Strasbourg : voici pourquoi des militants recouvrent les publicités sexistes ce samedi 29 mai

Une action de recouvrement des publicités jugées sexistes a lieu à Strasbourg (Bas-Rhin). Le collectif Résistance à l'agression publicitaire (Rap) donne rendez-vous aux volontaires devant la gare, le samedi 29 mai à 15 heures : elle a expliqué pourquoi à France 3 Alsace.

Cette marque de papier-toilette a voulu attirer l'attention en "objectifiant" un corps musclé masculin : c'est une publicité sexiste selon le collectif Résistance à l'agression publicitaire (RAP).
Cette marque de papier-toilette a voulu attirer l'attention en "objectifiant" un corps musclé masculin : c'est une publicité sexiste selon le collectif Résistance à l'agression publicitaire (RAP). © Vincent Ballester, France Télévisions

Si le but d'une publicité est d'attirer l'attention, celle-ci a réussi son coup. Vous avez peut-être vu cet homme bronzé et musclé, au rasage impeccable, qui dissimule ses bijoux de famille... derrière un rouleau de papier-toilette. Le parfait représentant des canons de "beauté" actuels (ça dépend des pays), sur fond de couleur vive.

Si vous habitez Strasbourg (Bas-Rhin), vous aurez pu croiser ce "charmant" monsieur sur les abribus. Et ça ne plaît pas au collectif Résistance à l'agression publicitaire (Rap). Pour le "rhabiller" (entre autres), il organise le samedi 29 mai 2021 une Brigade anti-sexiste (Bas). Rendez-vous est donné aux volontaires devant la gare, à 15 heures. Ce n'est pas du vandalisme : feutres et affiches s'enlèvent aisément après leur passage...

L'association est habituée des coups d'éclat. Elle éteint les enseignes abusivement allumées la nuit, par exemple, ou dénonce le matraquage publicitaire du Black Friday. L'omniprésence des publicités n'est pas universelle : elle a été bannie à Grenoble (Isère) depuis l'élection d'Éric Piolle (EELV) en 2014. Léa (qui milite aussi chez Zéro Déchet Strasbourg et ses fameux Stop pub) a participé à la première édition de la Brigade anti-sexiste. Elle sera aussi là ce samedi, et explique sa démarche à France 3 Alsace.
 


Quel est votre concept ?

"On est contre la publicité, tout simplement. On souhaiterait ne plus en voir sans arrêt. On organise des recouvrements publicitaires. Celui de ce samedi s'inscrit dans le cadre de la Brigade anti-sexiste, qui se fait au niveau national avec plusieurs associations. Ce mouvement veut dénoncer le sexisme dans la publicité."

"Ce qui est très bien avec cette brigade, c'est que ça croise plusieurs sujets. On est aujourd'hui dans un moment où on a envie de voir les luttes se croiser entre elles. Le sujet-même de la publicité, c'est un carrefour entre énormément de choses : écologie, société... Parler du sexisme dans la pub, c'est vraiment croiser plusieurs univers. On peut alors intéresser plus de monde, qui ne s'intéresse pas forcément aux deux en même temps."
 

On souhaiterait ne plus voir de publicité sans arrêt.

Léa, militante anti-publicité/déchets/sexisme



C'est quoi, une publicité sexiste ?

"Bien souvent, pour la publicité pour un parfum, est-ce qu'il est vraiment utile que ce soit forcément une femme qui soit représentée, et qu'elle soit à moitié nue ? En l'occurrence, on a vu très récemment cette pub pour du papier-toilette, et c'est la même chose. C'est l'objectification du corps humain, ou réification, qu'il soit identifié comme masculin ou féminin."

"Quand une femme est représentée, elle l'est presque toujours dans une posture à la merci de quelqu'un ou de quelque chose, ou comme une femme vénale qui se fait offrir des choses. Tandis que les publicités où sont représentés des hommes identifiés comme tels : on voit qu'ils sont quand même plus en position de force. C'est ce qui nous dérange. D'où l'action de demain."


Pourquoi ça ne va pas d'objectifier cet "homme-PQ" comme l'ont été les "femmes-parfums" ?

"Mon avis à moi, c'est que représenter un homme de cette manière, ça véhicule des clichés sexistes. Il est objectifié : ce qui est mauvais pour les femmes, me semble-t-il, est mauvais pour les hommes. Ce que ça véhicule aussi, c'est des stéréotypes esthétiques sur ce à quoi devrait ressembler le corps [visible dans la publication Facebook ci-dessous; ndlr]. Qu'il soit féminin ou masculin. Donc pour moi, ça reste du sexisme, même envers les femmes, car ça véhicule les mêmes stéréotypes de genre... qui sont rarement à l'avantage des femmes."
 


Comment se passent vos actions ?

"Quand on se réunit pour une Brigade anti-sexiste, on le fait autour d'une affiche et on décide entre nous d'un consensus sur le caractère sexiste de l'affiche, car c'est très subjectif. Si on n'y arrive pas, on ne fait rien. En principe, on rencontre toujours les mêmes types de publicité, ça fonctionne un peu par cycle. Là, je n'ai pas d'exemple, car j'avoue ne pas aller souvent en centre-ville et donc ne pas y être vraiment confrontée à ce genre de choses."

"Mais le 8 mars, lors de la première Brigade anti-sexiste à l'occasion de la journée des droits des femmes, on avait trouvé des publicités Chanel pour le parfum Mademoiselle. Partout dans le centre-ville. Typiquement, c'est cette publicité où une femme est à moitié nue pour faire la pub d'un parfum, qui a l'air un peu apeurée... Elle a forcément une corpulence acceptable selon les standards... Représenter une femme n'est évidemment pas un problème : c'est la manière de le faire qui l'est. "
 

Une publicité recouverte par la Brigade anti-sexiste, lors de la première édition de l'action, le 8 mars 2021.
Une publicité recouverte par la Brigade anti-sexiste, lors de la première édition de l'action, le 8 mars 2021. © Vincent Ballester, France Télévisions


Quels sont les retours ?

"L'évènement a été partagé sur Facebook car on pense que des personnes peuvent être intéressées pour participer. C'était le cas le 8 mars. On a aussi des curieux : avec le fait de se réunir devant une publicité, il y a des regards du public. Certains ne sont pas d'accord, et trouvent que c'est normal de représenter une femme pour un parfum, car elle est jolie... On en pense comme on veut... Il y a aussi des gens qui nous disent : ah, tiens, je n'avais pas vu les choses comme ça. Ou d'autres qui sont d'accord. La dernière fois, notre action a plutôt été bien reçue."

"Il arrive qu'on ne soit pas d'accord entre nous : il y a des cas limites. Et si l'on n'atteint pas de consensus, mais qu'on se questionne quand même... On met 'sexiste' avec un point d'interrogation. Pour, justement, faire réfléchir..."

 

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