"Je refuse des chantiers" : les prix du stationnement au centre-ville de Strasbourg mettent les artisans en colère

Électriciens, carreleurs, plâtriers : certains artisans réfléchissent à deux fois avant d’accepter de faire des travaux au centre-ville de Strasbourg. En cause, un stationnement trop cher et beaucoup de paperasse. De son côté, la mairie estime avoir simplifié les démarches et assoupli ses tarifs.

Nassim habite dans le quartier des Halles à Strasbourg. Il y a quelques mois, le voilà qui rencontre un problème de sanitaire dans son appartement. Une à une, toutes les sociétés qu'il contacte pour déboucher son évier déclinent. "Parce que je n'ai pas d'ascenseur dans mon immeuble, mais aussi parce que les artisans me disaient que c'était trop galère de se garer au centre-ville", indique le jeune homme, qui a fini par trouver son sauveur, après avoir passé près d'une dizaine d'appels.

Les exemples de ce type seraient légion actuellement. David (le nom a été modifié à sa demande), électricien à son compte dans le secteur de Haguenau, a décidé de "refuser de plus en plus souvent les offres de chantier dans le centre-ville" de la capitale alsacienne. "J'évite aussi l'avenue des Vosges quand je le peux. C'est devenu trop contraignant, d’autant plus que je tourne parfois une éternité pour trouver une place", ajoute-t-il.

Je me suis fait traiter de voleur, après avoir rendu un devis

David, électricien à son compte

La principale de ces "contraintes", comme il les appelle, c'est le prix du stationnement. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, les professionnels qui se garent dans le cadre de leur activité à Strasbourg se voient proposer plusieurs offres. Avant, la seule possibilité était de payer 11 euros pour un forfait à la journée. La municipalité y a ajouté un forfait à la demi-journée de 5,50 euros, mais aussi des abonnements mensuel et annuel d'un montant respectif de 60 et 600 euros.

De la demi-journée à l'année, des forfaits spécifiques pour les professionnels

Le principe est valable sur chacune des 60 000 places payantes que compte Strasbourg actuellement, indépendamment que l'on se situe dans une zone rouge, orange ou verte. "Pour en bénéficier, il faut se signaler auprès de la société Indigo-Streeteo, qui gère le stationnement en ville, explique Pierre Ozenne, adjoint chargé des espaces publics partagés. Les artisans peuvent enregistrer plusieurs véhicules. Il suffit ensuite à passer par une application pour régler en ligne ou un horodateur en renseignant la plaque d'immatriculation qui figure dans les fichiers. Ces différents forfaits permettent de donner plus de souplesse selon les impératifs des uns et des autres."

Si ce principe a été discuté en bonne intelligence fin 2023 entre la ville, une quarantaine de corporations, la Chambre des métiers et de l'artisanat et la Chambre de commerce et de l'industrie, les tarifs demeurent trop élevés aux yeux de Jean-Luc Hoffmann, président de la CMA.

"Beaucoup d'entreprises me disent qu'elles préfèrent largement choisir un chantier à Brumath, par exemple, plutôt qu'à Strasbourg. C'est la double peine. Pour nos métiers, mais aussi pour les commerçants et les particuliers du centre-ville qui ont du mal à trouver des entreprises pour des interventions", témoigne-t-il, confirmant la tendance, conjuguée à la volonté assumée de la majorité écologiste de réduire la circulation dans l'Eurométropole.

Laurent Ruh, patron de RH propreté, une société spécialisée dans l'hygiène et le nettoyage, a payé ainsi près de "11 000 euros" en 2023 pour sa flotte de sept véhicules. "Ce budget pèse sur les entreprises, c'est certain. Pourtant, on ne se rend en ville pas pour se promener", ironise le gérant.

Au détriment des commerçants et des particuliers du centre-ville

Cela n'est pas sans conséquence. David s'est ainsi vu traiter de "voleur" par un client du côté du Faubourg National, en étant accusé de "répercuter le prix du stationnement" sur le devis. Jorge est plâtrier et carreleur depuis 24 ans à Bischheim. Il confirme: "C'est un peu le bordel actuellement, d'autant que la mairie réduit petit à petit le nombre de places. Je ne peux pas me garer à Schiltigheim pour éviter de payer. Ça ferait beaucoup trop de matériel à transporter."

Pierre Ozenne, se défend. "Un artisan intervenant régulièrement à Strasbourg payera désormais 600 euros par an plutôt que 3000, c'est tout de même assez significatif, estime l'adjoint à la mairie. L'autre point d'achoppement que les artisans dénoncent, c'est le principe de simplicité prônée par la municipalité n'est qu'une façade, selon lui.

"J'utilise l'application EasyPark. À chaque transaction, en tant que professionnel, je paye 10 centimes. Toutes ces opérations me font faire de la paperasse et c'est de la comptabilité en plus. Je n'ai sincèrement pas le temps de me consacrer à ça", argumente David.

À venir, la régulation des véhicules dans les zones piétonnes

Quelques imbroglios sont encore à prévoir, avec une nouvelle mesure envisagée pour réguler les véhicules en circulation et en stationnement dans les zones piétonnes, en dehors des horaires de livraison. Actuellement, ces secteurs sont gratuits, et pléthore de métiers y ont accès en demandant l'autorisation directement à la borne. La ville envisage, à terme, de faire payer une redevance.

"Sans dire qu'il y a des abus, il faut réguler ces flux, juge Pierre Ozenne. On voulait mettre en place une contribution dès janvier 2024 mais, en discutant avec les acteurs concernés, cela nous a semblé un peu prématuré et nous demandons pour le moment aux professionnels de fournir une autorisation. La leçon, c'est aussi qu'il faut faire de la pédagogie et mieux expliquer comment le système actuel fonctionne."

Pour Jean-Luc Hoffmann, tout cela ajoute "des complications administratives". Les quelques professionnels ayant investi dans un vélo-cargo ne changent rien à l'affaire. "Cela ne concerne qu'une minorité d'artisans strasbourgeois, c'est impossible pour ceux qui viennent de l'extérieur de l'agglomération", conclut le président de la CMA, pour qui la politique actuelle dans l'Eurométropole ne "va pas dans le sens du bien-être de l'économie locale."

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