La justice européenne a validé l'arrêt des soins à Vincent Lambert

Publié le Mis à jour le
Écrit par Philippe Dezempte
Viviane Lambert, la maman de Vincent, avec son avocat Jean Paillot devant la presse à La Cour européenne des droits de l'Homme ce matin. AFP
Viviane Lambert, la maman de Vincent, avec son avocat Jean Paillot devant la presse à La Cour européenne des droits de l'Homme ce matin. AFP

La justice européenne a validé vendredi l'arrêt de l'alimentation artificielle de Vincent Lambert mais les parents du tétraplégique ont annoncé qu'ils allaient
poursuivre leur combat pour son maintien en vie.( Avec AFP)

Sur les marches de la Cour européenne des droits de l'Homme, Viviane Lambert, la mère de Vincent, s'est dite "scandalisée" et prête à se battre "encore nuit et jour". "Nous ne laisserons pas quelques robes noires et blouses blanches mettre à mort Vincent Lambert", a lancé, solennel, Me Jérôme Triomphe, l'un de ses avocats.
durée de la vidéo: 01 min 41
La décision de la Cedh ce vendredi
C'est à la demande des parents Lambert, d'une de ses soeurs et d'un demi-frère que la Cour de Strasbourg avait suspendu il y a près d'un an, en attendant de se prononcer au fond, la décision du Conseil d'Etat en faveur de l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation artificielles. Les parents estimaient qu'une telle mesure violerait son droit à la vie et qu'il s'agirait d'une torture. Dans un arrêt définitif qu'ils n'ont pas adopté à l'unanimité (12 voix contre 5), les juges de la Grande Chambre de la Cour leur ont donné tort, estimant qu'il "n'y aurait pas violation" de la convention européenne des droits de l'Homme en cas de mise en oeuvre de l'arrêt du Conseil d'Etat.

Victime d'un accident de la route en 2008, qui lui a occasionné des lésions cérébrales irréversibles, Vincent Lambert, 38 ans, est actuellement hospitalisé dans une unité de soins palliatifs au CHU de Reims. La décision d'arrêt des soins, prise dans le cadre de la procédure prévue par la loi Léonetti de 2005, correspondait au souhait de Rachel Lambert, l'épouse de Vincent, soutenue par cinq frères et soeurs de son époux, convaincus qu'il n'aurait pas souhaité vivre dans cet état.

La Cour est allée dans leur sens, considérant que le Conseil d'Etat avait pu "estimer que les témoignages qui lui étaient soumis étaient suffisamment précis pour établir quels étaient les souhaits de Vincent Lambert", et rejetant l'avis contraire des parents sur ce point.

Rachel Lambert s'est dite "bouleversée" par la décision de la CEDH: "Il n'y a pas de soulagement ou de joie à exprimer. (...) On aimerait que sa volonté soit faite". Pour son avocat, Me Laurent Pettiti, il "serait très sage de respecter cette décision" de la CEDH. "Toutes les voies internes ont été épuisées et la voie européenne aussi", a-t-il souligné. Mais les parents n'entendent pas baisser les bras. Leurs avocats ont estimé que le CHU de Reims devait prendre "une nouvelle décision médicale", dans la mesure où celle qui a été validée par la CEDH avait été prise par un médecin qui n'est aujourd'hui plus en poste. De nouveaux recours en justice seraient dès lors à nouveau envisageables en France, estime Me Jean Paillot, conseil des parents. Selon lui, la Cour a validé "la mise sous sédation profonde et définitive d'une personne handicapée qui n'est ni malade ni en fin de vie, et ceci jusqu'à ce que mort s'en suive". Désormais en Europe "il est licite de supprimer les personnes handicapées qui seraient considérées comme devenues inutiles", s'est-il emporté, regrettant un "tournant majeur dans les droits fondamentaux".

L'état de Vincent Lambert fait l'objet de désaccords. "Il n'est pas en fin de vie, il est handicapé", soutient Viviane Lambert. Il "n'est pas en état végétatif, mais en situation d'état pauci-relationnel", un degré de conscience permettant des interactions avec son environnement, affirme de son côté le Dr Bernard Jeanblanc, responsable d'un service accueillant des patients à la conscience altérée près de Strasbourg, et proche des parents Lambert. L'expertise médicale réalisée à la demande du Conseil d'Etat avait au contraire estimé qu'il était dans un état végétatif irréversible. Son maintien artificiel en vie relèverait d'une "obstination déraisonnable", compte tenu des souhaits qu'il aurait exprimés avant son accident, rapportés par sa femme, avait considéré le Conseil d'Etat.

Dans son arrêt, très attendu en France et ailleurs en Europe dans le cadre du débat sur la fin de vie, la CEDH ne s'est pas contentée de valider la décision prise concernant Vincent Lambert. Elle a aussi validé sa base légale, la loi Léonetti, "suffisamment claire pour encadrer de façon précise la décision du médecin". Le député Jean Léonetti, auteur de ce texte, s'est dit "soulagé que la loi ne soit pas remise en cause". La Cour a également reconnu au passage "une marge d'appréciation" aux Etats européens en matière de fin de vie.

L'association "Mourir dans la dignité" s'est félicitée que la volonté de Vincent Lambert puisse enfin être respectée. Tout en dénonçant que la loi Léonetti qui n'autorise pas son euthanasie, mais simplement une "procédure inhumaine" consistant à attendre qu'il meure d'épuisement après l'arrêt de son alimentation.

 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.