Grève du 9 janvier : quatre manifestants strasbourgeois nous expliquent pourquoi ils ont défilé contre la réforme

Un bûcheron, une orthophoniste, une enseignante et un contrôleur SNCF nous expliquent pourquoi ils sont contre la réforme des retraites. / © M.K./France Télévisions
Un bûcheron, une orthophoniste, une enseignante et un contrôleur SNCF nous expliquent pourquoi ils sont contre la réforme des retraites. / © M.K./France Télévisions

Enseignants, avocats, intermittents... En ce quatrième jour de grande manifestation, plusieurs milliers de manifestants se sont mobilisés contre la réforme des retraites en Alsace, notamment à Strasbourg. Quatre d'entre eux nous expliquent pourquoi ils étaient dans la rue ce jeudi 9 janvier.

Par Claire-Line Nass et Muriel Kaiser

Ils étaient plusieurs milliers, ce jeudi 9 janvier, à défiler dans les rues de Strasbourg. Des manifestants tous motivés par des raisons différentes mais unis contre la réforme des retraites. Nous avons rencontré quatre d'entre eux, qui nous expliquent pourquoi ils manifestent.


Jean-Noël Braun, 41 ans, bûcheron : "Je voudrais pouvoir profiter de mes petits-enfants"

"Bûcheron, c’est un métier difficile et dangereux. En vingt ans de forêt, j’ai déjà eu plusieurs accidents. Alors, on a besoin d’une reconnaissance des particularités et de la pénibilité de notre métier. Cela n’a pas de sens d’avoir un système pour plein de métiers différents. D’après la Mutuelle sociale agricole, notre Sécurité sociale, l’âge de vie moyen d’un bûcheron est de 62 ans et demi. Et la réforme veut nous faire travailler jusqu’à 64 ans ! Je voudrais pouvoir un jour profiter de mes petits-enfants, mais sans la reconnaissance de la pénibilité de mon travail pour pouvoir partir à la retraite plus tôt, ce sera tout simplement impossible."
 
Jean-Noël Braun est bûcheron depuis vingt ans dans la Vallée de la Bruche. / © Muriel Kaiser. France Télévisions
Jean-Noël Braun est bûcheron depuis vingt ans dans la Vallée de la Bruche. / © Muriel Kaiser. France Télévisions


Marion Hautot, 32 ans, orthophoniste : "Autant changer de métier"

"Le gouvernement ne prend pas en compte les régimes autonomes, comme celui des orthophonistes, or notre caisse se porte bien. Elle est même excédentaire et reverse chaque année au régime général. Le projet de loi prévoit une hausse des cotisations. De 14%, elles passeront à 28%. Ce qui signifie qu’au lieu de payer 50% de charges sur notre chiffre d’affaires, on arriverait entre 60% et 65%. Concrètement, je serais contrainte de fermer mon cabinet car les tarifs que nous exerçons sont conventionnés, donc fixes. Pourtant, on fait face à une saturation du nombre de patients. Les listes d’attente s’allongeraient donc d’autant plus. Si la réforme aboutit, c’est notre vie actuelle qui en pâtira. On n’aura plus les moyens de vivre correctement, donc autant changer de métier."
 
Orthophoniste, Marion Hautot craint pour l'avenir des libéraux. / © Muriel Kaiser. France Télévisions
Orthophoniste, Marion Hautot craint pour l'avenir des libéraux. / © Muriel Kaiser. France Télévisions
 

Cléa, 29 ans, professeure des écoles : "Cette perspective est décourageante"

"La retraite à points, ce serait une perte considérable pour les enseignants. Notre système actuel est un peu particulier, on accepte de gagner un peu moins en début de carrière, mais on augmente progressivement. Et notre retraite se calcule à partir des six derniers mois de notre carrière, période pendant laquelle on gagne le plus. Avec le système à points, on prend en compte toute notre carrière pour calculer la retraite. Selon un calcul hypothétique, ça peut correspondre à une perte mensuelle de 600 à 900 euros. Et en comptant une vingtaine d’années de retraite, on arrive à une perte de 200.000 euros. J’exerce depuis seulement quatre ans, alors cette perspective est décourageante."
 
Cléa, jeune enseignante, se mobilise depuis le début du mouvement de contestation. / © Muriel Kaiser. France Télévisions
Cléa, jeune enseignante, se mobilise depuis le début du mouvement de contestation. / © Muriel Kaiser. France Télévisions


Jean-Paul Jaeger, 57 ans, contrôleur SNCF : "Je manifeste pour les jeunes"

"Je prends ma retraite au mois de septembre 2020. Ma retraite, elle est acquise. Je manifeste pour ceux qui suivent. Je pense aux jeunes, aux copains qui ont 40 ans et à qui il reste vingt ans de travail. Ces jeunes risquent de se retrouver avec 1.000 euros de retraite par mois. J’ai peur pour leur avenir : qu’est-ce qu’on leur réserve ? Pour les roulants, finir à 64 ans, ce n’est juste pas possible. Le système à points, c’est une arnaque, on ne connaît pas la valeur du point. Je suis en grève depuis le 5 décembre. Pour moi, il faut rester sur le système de retraite actuel. J’espère que le gouvernement va retirer la réforme."
 
Jean-Paul Jaeger manifeste pour l'avenir de ses enfants. / © Muriel Kaiser. France Télévisions
Jean-Paul Jaeger manifeste pour l'avenir de ses enfants. / © Muriel Kaiser. France Télévisions

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