Strasbourg : les bienfaits de huit semaines de confinement sur la pollution en ville

Avec la forte baisse du trafic routier pendant le confinement, la qualité de l'air s'est beaucoup améliorée sur Strasbourg et sa région avec, notamment un recul de 70% du taux de dioxyde d'azote. Une baisse de la pollution passagère et conjoncturelle mais un idéal à atteindre pour les spécialistes.

Le trafic routier autour de Strasbourg a baissé d'environ 70% pendant la durée du confinement
Le trafic routier autour de Strasbourg a baissé d'environ 70% pendant la durée du confinement © Jean-Marc Loos/Maxppp
L’autoroute A 35 sans aucun trafic aux abords de Strasbourg: l’image paraît presque irréelle. Au tout début du confinement, « le trafic routier a diminué de 70 à 80% la première semaine », précise Yves Laugel, directeur du Sirac. On est passé de de 134.321 voitures dans la semaine du 10 mars à 28.873 dans celle du 24 mars. Il a repris ensuite quelques couleurs : « 10% supplémentaires chaque semaine » jusqu’à la sortie du confinement. Conséquence directe : la qualité de l’air s’est améliorée.

Le trafic routier a diminué de 70 à 80% la première semaine
Yves Laugel, directeur du Sirac-

 

Strasbourg a respiré : les chiffres le prouvent

L’effet le plus spectaculaire a été enregistré sur le dioxyde d’azote. C’est l’un des trois principaux polluants, avec les particules et l’ozone, qui sont sous observation dans les services d’ATMO Grand Est. La baisse drastique du trafic routier a entrainé dans sa chute le dioxyde d’azote. 70% en moins si l’on compare les relevés entre mars 2019 et mars 2020.

 

Le transport routier représente 51% des émissions de dioxyde d'azote dans le Grand Est
Le transport routier représente 51% des émissions de dioxyde d'azote dans le Grand Est © ATMO Grand Est



Cette particule fait l’objet d’un lourd contentieux entre la France et l’Union européenne. La Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la France en octobre 2019 à une amende de 11 millions d’euros pour ces 12 zones, dont Strasbourg, en dépassement chronique. L’Eurométropole peine à passer sous la limite européenne de 40 microgrammes par mètres-cube en moyenne annuelle.

ATMO Grand Est a utilisé ses outils de modélisation pour arriver à estimer l’impact de la baisse du trafic routier sur les concentrations en dioxyde d’azote.  En scénarisant la pollution pour la journée du mercredi 18 mars avec et sans confinement, elle a pu démontrer que la mise en place du confinement avait induit une réduction de près de 72% du trafic routier.
 

Impact du confinement sur les oxydes d'azote (monoxyde d’azote + dioxyde d’azote) : modélisation de la journée du 18 mars avec et sans confinement
Impact du confinement sur les oxydes d'azote (monoxyde d’azote + dioxyde d’azote) : modélisation de la journée du 18 mars avec et sans confinement © Atmo Grand Est



Concernant les particules, l’inflexion est à la baisse mais il ne s’agit pas d’un effondrement, comme pour le dioxyde d’azote. Rappelons que dans ce type de pollution, le trafic routier ne compte que pour 15%. Le reste est lié à l’industrie, l’agriculture et le chauffage. Certaines particules sont même importées : « ce fut le cas notamment le 28 mars, précise Emmanuel Rivière, où 50% des particules relevées provenaient  de l’Est de l’Europe ».

En revanche, les valeurs mesurées pour l’ozone n’ont pas beaucoup évolué pendant cette période.

Que retenir de cette période de confinement ? Emmanuel Rivière, directeur délégué d’ATMO Grand Est ne mâche pas ses mots : « l’expérience qu’on a vécue pendant 8 semaines, c’est l’idéal à atteindre ». A l'avenir, cet épisode devrait peser dans la manière dont il compte « accompagner les politiques publiques visant à réduire les émissions routières dans les prochaines années ».

L'expérience qu'on a vécue pendant 8 semaines, c'est l'idéal à atteindre.
- Emmanuel Rivière, directeur délégué d'Atmo Grand Est-


Strasbourg a respiré : ses habitants l'ont remarqué

Kayna Aiada est une jeune hôtesse de l'air de 31 ans. Elle vit au rythme de ses crises d'asthme depuis sa plus tendre enfance. Elle suit un traitement de fond qu'elle adapte au fil des saisons et des pics de pollution. Pendant ces huit semaines de confinement, pour la première fois de savie, elle a senti une nette amélioration. "Mes crises d'asthme étaient beaucoup moins nombreuses", raconte la jeune femme, " j'ai même pu réduire mon traitement". Un vrai soulagement.

Thomas Bourdrel, de l’association Strasbourg Respire a l'habitude de circuler à vélo. Pendant le confinement, il a même tenté le footing en ville, "chose que je n'aurais jamais faite auparavant...et que j'ai d'ailleurs arrêté de faire depuis le 11 mai", dit-il dans un sourire.


Radiologue de métier, comme beaucoup sur le terrain, il a été lui aussi plongé dans la tourmente du covid19. 

La pollution de l’air est un facteur aggravant pour les malades atteints par le covid19
- Thomas Bourdrel, association Strasbourg respire-


Pour son association qui lutte en faveur de la qualité de l'air depuis des années, il regrette de ne pas avoir eu le temps de lancer une étude d’impact sur le lien entre covid et baisse de la pollution. Cela sera sans doute fait au niveau national. Pour lui, il serait intéressant de voir si, durant cette période où l’exposition aux polluants habituels (dioxyde d’azote, particules fines) a été moindre, le nombre d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux a baissé. "La difficulté," reconnait-il, "c’est que durant cette période de confinement, les gens ont moins consulté". Les cas graves ont bien sûr été pris en charge mais certains accidents ischémiques transitoires ont pu passer à la trappe.

La pollution de l’air sur le long terme, et notamment celle liée au dioxyde d'azote, augmente les risques respiratoires et cardio-vasculaires. Des études expérimentales ont montré par ailleurs que même à court terme, l’exposition au dioxyde d’azote a un impact. Thomas Bourdrel raconte que "sur des souris exposées très brièvement à ce polluant, on note un effet de sidération de la réponse immunitaire face à un virus. Leur système de défense immunitaire est moins apte à combattre".

La baisse importante des polluants comme le dioxyde d'azote ou les particules fines a, sans doute, eu un effet bénéfique sur la capacité de notre organisme a combattre le covid19.  

Tout le monde dehors


Depuis la sortie du confinement, le trafic routier a repris. Le Sirac enregistre une hausse de 80% en entrée de ville et de 55% pour le réseau autoroutier. Certains feront sans doute la grimace. Mais terminons sur une bonne note : avec une hausse de 100%, le trafic de vélo a, lui aussi, repris de plus belle. C'est un autre bienfait du confinement.
 


 
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