Le deuxième sapin de Noël débité et coupé place Kléber à Strasbourg : une troll d'histoire ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Karine Gélébart
© K. Gélébart

Nouvel épisode dans le feuilleton de Noël strasbourgeois : le sapin fissuré a été découpé et débité ce jeudi matin, son successeur arrive dimanche. Les équipes de l'ONF et de la Ville sont sur le pont pour limiter le retard. Les Strasbourgeois sont dubitatifs.

Un comédien déguisé en troll jaillit du grand sapin en poussant des cris : il est 8 heures, les équipes techniques sont prêtes à s'attaquer à l'arbre par sa cime, mais la Ville a décidé, dans sa tentative de positiver les événements, d'aller au bout de son idée. Depuis deux jours, principalement par la voix du premier adjoint Alain Fontanel, la municipalité relaye la petite histoire de la malédiction du sapin : il aurait été ensorcelé par des trolls, en cette année où l'Islande est l'invité d'honneur. Il faut donc d'abord faire fuir la cause du mal. Opération communication d'urgence, bien sentie ou pas, chacun jugera.


Sur le terrain, l'ambiance n'est pas à la détente. Le sapin fissuré sortait d'une semaine de lifting menée par les équipes de l'ONF, il était prêt à être décoré. "Il va falloir tout recommencer, regrette Henri-Pierre Gangloff, chef des opérations pour l'ONF. Et ce que nous faisons habituellement en une semaine, nous allons le faire en trois jours pour compenser. Nous avons doublé les équipes".


Même sentiment urgence pour les spécialistes de l'entreprise Kiffel, installée à la Meinau. Ce sont eux qui s'occupent d'ancrer le sapin dans le sol : 4 tonnes de béton sont coulées dans son socle, il est aussi accroché par câbles au fond de la fosse. "On n'avait pas prévu de système de fixation de remplacement, il a fallu réagir très vite, explique Serge Bertrand, conducteur de travaux. On garde depuis dix ans les blocs de béton que l'on sort de la fosse, après Noël. Celui-là sera collector."

En quatorze ans de grands sapins installés, Henri-Pierre Gangloff n'avait jamais vécu tant de difficultés. Pour trouver un troisième sapin (après celui cassé lors des manoeuvres de prélèvement en forêt et le deuxième fissuré, NDLR), il a sillonné les chemins forestiers des Vosges pendant des heures le week-end dernier. "Nous en avons toujours quelques-uns en tête. Les deux premiers étaient vraiment dans la short list, celui qui arrivera dimanche est pas mal aussi. Je suis allé le revoir, et je me suis dit, oui, il sera bien." Il attend donc son tour sur sa remorque et arrivera dimanche matin place Kléber pour être à son tour "remplumé", en partie grâce aux plus belles branches du sapin numéro 2... vous suivez?


Ce 2e sapin justement, revenons-y. En quelques minutes, grâce au travail des grimpeurs élagueurs de l'ONF, sa tête est tombée, une grue la dépose. Elle sera donnée à l'association strasbourgeoise Art Puissance Art, il lui servira d'arbre de Noël et sera installé dans la cour de ses locaux, à la Meinau. C'est déjà ça. Parce que trois sapins pour un mois de festivités, ça commence à faire beaucoup. "Ca me fait mal au coeur de le voir par terre, soupire cette commerçante de la rue Mercière, à côté de la cathédrale. Bien sûr, le sapin est bon pour nos affaires, et j'ai plaisir de le voir quand je passe par là. Mais là, deux sapins pour rien, c'est du gâchis." 


50 000 euros, le coût du gâchis. Ce chiffre, communiqué par la Ville, fait tiquer certains passants. "Ils feraient mieux d'aider les gens qui sont dans la rue, avec cet argent!", peut-on entendre le long des barrières qui protègent le chantier. "En même temps, sans sapin, pas de Noël", estime ce Strasbourgeois. "La sécurité avant tout! Ils n'ont pas le choix"...". "Ca sent bon la forêt ici, se réjouit un autre spectateur des opérations de débitage, jetant un oeil intéressé sur les rondelles de tronc que débitent rapidement les agents techniques. Ca ferait de supers plateaux de fromage!"


L'arbre coupé et redistribué

Encore un peu de patience et ce monsieur, comme tous les passants de la place, pourront profiter des résidus de l'arbre. La Ville a décidé de les distribuer, et de continuer à sourire, certes un peu jaune, de la situation, puisqu'un petit troll orne ces morceaux de tronc.
Des associations de l'économie solidaire, comme les Jardins de la Montagne, qui travaillent le bois avec leurs salariés en réinsertion, pourront également récupérer du bois. D'autres associations comptent faire des couronnes de l'Avent et des objets sculptés, qui seront vendus sur le marché off, place Grimmeisen, à la Petite France, par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire d’Alsace qui l'organise. Une deuxième vie pour ce sapin que la Ville veut pérenniser au-delà de ces péripéties 2017, les arbres des prochaines éditions devraient pouvoir profiter du même sort.


Les plus belles branches seront elles récupérées pour embellir le troisième sapin, attendu dimanche. Sa décoration devrait pouvoir commencer fin de la semaine prochaine, et s'il manque encore quelques boules pour l'inauguration le 24 novembre, le grand sapin devrait briller de mille feux à l'heure H. Continuons quand même à employer le conditionnel tant cette saga du sapin nous offre d'inattendus rebondissements.

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