Strasbourg - "Je ne livre pas les Juifs" : plainte de restaurants contre un livreur refusant des commandes casher

Deux restaurateurs juifs de Strasbourg ont déposé plainte, ainsi que le consistoire israélite du Bas-Rhin, après le refus par un ou deux livreurs Deliveroo de prendre en charge leurs commandes et la tenue de propos antisémites jeudi 7 janvier 2021.

 

Des plaintes ont été déposées après le refus par un ou deux livreurs Deliveroo de prendre en charge à Strasbourg leurs commandes et la tenue de propos antisémites.
Des plaintes ont été déposées après le refus par un ou deux livreurs Deliveroo de prendre en charge à Strasbourg leurs commandes et la tenue de propos antisémites. © Aurelie LADET/MaxPPP

Jeudi 7 janvier, à quelques minutes d'intervalle, un ou deux livreurs de la plateforme Deliveroo ont refusé de prendre les commandes dans deux restaurants casher de Strasbourg. "Le livreur a demandé au restaurateur ce qu'il servait comme spécialité. Quand ce dernier a répondu "des spécialités israéliennes", le livreur a rétorqué, 'je ne livre pas les Juifs'. Devant les protestations du restaurateur, le livreur lui a présenté son téléphone en lui disant que la commande est annulée", indique Me Raphaël Nisand, qui a porté plainte dimanche au nom du consistoire israélite du Bas-Rhin et du bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA). "Ça rappelle le boycot de magasins juifs de triste mémoire. C’est un problème pour les restaurateurs et pour les clients, si on laisse faire cela. On arrive directement de l'antisionisme à l’antisémitisme, dans la même phrase."

Les mêmes faits se sont produits une vingtaine de minutes plus tard, dans un autre restaurant casher de la capitale européenne. "Les deux restaurateurs se connaissent et ont déposé plainte vendredi 8 décembre pour discrimination dans l’offre d'un bien ou d’un service en raison de l’origine ethnique et religieuse", précise Me Nisand. "Ils sont très inquiets, ne comprennent pas. Ils sont apolitiques". Le "click and collect" représente la seule façon de commercer en cette période de crise sanitaire. "S'ils font l’objet d’un boycot, ça va être problématique", constate-t-il.

Plainte contre Deliveroo

Raphaël Nisand a donc lui aussi déposé plainte, à l'encontre du ou des livreurs, mais aussi de Deliveroo. "Même si Deliveroo va contester et qu'ils ont le statut d'auto-entrepreneur, ces livreurs sont siglés Deliveroo et représentent l’entreprise. Ils pratiquent une attitude discriminatoire par rapport au code pénal". L'avocat demande à ce que l'entreprise de livraison de plats à domicile renvoient ce ou ces individu(s) et adopte une charte qui interdit clairement les attitudes discriminatoires.

Contacté par nos confrères de l'AFP, Deliveroo a indiqué avoir pris contact avec les restaurateurs concernés.  "Nous prenons cet incident très au sérieux et avons immédiatement décidé de mener notre propre enquête interne, pour tirer au clair ces circonstances", a réagi l'entreprise dans un message écrit. "Si les faits tels qu'ils sont rapportés sont avérés, nous agirons et mettrons définitivement fin au contrat du livreur responsable", ajoute la plateforme de livraison de repas, déclarant n'avoir "aucune tolérance pour les propos ou agissements antisémites, qui constituent un délit pénal, et condamn(er) tout acte de cette nature avec la plus grande fermeté". L'enquête a été confiée à la sûreté départementale.

Mardi 11 janvier, Marlène Schiappa, a qualifié "d'inadmissible cette nouvelle manifestation d'antisémitisme". La ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a annoncé sur les réseaux sociaux avoir convoqué la directrice de Deliveroo France au ministère.

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