex Lutz, Germain Muller. Elle recèle en son sein une école de théâtre, de multiples salles prestigieuses. Chacune a sa spécificité et le Maillon est complémentaire de ces salles. C’est parce que Strasbourg est une capitale européenne qu’elle a besoin de cette part de culture, de ce théâtre", a expliqué le chef de l'Etat.


L’opéra du Rhin célèbre l’Europe

Emmanuel Macron rejoint Roland Ries, maire de Strasbourg, vers 15h devant l'opéra du Rhin. La France assure actuellement la présidence tournante du Comité des ministres du Conseil de L’Europe.
 

Emmanuel Macron et Roland Ries devant L'opéra du Rhin, le mardi 1er octobre 2019. / © Jean-Marc LOOS/MaxPPP
Emmanuel Macron et Roland Ries devant L'opéra du Rhin, le mardi 1er octobre 2019. / © Jean-Marc LOOS/MaxPPP

La cérémonie de célébration du 70e anniversaire de l'institution se déroule dans l’opéra. L’ancien Premier ministre espagnol Felipe Gonzales a notamment été invité. L'orchestre philharmonique de Strasbourg joue l'hymne européen et le troisième mouvement de la symphonie numéro 1 de Mahler. Emmanuel Macron rapelle la force culturelle du continent européen dans un discours d'avenir et d'espoir.
 

 

Discours devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Le chef de l'Etat se rend vers 12h au Conseil de l'Europe. L'institution implantée à Strasbourgi fête ses 70 ans et rassemble 47 États européens, dont la Russie et la Turquie. Le président français signe le livre d'or avant de prononcer un discours.

"Faire l'Europe n'est pas naturel", déclare Emmanuel Macron. "Les doutes et les critiques sont légitimes. Mais n'oublions jamais ce que l'entrée de la Russie au Conseil a apporté aux citoyens russes." Il n'y a "pas de complaisance mais une exigence à l'égard de la Russie et de notre organisation pour qu'elle soit plus crédible".
 

Le président français déplore que le droit d'asile "disparaîtrait" si aucune mesure n'était prise pour lutter contre "son contournement", voire "son détournement". Il insiste sur la nécessité de réformer la "maîtrise des flux migratoires" et "la protection du droit d'asile"."Si nous laissons le droit d'asile devenir objet de détournement, de trafic, il disparaîtra", prévient-t-il.

Avec près de 110.000 demandes de droit d'asile, la France se situait en 2018 au 4e rang selon l'OCDE, juste derrière la Turquie (116.000) et l'Allemagne (162.000). Mais alors que les demandes sont à la baisse en Allemagne, elles ont augmenté de 20% en France en 2018 pour la seconde année consécutive, avec de nombreux dossiers albanais et géorgiens que les pouvoirs publics estiment largement infondés. M. Macron a récemment relancé le débat sur l'immigration en appelant à le regarder "en face" car "la France ne peut pas accueillir tout le monde si elle veut accueillir bien". Un débat parlementaire sur l'immigration doit se tenir la semaine prochaine en France.


Entretien avec Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien récemment libéré des geôles russes

La journée débbute vers 11h10 à la représentation permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe. Le président Macron s'entretient pendant une demi-heure avec Oleg Sentsov, le réalisateur qui a fait partie des 70 prisonniers échangés début septembre entre la Russie et l'Ukraine. Il salue sa libération et rappelle l'engagement de la France pour le réglement du conflit russo-ukrainien. Oleg Sentsov remercie la France pour le soutien constant apporté à sa libération depuis le départ. 
 

Originaire de Crimée, M. Sentsov avait été arrêté chez lui en 2014 après avoir protesté contre l'annexion de sa région. Sa condamnation à 20 ans de camp en Russie pour la préparation d'"attaques terroristes" avait provoqué une mobilisation internationale. L'Ukraine et les pays occidentaux accusent la Russie de soutenir militairement les rebelles pro-russes, tandis que la Russie a dit espérer la "normalisation" de ses rapports avec Kiev après l'élection en avril à la présidence ukrainienne de l'ex-comédien Volodymyr Zelensky. La France et l'Allemagne espèrent la tenue, dans les prochaines semaines, d'une réunion à quatre avec les présidents russe et ukrainien pour avancer vers la paix.

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