On vous explique le mystère de ces huit obus encastrés dans des immeubles de Strasbourg depuis 1870

Huit obus datant de la guerre de 1870 sont toujours encastrés dans des immeubles à Strasbourg. Récupérés par des propriétaires après les bombardements, ils ont tous été désamorcés puis inclus dans les façades de leurs bâtiments comme symbole de résistance.

Des reliques chargées d’histoire qui passent presque inaperçues aux yeux des passants. Huit obus sont toujours encastrés dans des immeubles de Strasbourg. Datant de la guerre de 1870, qui a opposé la France de Napoléon III à la Prusse de Guillaume Ier, ils n’ont pas explosé en atteignant le sol de la capitale alsacienne. 

Ils font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine de certains bâtiments, dont le plus connu se trouve place de la Cathédrale. Situé sur un coin de la façade d’un hôtel quatre étoiles, l’obus semble avoir été figé dans sa chute. 

D’autres sont tout aussi spectaculaires, comme celui niché sur la façade du restaurant "Au Canon" sur la place du Corbeau. "À l’origine, c’était l’une des premières brasseries strasbourgeoises datant de 1664. Son nom fait à la fois référence à l’expression 'boire un canon' et à l’obus qui a été placé là", explique Véronique Herbreteau, guide-conférencière indépendante à Strasbourg.

Sur la place du Temple Neuf, un autre de ces projectiles surplombe une fenêtre d’habitation et rappelle le bombardement prussien du 24 août 1870, l’un des plus intenses que la ville a connu durant cette guerre. Il a notamment détruit la bibliothèque qui trônait sur cette place. "Cela a été un choc pour les Strasbourgeois, plusieurs ouvrages médiévaux ont péri dans les flammes dont la célèbre encyclopédie ‘Hortus deliciarum’", précise la guide. 

Les cinq autres se trouvent dans les rues Sainte Elisabeth, d’Austerlitz, du Vieux Marché aux Grains, quai Saint Nicolas et enfin quai des Pêcheurs. "Ce sont tous des obus prussiens, provenant de l'usine allemande Krupp. Les propriétaires strasbourgeois les ont récupérés et désamorcés", retrace Véronique Herbreteau, "Ils les ont ensuite encastrés dans les immeubles, lors de la reconstruction, pour vraisemblablement se souvenir du bombardement et de l’acharnement des adversaires".

200 000 obus tirés sur Strasbourg

Le 19 juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre au roi de Prusse, en réaction à la fameuse "Dépêche d’Ems", qui était en réalité un télégramme modifié volontairement. Quelques semaines plus tard, les Allemands attaquent l’Alsace et remportent les batailles de Wissembourg et de Frœschwiller-Wœrth. 

C’est l’un des premiers sièges qui a touché une population civile

Véronique Herbreteau, guide conférencière indépendante à Strasbourg

Les Prussiens décident ensuite d’assiéger Strasbourg entre le 13 août 1870 et le 27 septembre 1870. Durant cette période, les habitants vont connaître plus de 46 jours de bombardements provenant du camp adverse. Au total, ce sont environ 200 000 obus qui vont être tirés sur la capitale alsacienne. "C’est phénoménal, cela fait environ 300 obus par heure. C’est l’un des premiers sièges qui a touché une population civile", affirme la guide strasbourgeoise. 

Fin septembre, un drapeau blanc est hissé sur la flèche de la cathédrale, qui a elle aussi été bombardée, pour symboliser la fin du conflit. Strasbourg est aux mains des Allemands, mais les habitants décident de réutiliser ces obus désamorcés dans la reconstruction de leur propriété. "Ça parait surprenant, mais cela pouvait être une façon de montrer leur résistance face aux Allemands". 

Durant ces 46 jours de bombardements, un tiers de la ville sera détruite et environ 10 000 personnes deviendront sans-abris. Certains incendies endommageront même des monuments emblématiques comme la cathédrale, communément appelée "Môman" par les Strasbourgeois.