Bas-Rhin : fermeture d'une classe à la rentrée au collège à Hochfelden, des élèves dans le couloir

Publié le Mis à jour le

Les parents d'élèves sont en colère depuis l'annonce en début de semaine de la fermeture d'une classe au collège Gustave Doré à Hochfelden à la rentrée prochaine. Pour gérer les sureffectifs, la direction du collège envisage d'installer des élèves dans le couloir.

C'est par un simple mail de la direction du collège Gustave Doré d'Hochfelden (Bas-Rhin) que les parents ont appris la nouvelle : à la rentrée prochaine, une classe de 4e sera fermée, ce qui porterait les effectifs à 31 ou 32 élèves par classe. L'équipe de direction annonce qu'elle sera contrainte de "condamner la deuxième porte des salles de classes (porte de secours)" pour y installer les élèves supplémentaires.

"Au nom de l’équité due à chaque élève et pour respecter les consignes de sécurité, 30 personnes seront assises dans les salles et les deux personnes supplémentaires seront installées dans les couloirs pour suivre les cours. Pour chaque classe concernée, un roulement sera mis en place pour informer chaque élève des jours où il sera installé dans le couloir." Le mail des directeurs a choqué les parents d'élèves.

"Je suis dégouté, déçu, abasourdi par la proposition de la direction du collège". Jérôme, père d'un collégien, ne trouve pas assez d'adjectifs pour qualifier cette annonce : "Ce n'est pas de leur faute mais comment peut-on proposer de mettre les élèves dans le couloir et comment espérer avoir une éducation de qualité dans ces conditions en 2022 ? Ce n'est pas acceptable. Dans une entreprise, on s'expose à des risques légaux si on passe outre la sécurité, mais pas dans un collège ?"

"C'est scandaleux", analyse Christian Prud'homme, père d'un autre collégien. "Le nombre d'élèves n'a pas augmenté d'un coup, c'était prévisible ! Il y a vraiment un problème d'anticipation."

Au nom de l’équité due à chaque élève et pour respecter les consignes de sécurité, 30 personnes seront assises dans les salles et les 2 personnes supplémentaires seront installées dans les couloirs pour suivre les cours. Pour chaque classe concernée, un roulement sera mis en place pour informer chaque élève des jours où il sera installé dans le couloir.

Direction du collège Gustave Doré d'Hochfelden

Jérôme est très soucieux. Selon lui, les parents et les enfants ne sont pas pris en compte. "On sort de deux années où on a demandé aux parents de travailler et de surveiller leurs enfants en même temps, on a tous fait des efforts, mais là, on remet les enfants à l'école, et on est en train de fermer des classes un peu partout. Ca peut s'entendre s'il y a moins d'élèves, mais là ce n'est pas le cas du tout ! Quand j'étais petit, 25-26 enfants, c'était une grosse classe, là c'est 31-32 ? Ca veut dire quoi ? On ferme une classe alors qu'il y a trop d'élèves, c'est incompréhensible".

Inégalités plus fortes

Pour Christian Prud'homme, les obligations régaliennes de l'Etat ne sont pas respectées : "Jusqu'à 16 ans, les enfants doivent aller à l'école, donc il y a une obligation de donner les moyens d'apprendre à tous les enfants. Avec des classes surchargées, les apprentissages ne pourront pas se faire correctement".

"Seuls les enfants soutenus et aidés par leurs parents s'en sortiront bien. Ca va creuser encore plus les inégalités. Il faut la même instruction pour tous", martèle ce père engagé, "certains parents vont retirer leur enfant du collège, ils vont aller vers le privé ou d'autres collèges, ça ne règle rien".

Les parents comprennent bien que la direction n'a pas le choix et qu'elle essaie sans doute de faire réagir le rectorat. Jérôme ne voit pas quelles autres solutions seraient possibles : "réadapter des salles plus grandes en salles de classe se ferait forcément au détriment des autres matières (arts plastiques, technologie, théâtre), ce n'est pas non plus une solution. Cette décision a été prise d'en haut, sans se rendre compte sur place de ce que cela veut dire. On détruit le système de santé et l'éducation, là où au contraire il faudrait investir, pour réduire les inégalités, pas en créer de nouvelles !"

Enfants handicapés non pris en compte dans les effectifs

L'autre problème soulevé par ces parents, c'est la non prise en compte des enfants handicapés. La direction rappelle dans son mail que l’ouverture de la 7ème classe de 5ème avait eu lieu "en raison du nombre élevé d’élèves qui a des besoins éducatifs particuliers. En effet, 6 élèves de ce niveau de 5ème ont été accompagnés par des auxiliaires (AESH) pendant les heures de classe ainsi que 7 élèves, relevant du dispositif ULIS, intégrés dans les classes à hauteur de 60% de leur temps, également accompagnés par des AESH". Mais les mêmes arguments ne tiendraient plus pour le passage de ces mêmes enfants en 4e.

"Il ne faut pas niveler vers le bas, il faut la même instruction pour tous", insiste Christian Prud'homme. "Parce qu'il y a des enfants accompagnés par des auxiliaires AESH, il faut qu'ils soient encore moins nombreux ! Ces auxiliaires ne sont pas là tout le temps, et l'enseignant ne peut pas gérer autant d'enfants avec toutes ces problématiques".

Contacté par les parents inquiets, le député du Bas-Rhin Patrick Hetzel (Les Républicains) a contacté le directeur académique Jean-Pierre Geneviève qui lui "a promis de voir ce qu'il est possible de faire".

C'est un sujet à traiter au niveau national : je souhaite que les effectifs des Ullis soient pris en compte automatiquement.

Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin

"La prise en compte du handicap se pose avec acuité, parce que dans cette histoire, on ne prend pas en compte ces enfants, ce qui est surprenant. Je ne comprends pas cette logique, et c'est très gênant d'apprendre ça en juillet", réagit Patrick Hetzel. "Il y a à Hochfelden un problème de nature pédagogique, mais aussi de gestion de l'espace."

Il rappelle que les enfants handicapés ne comptent pas dans l'effectif, puisque certains ne seraient pas là toute la journée, notamment les enfants du dispositif ULIS (Unités localisées pour l'inclusion scolaire). "C'est un sujet à traiter au niveau national : je souhaite que les effectifs des ULIS soient pris en compte automatiquement". Patrick Hetzel, lui-même ancien directeur académique, assure qu'il défendra cet argument dans les rangs de l'Assemblée Nationale.

Il y aurait aussi un problème de fermeture de classe dans l'école primaire d'Hochfelden, le député essaie là aussi de faire bouger les choses. 

Dans un communiqué, l'académie de Strasbourg se veut rassurante pour les familles. Elle explique que le collège d'Hochfelden a fait l'objet d'une fermeture d'une classe de 4e mais aussi d'une ouverture d'une classe de 6e (hors ULIS). Elle précise également qu"au moment des arbitrages, a été identifié un nombre de places vacantes suffisantes pour permettre, après fermeture d’une division de 4e, l'inclusion des élèves d'ULIS de cette classe d’âge sur ce même niveau, en cohérence avec leur projet personnalisé de scolarisation", que "tous les élèves seront accueillis dans de bonnes conditions à la rentrée prochaine", et que "la direction départementale des services de l’Éducation nationale du Bas-Rhin travaillera avec la direction de l’établissement sur l'organisation de l'inclusion des élèves, niveaux de classe, disciplines et modalités pédagogiques pour s’assurer d’une rentrée scolaire 2022 sereine au collège Gustave-Doré de Hochfelden.

Les parents du collège d'Hochfelden envisagent de lancer une pétition.