Strasbourg : avec le retour des sessions au Parlement européen, "c'est la vie qui revient dans l'hémicycle"

Près d'un an et demi après la dernière session organisée à Strasbourg, les eurodéputés (certains) retrouvent ce lundi 7 juin l'hémicycle du Parlement européen. Pour l'élue alsacienne Anne Sander (PPE), c'est un "soulagement", mieux "une renaissance".

Le parlement européen  à Strasbourg
Le parlement européen à Strasbourg © Vincent Ballester / FTV

Anne Sander côtoie le Parlement européen depuis près de vingt ans. D'abord attachée parlementaire de Joseph Daul en 2000, elle accède à la députation à son tour en 2014 (PPE, groupe du parti populaire européen). Native de Haguenau (67), cette dernière est logiquement une fervente défenseur du siège strasbourgeois. Elle y a son bureau, y va chaque semaine. Sa seconde maison.

Autant dire que depuis seize mois maintenant, seize mois où pour des raisons sanitaires les eurodéputés ont déserté les rives de l'Ill pour Bruxelles, Anne Sander n'était pas jouasse. Et c'est un euphémisme. " Ça a été très dur de voir ce parlement vidé de sa vie, de son sens. Je me suis sentie bien seule à me battre pour que les sessions européennes retrouvent leur place ici en Alsace."

Ce lundi 7 juin est donc un grand jour pour elle comme pour les bien nommés "pro-Strasbourg". Le jour où les eurodéputés, du moins certains d'entre eux, retrouvent à 17h l'hémicycle alsacien pour trois jours. Enfin.

 

Une renaissance...

"Nous sommes prêts depuis septembre dernier. Toutes les mesures sanitaires sont en place, rodées. Distanciation dans l'hémicycle, sens de circulation, désinfection des micros. Ici la vie reprend son cours. Quand je suis arrivée ce matin au Parlement tout le monde était déjà à fond, il y avait Mme Patricia Klein, "la voiturière" en chef, le service de la sécurité, le service restauration, les techniciens... J'ai senti tellement d'enthousiasme et oui n'ayons pas peur des mots de bonheur."

 

Quand je suis arrivée ce matin au Parlement tout le monde était déjà à fond.

Anne Sander, eurodéputée

Il faut dire que depuis plus d'un an, le Parlement était une belle coquille vide. "Tout s'est arrêté. Imaginez les sessions parlementaires à Strasbourg, ce sont 8.000 personnes qui passent durant trois jours : visiteurs, attachés, fonctionnaires, personnel permanent, eurodéputés ... Là il n'y avait plus rien. Ce sont 250 personnes qui au quotidien n'avaient plus rien ou très peu de choses à faire. Qui avait perdu du sens. Alors là oui, nous pouvons le dire, aujourd'hui est une renaissance. La vie revient ici."

Un soulagement aussi. Car la bataille du siège a été rude et n'est pas encore totalement réglée. "Pour moi, le Parlement devait revenir siéger avant l'été. Impérativement. Envoyer un signe fort à l'Europe et à l'Alsace. Les nouveaux députés, ceux élus en 2019, ont plus connu Bruxelles que Strasbourg c'est inconcevable. Il fallait marquer le coup pour retrouver une vie normale, un rythme normal. Une semaine par mois à Strasbourg."

 

La vie revient

Anne Sander, eurodéputée

Tout ne sera pas normal cette semaine cependant. La reprise est progressive, si les députés européens sont invités à venir siéger, ils ne pourront être accompagnés que d'un seul assisant parlementaire et les 2.000 fonctionnaires qui les accompagnent habituellement sont priés de privilégier le télétravail. Sans compter que "la Belgique ne joue pas du tout le jeu, n'a fait aucun effort en instaurant trois tests PCR et une quarantaine obligatoire d'une semaine si on a passé plus de 48h en France... ce qui complique considérablement les allers-retours entre Strasbourg et Bruxelles et va dissuader beaucoup d'eurodéputés de venir j'imagine." Et même si la météo s'y met...

 

... toute relative

 

Une renaissance pas encore très vivace donc mais c'est un début. Anne Sander veut le croire. Europtimiste qu'elle est. "Avec les vaccinations, les restaurants ouverts le 9 juin en intérieur, le couvre-feu à 23h, tout cela va se normaliser. Je tablerais sur allez 500 députés présents (sur 705) et 150/200 assistants parlementaires." 

Anne Sander est peut-être optimiste mais elle n'est pas naïve. Car si les députés peuvent tous venir en présentiel à Strasbourg, ils peuvent également choisir de participer à la plénière depuis leur Etat membre en visioconférence. Le pli télétravail a été pris dans l'hémicycle comme partout ailleurs et il n'est pas certain que les habitudes changent. Qui plus est pour venir trois jours à Strasbourg. 

 

Il faut rester vigilant car tout cela fragilise la position de Strasbourg

Anne Sander, eurodéputée

"Pendant un an, beaucoup d'eurodéputés sont resté chez eux. A Bruxelles, seulement la moitié d'entre eux étaient présents. Notre mode de travail a été réellement bouleversé. Plutôt que de rester deux heures dans l'hémicycle pour voter là, 30 minutes devant son ordinateur suffisent. Tout cela va laisser des traces c'est certain. Il y a d'ailleurs un groupe de travail qui réfléchit à ces nouveaux modes de fonctionnement : votes électroniques, visioconférences... Il faut rester vigilant car tout cela fragilise la position de Strasbourg, c'est sûr. Il faut que les sessions plénières soient assurées en présentiel, il le faut. D'autant que les anti-Strasbourg ou plus exactement les pro-Bruxelles sont majoritaires. Eux ne feront plus aucun effort."

Rajoutez à cela que 200 eurodéputés ont choisi de vivre à Bruxelles, que l'impact environnemental (argument ô combien d'actualité) de déplacer des milliers de personnes est loin d'être négligeable, que le coût annuel du Parlement à Strasbourg s'élèverait à 114 millions d'euros par an pour les contribuables français endettés jusqu'au cou par la pandémie, oui décidément Anne Sander fait bien de rester vigilante.

Le virus a creusé une grosse brèche dans la défense strasbourgeoise, brèche dans laquelle les pro-Bruxelles vont s'engouffrer. Très vite. 

 

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