Luc Ravel, archevêque de Strasbourg : “la condamnation du cardinal Barbarin est un signe d'une force inouïe”

Monseigneur Ravel a récemment appelé les victimes d'abus sexuels à sortir du silence / © M.-C. Lang
Monseigneur Ravel a récemment appelé les victimes d'abus sexuels à sortir du silence / © M.-C. Lang

Le cardinal Barbarin a été condamné ce jeudi à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre. Il a annoncé qu'il allait remettre sa démission et qu'il fera appel du jugement. L'archevêque de Strasbourg y voit un choc "violent, mais salutaire".

 

Par Claire Peyrot

Le cardinal Philippe Barbarin a été condamné ce jeudi 7 février par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour la non-dénonciation des agressions pédophiles d'un prêtre de son diocèse. Interrogé par France 3 Alsace, Luc Ravel, l'archevêque de Strasbourg reconnaît "un coup de tonnerre" dans l'Eglise. 


Quelle est votre réaction ?

Le cardinal Barbarin est condamné à six mois de prison avec sursis, il va faire appel et il déclare immédiatement qu’il va présenter sa démission au pape dans quelques jours. Pour moi, ce sont des chocs violent. D’abord parce qu’on savait que le délibéré, c’était aujourd’hui mais le procureur de la République avait demandé la relaxe et on pensait qu’il allait suivre, donc là il y a un signe d’une force inouïe. Et puis, c’est un choc parce qu’on est évêque, on a des dossiers à gérer et personne aujourd’hui ne peut dire qu’il a correctement géré ces dossiers et les dossiers qu’il a gérés de ces prédécesseurs. En tout cas moi, ce que j’admire immédiatement et ça, ça ne me surprend pas de lui, c’est droiture du cardinal Barbarin : s’il y a condamnation, je donne ma démission. Ça, c’est quand même toute sa noblesse.


Cette démission, c'était inéluctable? 

Dans l’Eglise, on a un principe simple : on présente sa démission, elle est acceptée ou elle est refusée. Donc, celui qui aujourd’hui va devoir prendre la décision, c’est le pape François. Il devra se dire : j’accepte la démission du cardinal Barbarin parce que la condamnation est [...] extrêmement violente. Un cardinal archevêque de Lyon, c’est énorme. Est-ce que j’accepte la démission et je fais taire le scandale? Ou est-ce que je laisse le cardinal Barbarin en place? Auquel cas, il faudra qu’il gère son diocèse [...] dans un contexte ou l’opinion publique demande la tolérance zéro. C’est très compliqué pour le pape François.
 


Que va-t-il se passer maintenant?

Ce qui pourrait être logique, puisqu’on parle de la justice et de la justice civile, et vous savez que j’ai pris des positions très nettes dans ce sens, c’est peut-être d’attendre l’achèvement de la justice civile française : puisqu’il y a recours, ça veut dire que peut-être, il n’y aura pas de condamnation. Il est possible que le pape dise : attendons d’avoir le jugement définitif de la justice française pour que moi-même je prenne une décision qu’on appelle dans notre jargon "canonique" en acceptant sa démission d’archevêque de Lyon. Peut-être qu’il prendra une décision tout de suite en disant je fais confiance au cardinal Barbarin… Nous savons que le pape François a posé des actes très forts, dans un tout autre contexte, à l’encontre de certains cardinaux, il sait prendre des décisions, mais pour tout vous dire, je n’aimerais pas être à sa place.

 

Cette condamnation, c’est un coup de tonnerre...

C’est un signe fort. Ce n’est pas la première fois, ce sera le troisième évêque français condamné, le dernier c’est André Fort et là, le procureur général d’Orléans avait tapé fort en demandant la prison ferme, donc il a eu huit mois de prison avec sursis, mais c’était déjà un premier signe. Mais là le cardinal Barbarin est une très haute figure de l’Eglise de France donc c’est encore une fois un coup de tonnerre au moment où l’Eglise est déjà bien sonnée par une tempête très forte, les vagues secouent la barque. Et là c’est comme dans une tempête, il y a un éclair qui tombe, un de plus, on s’en sortira, mais on s’en sortira au prix d’une grande vérité, d’une grande droiture et en particulier à l’égard des victimes.


Quelle seront les répercussions? 

Je pense que nous étions tous de façon solidaire non pas sous une chappe de silence ou en tout cas de boue et qu’il fallait vraiment une vibration très forte pour faire vibrer tout ça, on en sortira plus grand mais il y a quand même eu énormément de blessures et de dégâts. Je pense aux victimes, aux familles, à la crédibilité de l’Eglise et pas seulement en France, en Allemagne ou ailleurs… Et tout ça ce sera quand même à reconstruire, à accompagner à aider. Et puis surtout à prévenir, et c’est la mission qu’on s’est donnée en Alsace, la maison Eglise soit une maison sûre.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus