Strasbourg : manifestation des pompiers qui en ont marre d'attendre jusqu'à trois heures aux urgences, au Nouvel Hôpital civil

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Une manifestation est prévue devant le Nouvel Hôpital civil (NHC) de Strasbourg (Bas-Rhin), le vendredi 28 janvier à partir de 11h00. Les pompiers en ont assez de devoir rester de longues heures aux urgences à chaque fois qu'il faut y amener quelqu'un à l'issue d'une intervention.

Quand on appelle les pompiers, il y a une intervention proprement dite (déplacement sur les lieux de l'urgence), et le cas échant, un transport de l'éventuelle victime vers l'hôpital. Ce que l'on sait moins, c'est qu'il peut y avoir une longue attente des pompiers aux urgences de cet hôpital en attendant que la victime soit prise en charge.

Et ça, les pompiers n'en peuvent plus. C'est la situation "quasi quotidienne" qui se pose au Nouvel Hôpital civil (NHC) de Strasbourg (Bas-Rhin). Jusqu'à trois heures peuvent être ainsi perdues à l'issue d'une intervention pour porter secours à quelqu'un.

Pour exprimer leur ras-le-bol, les pompiers du service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Bas-Rhin, qui n'en sont pas à leur première manifestation, vont se rassembler le vendredi 28 janvier 2022 à partir de 11h00. Rendez-vous est donné du côté de la porte Koeberlé du NHC (voir sur la carte ci-dessous).


France 3 Alsace a interrogé Cédric Hatzenberger, secrétaire général de Force ouvrière (FO) chez les pompiers du Bas-Rhin.


Que se passe-t-il pour en arriver là ?

"L'organisation de l'accueil des victimes aux urgences du NHC est catastrophique en termes de délais. On dénonce la prise en otage de nos ambulances par le NHC, pendant plusieurs heures, pour déposer les victimes aux urgences. Elles se retrouvent plusieurs heures sur un brancard, sans prise en charge. Malgré notre intervention rapide, on se retrouve complètement bloqué parce que les urgences du NHC ne sont pas en capacité d'accueillir le volume des victimes au quotidien. Les services extra-hospitaliers, comme les pompiers, dépendent de cette situation et subissent des dommages collatéraux. C'est détestable."



Depuis combien de temps ça dure ? 

"On a senti dès l'inauguration du NHC [2008; ndlr] que c'était un service d'urgences qui était dépassé. Que c'était mal organisé, sous-dimensionné par rapport à notre expérience des autres hôpitaux de Strasbourg. Il y a un grand manque de personnel, il y a un grand manque de place, il y a un grand manque de lits... Le transfert vers un service compétent après les urgences n'est pas fait en temps et en heure. Ils sont complètement dépassés. Évidemment, le covid n'a rien arrangé."


Pourquoi ça peut être dangereux pour les victimes ?

"Nos ambulances s'y retrouvent totalement bloquées et ne sont plus à la disposition de la plate-forme d'appels du 18. Et pendant ce temps, notre centre d'appels a besoin de moyens, et se retrouve obligé d'appeler des ambulances plus lointaines, ou des véhicules pas forcément des plus appropriés. C'est tout à fait possible que des personnes puissent ne pas être secourues à temps à cause de ça. C'est un vrai ras-le-bol, car même en pleine nuit, on y passe une heure, deux heures, trois heures d'attente... C'est totalement impossible de laisser la victime et partir : on doit déposer un dossier administratif à notre arrivée, et attendre notre tour. L'hôpital ne nous laissera pas partir, même en cas de gros incendie ou d'accident sur l'autoroute, même si on supplie..."

C'est tout à fait possible que des personnes puissent ne pas être secourues à temps à cause de ça.

Cédric Hatzenberger, secrétaire général de Force ouvrière (FO) chez les pompiers du Bas-Rhin

Et pourquoi ça peut aussi l'être pour les pompiers ?

"On n'en peut plus, on ne peut pas se permettre de passer autant de temps avec une victime à l'hôpital. Il y a des gens qui quittent le véhicule avant la prise en charge des urgences parce qu'ils sont excédés. La victime peut péter les plombs. On a parfois des gens qui sont un peu alcoolisées ou sous stupéfiants, pas bien dans leur peau... Et il nous faut les gérer, car il n'y a pas de médecin pour donner un coup de main. L'attente amène forcément une ambiance pas toujours très correcte."


Qu'allez-vous faire maintenant ? Comment ça se passe ailleurs ?

"On attend un rendez-vous, que le politique local soit au courant. On est totalement excédé, on ne comprend pas. Ça fait longtemps qu'on a tiré la sonnette d'alarme chez le directeur des Hus [Hôpitaux universitaires de Strasbourg; ndlr], à plusieurs reprises. Il y a eu une réunion hier avec la présidente de l'ARS [agence régionale de santé; ndlr], pour mettre un peu la pression. Et la préfète, a priori, a pris le sujet très au sérieux : maintenant, on attend de voir des mesures. C'est de la folie, on ne peut plus continuer comme ça. On sent que c'est devenu quasi quotidien, ce système. Aller au NHC, c'est devenu un sacerdoce : cet hôpital bat de l'aile. Alors qu'à Hautepierre, ça marche très bien; c'est très exceptionnel si ça arrive, et on voit qu'il y a une vraie volonté d'accélérer le rythme et de trouver une solution."


Qu'allez-vous faire exactement ?

"On va faire un petit point restauration, on va mettre un peu de musique. On va accueillir les gens à la bonne franquette jusqu'à 14h00. Ce sera convivial. On va aussi s'associer à la minute de silence des hospitaliers qui font ça tous les vendredis à 14h00. Ils nous ont contacté après avoir pris connaissance de notre mobilisation, et ont proposé qu'on participe à leur minute de silence. On a évidemment accepté pour les soutenir eux aussi."